Lundi 1mai

 

Rencontré hier Patricia Bosquin, de retour de Lampedusa. Récit glaçant de la vie quotidienne là-bas, des expéditions de sauvetage la nuit, des brûlures au troisième degré encourue par les migrants dans les zodiacs dans lesquels ils embarquent, à cause du mélange de l’eau de mer et du carburant, des carences de la Croix-Rouge, des solidarités dans la désespérance, et du travail admirable du docteur Bartolo et de son équipe de bénévoles. Bartolo sera présent les 1er et 2 juillet prochains au colloque Pipol 8, dont Patricia  est la directrice.

Le blog  préparatoire à ce colloque apportant un concours actif à à la campagne anti-Le Pen, je lui ai adressé le texte suivant, à paraître incessamment:

Entre 2 tours

Est enim magnum chaos
Arthur Machen

Dans le  dernier roman de Philippe Forest, Crue, une ville est aux prises avec une montée des eaux d’une ampleur catastrophique. Un déluge, qui n’était ni sans précédents, ni sans signes avant-coureurs, ignorés par les autorités de la ville:  Un accès de fièvre comme l’Histoire en a connu et en connaîtra encore de nombreux. Le monde éventré, se délestant soudainement de sa substance. Et puis, bien sûr, la plaie se referme. Elle se cicatrice. Sur la chair des choses, la trace s’efface. On la discerne à peine. Jusqu’au moment où la couture cède à nouveau. Ici ou ailleurs. Tout recommence. Sans que l’on veuille jamais comprendre ni comment ni pourquoi.
C’est un événement naturel. Mais  il a tout d’une épidémie. Non sans quelqu’analogie dans   l’histoire politique européenne récente. On songe à La peste d’Albert Camus évidemment, et à sa correspondance avec Roland Barthes à son  propos.

Epidémie : étymologiquement ce qui circule dans le peuple (demos). C’est un mot dont use Lacan pour qualifier les événements historiques en termes de discours: le christianisme, le marxisme sont des sortes d’épidémie, qui se répandent, telles des traînées de poudre. La psychanalyse aussi est une épidémie. Freud n’en parlait pas autrement: ils ne savent pas que nous leur apportons la peste, lâche-t’il en débarquant aux Etats-Unis. C’est pourtant en Europe qu’elle sera traitée comme cela un peu plus tard, du fait d’une peste d’un autre genre: la brune.

La couture va-t’elle céder à nouveau ? Sans que l’on ne veuille comprendre ni comment ni pourquoi? Avec l’élection présidentielle française, on prend la mesure de la crue:  pas encore le déluge, mais pour combien de temps ?

Macron donne le tempo, dit-il. Ca reste à voir. Le gars a eu surtout l’habileté de lancer sa start up au moment où Hollande, ce président par défaut, plongeait dans une  disgrâce irrémédiable. Hollande était démonétisé. Nul ne pouvait savoir mieux que Macron ce que cela signifiait, lui qui, en 2012, s’employait à rassurer la City sur les bonnes  intentions de son patron, pendant que celui-ci, au Bourget, clamait n’avoir qu’un seul ennemi: la finance.

Macron, lui, n’a pas d’ennemis, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Il a fallu que la Le Pen aille le chercher dans sa ville natale, à Amiens, où Whirlpool poussait un peu loin la si joliment nommée flexibilité du travail, pour qu’il découvre qu’il allait falloir en découdre et aller au charbon. C’est que pour cela, plus question  à présent de compter sur Mélanchon. Mélanchon ne joue plus. Mélanchon fait la gueule.
L’attitude est regrettable. S’il est une chose qu’on portera au crédit de Mélanchon, c’est d’avoir dès longtemps su aller au combat contre le Front National.  Jusqu’à Henin Beaumont, où celle qui n’était encore que la fille de son père, partait à la conquête du vote ouvrier. Et le voilà qui s’abstient. Son vote tient de l’intime! Un homme politique, dont le vote tient de l’intime, l’attitude est  plus que regrettable. Elle est grotesque.

La Conférence des Evêques de France ne choisira pas non plus entre Macron et MLP.  La Manif pour tous par contre a choisi son camp : ce sera MLP. MLP: Mouvement de libération du peuple. Ne pas confondre avec le MLF.  Mais il y a mieux: voilà des gaullistes, Marie-France Garaud, Dupont-Aignan, qui se jettent dans les bras de celle qui a été biberonnée au lait de la collaboration. On imagine la tête du grand Charles!

Cette présidentielle est décidément un fameux cirque. Il conforte Sa Sainteté Badiou dans l’idée que le suffrage universel est un piège à cons. Et l’idée du vote utile le piège à cons suprême. Je me suis posé la question de savoir si pour ma part, j’ai jamais procédé à  autre chose qu’à un vote utile. Je crains bien que non.  J’ai pourtant des convictions. J’en déduis que je suis le roi des cons.

Il est vrai que, dans le plat pays où je me trouve, le vote est obligatoire.  C’est très astucieux, car du coup, la question de savoir s’il est utile ne se pose en définitive pas. Elle est…inutile. Ouf!
En France par contre, elle est la source de tous les tourments. That’s the question! que résumait très bien Le Canard Enchaîné avec le dilemme suivant: Voter Asselineau pour faire barrage à Jacques Cheminade, ou voter Lassale  pour faire barrage à Asselineau!
En attendant, le piège à cons se refermera sur les non dupes pas moins que les autres si l’épidémie gagne les isoloirs.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>