Jeudi 31 décembre

 Une lettre de René Magritte  à Jacques Lacan a été récemment découverte dans une salle de vente.  C’est ce que m’apprend ce matin via Facebook mon excellente collègue Marlène Belilos. La lettre date de 1937, et Magritte vient de réaliser deux portraits d’ Edward James, mécène de la revue Minotaure, et riche collectionneur.

L’un d’eux s’intitule La reproduction interdite. Il se trouve aujourd’hui à Rotterdam au musée Boymans- van Beningen. Magritte aimerait l’avis de Lacan à son sujet. Le tableau représente un homme de dos. il se tient devant un miroir, qui lui renvoie son image de dos. Un livre -Les aventures d’Arthur Gordon Pym  d’Edgar Poe- est posé sur le manteau de la cheminée à la droite du personnage, dont l’image est par contre tout-à-fait conforme aux lois de l’optique.

Bien qu’il n’ait aucun goût pour la psychanalyse, ainsi qu’il s’empresse de le préciser à Lacan, son avis l’intéresse. Il a eu quelques échos de sa communication sur le stade du miroir, quelques mois plus tôt à Marienbad. Comment  Lacan s’expliquerait-il ce tableau, que lui-même, Magritte,  dit ne pas arriver à comprendre?

Il est très frustrant de ne pas connaître la réponse de Lacan, si elle existe. Si cette lettre se retrouve ainsi dans une vente publique, c’est peut-être qu’il n’en a pas fait grand cas. Mais il vaudrait la peine de faire une recherche à ce propos dans les archives de René Magritte.

Cette peinture très unheimliche m’a rappelé un incident plutôt drôle, que j’ai vécu il y a quelques années, dans le Thalys. On sait qu’au cours d’un voyage en train, il arriva à Freud d’avoir l’impression de se trouver face à un étranger alors qu’il franchissait une porte pourvue d’un miroir dans un couloir. Et bien, il m’est arrivé quelque chose de bien plus unheimliche encore. Alors que, pris dans je ne sais quelles pensées,  je pénétrais dans les toilettes, je me suis vu…de dos dans ce que j’ai d’abord cru un miroir! En réalité, quelqu’un d’aussi distrait que moi et qui n’avait pas verrouillé la porte se trouvait à l’intérieur, occupé à uriner. Je n’ai  compris ma méprise qu’à la tête effarée de ce monsieur!

Outre qu’il n’arrive pas couramment de se voir de dos, ni dans un miroir ni en chair et en os, comment diable ai-je pu prendre ne serait-ce qu’un instant cet homme de dos à trente centimètres de mon nez pour une image?  Est-ce grave, docteur ? Je ne sais ce qu’en aurait pensé Lacan; quant à moi, cela dépasse mon entendement, mais j’en ris encore.

 

3 réflexions au sujet de « Jeudi 31 décembre »

  1. Pour la petite histoire, Jules Verne, qui admirait beaucoup E.A. Poe, avait écrit une suite des aventures d’Arthur Gordon Pym. Il l’avait titrée « Le Sphinx des glaces ». Je vous laisse deviner de quelle nature était ce Sphinx qui avait eu la peau d’A.G. Pym.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>