Vendredi 11 novembre

 

11 novembre. Jour sinistre et dégueulasse. Des claironnades à tous les coins de rue. Des zèbres à face de rats, bardés de ferraille, qui célèbrent une guerre qu’ils se figurent avoir gagnée. Comme si le fait d’en avoir subi une n’avait pas suffi à les faire revenir sur leur opinion sur la matière. Et ceux qui ont fait celle-ci referont le même chemin que leurs pères. Mêmes mascarades, mêmes grimaces. Quand donc s’apercevra-t-on que ce sont toujours les mêmes qui perdent ? (Pol Bury)


J’ai trouvé ces lignes, extraites de son Journal inédit,  en lisant hier  le superbe ouvrage de Frédérique Martin-Scherrer consacré aux écrits de Pol Bury, conjointement publié par les éditions CFC et le Daily-Bul.  La joyeuse aventure du Daily-Bul, revue louvièroise dont Pol Bury fut un des fondateurs avec André Balthasar et Marcel Havrenne, y  est naturellement retracée.

Cette année est celle du centenaire de la naissance de Pol Bury.  Le Centre de la gravure et de l’image dessinée de La Louvière organise, à cette occasion, une exposition, qui malheureusement ne privilège pas la part la meilleure de son oeuvre, je veux parler de ses fascinantes sculptures cinétiques.

Qui doute de ce jour - »sinistre et déguelasse »- du 11 novembre peut éclairer sa lanterne en regardant A l’Ouest rien de nouveau, le film récent du cinéaste allemand Edward Berger, inspiré du roman d’Eric-Maria Remarque (en ligne sur Netflix).

Qui veut se remonter le moral peut ensuite lire les perles de la pensée Bul, celle qui n’est pas toujours celle qu’on croit, disait Marcel Havrenne; c’en serait même, le cas échéant, tout le contraire. Exemple parfait avec ce texte de Bury, paru dans son recueil Esthétiques galopantes, qui avait enchanté le grand Jean Tardieu:

Linguistique

Le Signifiant n’en avait pas encore fini de s’essoufler.Réquisitionné par une génitalité indécise, il courait de l’un à l’autre, du dedans au dehors, du fermé à l’ouvert. Et même, qui l’eût cru? du fendu au défendu.

La dernière fois qu’il s’était mesuré au Signifié, ils en étaient venus à s’irriter l’un contre l’autre. Les quatre coins de la constellationsignificative avaient résonné de leurs gros mots. Cette surenchère verbale était allée crescendo, un mot poussant l’autre un peu plus loin, plus près du vide, frisant le silence.

A quelque temps de là, le Signifiant croisa le Signifié au détour d’un discours. Il portait de l’arabesque plein les phonèmes mais ses structures laissaient à désirer. Ni l’un ni l’autre ne remarquèrent que leur typologie était négligée.

Croyant ne pas s’apercevoir, ils se tirèrent la langue, conscients qu’ils manifestaient ainsi l’essentiel du discours.