Mardi 24 avril

Qu'il serait beau d'être WoDaaBé ! C'est la conviction de mon amie Marie-Françoise De Munck, et je ne suis pas loin de la partager à lire la préface qu'elle a écrite à sa traduction d'un livre  de l' ethnographe islandaise Kristin Lofsdottir Les Peuls WoDaabé du Niger. (L'Harmattan, Paris, 2012)

Il y a une quinzaine d'années, j'ai séjourné trois semaines au Niger, non pas chez les Peuls, mais dans le pays haoussa, autour de l'ancienne capitale Zinder. J'étais l'hôte des chers Joao de Azevedo et Jolanda Buters, qui y ont travaillé dix ans dans le cadre d'une mission de la FAO.  Ils ont mené à bien un projet magnifique: construire un vaste réseau  de réserves céréalières  géré par les villageois eux-mêmes afin de prévenir les sécheresses et les famines terribles qui endeuillent le Sahel régulièrement. Rien de l'aide d'urgence, spectaculaire, coûteuse et sans lendemain. Un travail de fourmis, patient et respectueux des traditions et  savoir-faire locaux.  

A l'occasion de ce séjour, j'ai pu prendre la mesure de ce qu'était là-bas la lutte  quotidienne et  sans repos contre la faim et la soif des hommes et des troupeaux. Je n'avais vu pareil courage que dans  le Sertao brésilien. Et pourtant… Entre le  monde  cauchemardesque des Experts  et celui de ce vieux peuple nomade et danseur, comment hésiter ? Hélas il est fort à craindre que même la "douce brousse" chère à Marie-Françoise n'échappera plus très longtemps aux bouleversements politiques, économiques et culturels dus à la mondialisation. . A vrai dire, ils n'y échappent déjà plus guère, réduits comme ils le sont de plus en plus à émigrer vers la ville pour survivre. L'islamisation de la société nigérienne contribue aussi notablement à remodeler leurs traditions. 

Le "développement " n'est que la  version paternaliste du "progrès", et comme l'idéologie du progrès, celle du développement est la source de bien des ravages. Dans le Sud Est du Niger , les Touareg faisaient halte naguère au terme de leur  longue route du Sel à travers le désert. Leurs chameaux y pâturaient et les femelles y mettaient bas. Quelques semaines plus tard ils repartaient vers le Nord. Une route macadamisée reliant Niamey à Zinder qui  permet à présent d'acheminer des camions , a mis fin à cette transhumance. Résultat: une avancée immédiate de la désertification, car les chameaux des Touareg, qu'on accusait volontiers de détruire la végétation, fertilisaient en réalité le sol de leurs déjections. 

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