Mercredi 4 janvier 2017

One+ one: Marcel Berlanger / Evariste Richer : Tel est l’intitulé de l’ exposition dont le commissariat m’a été confié -quel bonheur!-  par  sa directrice Marylène Toussaint au  Centre Culturel de Namur (Anciens Abattoirs de Bomel) et qui se tiendra du 22 février au 25 mars. (on trouvera tous les renseignements pratiques sur le site  web du centre ). Il n’est sans doute pas inutile  de l’annoncer avec un peu d’avance. En voici quelques mots de présentation:

One + one , c’est d’abord un film réalisé par Jean-Luc Godard en 68 . C’est Jean-Luc Godard + les Rolling Stones, qui répètent Sympathy for the devil . Le + s’y offre à toutes les lectures: avec, contre, choc,  précipitation (au sens chimique du mot), entrelacs, duo…Toutes sauf le parallèle  ou, pire, l’identité.

Idem pour cette rencontre Berlanger/ Richer. C’est Berlanger sur l’échelle de Rich(t)er, ou inversement.

Elle s’est inaugurée à partir de deux oeuvres :  Le saule, peinture de Marcel / Avalanche, installation d’Evariste , au travers desquelles s’est concrètement nouée  entre eux la conversation que j’ai initiée.

Leur langue commune: l’espace, dont l’un et l’autre, avec leurs moyens propres, déjouent subtilement la mesure.  L’infiniment grand ou petit où celle-ci s’irréalise, la trame avec ses vides et ses pleins, le paysage et ses fulgurances. Et ces objets nouveaux que  nous révèle la science et qui remanient chaque jour un peu plus ce que nous pouvons imaginer du réel.

Tous deux appartiennent à la même génération, à la charnière de deux siècles. Exit celui de l’art qualifié de moderne, place à celui de l’art contemporain.  Mais contemporain de quoi? Sans doute d’abord d’un aveuglement,  paradoxal, né de la multiplication invasive et exponentielle des techniques de l’image. A quoi Evariste et Marcel, chacun à leur manière, opposent des expériences qui restituent une voie au regard, à l’exercice du regard.

Pour Evariste, il s’agit toujours d’introduire dans le champ du visible un écart, un aléa, une variation, une incertitude -celle que condense la figure du dé, ou qui se déploie dans les phénomènes météorologiques.  C’est un virtuose du décalage. N’est-ce pas d’ailleurs ce qui est en cause très littéralement dans une de ses oeuvres inaugurales: La cale du musée d’art moderne, remake en bronze de la cale en bois qui bloquait la porte du musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, subtilisée par lui! Marcel Broodthaers aurait adoré ça.

Face aux tableaux de Marcel, le regard est sollicité d’une manière directement sensitive à travers l’effet physique de vibration que produit son emploi de la fibre de verre pour support, de même que par l’usage de la bombe ou encore par les trous -pas du tout métaphoriques- forcés dans la représentation. Mais l’expérience du regardeur confine au vertige quand il est appelé à se mesurer, littéralement là aussi, à la série de ses optotypes subvertis en tableaux et animés d’un souffle mallarméen.

La réunion de ces deux artistes a tout, elle aussi, d’une expérience. Elle sera propice, tel est mon pari, à rendre sensible ce dont témoignent ces deux oeuvres plastiques d’une exceptionnelle cohérence. soit  d’un effort  de pensée qui ne pouvait emprunter d’autres chemins.

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