Vendredi 13 mai

Vendredi 13 ! Belle occasion de se réjouir de l’essor du football féminin, pour lequel j’ai un faible.  D’où vient cette expression -avoir un faible ? Elle se rencontre chez Corneille ou chez Molière. Je ne serais pas surpris qu’elle nous vienne des Précieuses. On trouve dans les Essais de Montaigne, livre 3, Chapitre…13 ! : « J’ai un tel faible pour la liberté que si quelqu’un m’interdisait l’accès à quelque coin des Indes, j’en vivrais moins à mon aise ». Mais cela dans le texte établi en français moderne. Dans sa langue originale, Montaigne écrit: « Je suis si affadi après la liberté que, qui me défendrait l’accès de quelque coin des Indes, j’en vivrais aucunement plus mal mon aise ». Faible dérive du latin flere, qui signifie pleurer. Est-ce aussi l’étymologie d’affadi ? je l’ignore.

J’ai ramené naguère d’un voyage, non aux Indes mais en Chine, aux confins du Tibet, une sublime estampe : elle reproduit une oeuvre de Guan Xiu ( grand peintre du IX ème siècle, à fin de l’ère Tang ), à qui était apparu  les 16 Arhats Luohan, les disciples majeurs du Bouddha, particulièrement vénérés dans la tradition du bouddhisme chan. Cette estampe représente Angaja Arhat, qui est le treiz!ème d’entre eux. Faut-il dire que je la vénère ?

Mercredi 4 mai

 

Dans quelques jours, chez Christie’s, sera mise en vente au prix de 200 millions de dollars  Shot Sage Blue Marilyn, le portrait de Marilyn Monroe peint par Andy Warhol en 1964. Cette peinture est  inspirée d’une photo prise au cours du tournage de Niagara, film de 1953 d’Henry Hathaway.

Shot Sage Blue Marilyn est ainsi titré parce que le tableau avait essuyé quelques coups de revolver tirés par une jeune femme qui avait dit souhaiter le photographier! Shot ! On peut se demander si cet acte n’inspira pas plus tard  la tentative d’assassinat de Valérie Solanas en 1968.

Dès 1962, année de la mort de l’actrice, Warhol avait réalisé un dyptique sur la base de la même photographie. Celui-ci réunissait des tirages sérigraphiques, en couleurs sur la gauche, en noir et blanc sur la droite. Visage solaire de Marilyn d’un côté, visage obscurci et progressivement estompé de l’autre. Vie et mort d’une étoile.

Tout autant que les célèbres boites de soupe Campbell’s, série datant de la même époque, ce dyptique constitue véritablement le socle de toute l’oeuvre à venir d’Andy Warhol.

Le hasard fait que sortent quasi conjointement deux documentaires, l’un à propos de Warhol : The Andy Warhol diaries , l’autre à propos de Marilyn Monroe: The mystery Marilyn (the inheard tapes), tous deux disponibles sur la plateforme Netflix.

Ils sont à voir absolument. Le premier a pour fil conducteur le journal que dictait quotidiennement Warhol à Pat Hackett, sa secrétaire à partir de 1968. Celle-ci en publia la transcription après sa mort. Le second est basé sur l’ enquête patiente du grand  journaliste irlandais Anthony Summers à propos des circonstances de la mort de Marilyn et les enregistrements restés inédits à l’appui de celle-ci.

Andy Warhol, Marilyn Monroe: autour de ces deux noms mythiques, à présent réunis dans cette enchère extravagante, c’est toute l’histoire de l’Amérique de la seconde moitié du XXème siècle qui passe en revue, comme au filtre de deux révélateurs ultrasensibles. Le dyptique de 1962 en condense toute la dimension tragique.

Quand meurt Marilyn Monroe, elle a 36 ans.  L’enquête d’Anthony Summers dévoile le comportement misérable des frères Kennedy, qui furent véritablement ses âmes damnées.. Ils ne lui survivront pas longtemps. L’Amérique va alors s’enfoncer dans la guerre du Vietnam et les émeutes raciales. Warhol, lui, disparait en 87, en plein coeur des années Sida, un an avant Jean-Michel Basquiat. Dans les journaux des dernières années de Warhol, une grande place est faite à son amitié pour Basquiat,

La tonalité des journaux d’Andy Warhol est sans aucun pathos, mais profondément triste. C’est le récit d’une vie qui, à l’image de celle de Marilyn, est celle d’une incommensurable solitude dans la formidable galère de ce qu’on appelait encore le rêve américain.