Samedi 15 septembre

 

 

 

 

Ce très beau portrait de Guillaume Apollinaire est l’oeuvre du peintre néerlandais  René Daniëls. On peut le découvrir en ce moment au Wiels, où Daniëls fait l’objet d’une grande rétrospective intitulée « Fragments d’un roman inachevé ».

J’ai emprunté à Guillaume Apollinaire le titre de mes « carnets d’un blogueur épisodique »: La vie anecdotique. J’espère qu’il n’en est pas trop indigne. En en corrigeant les épreuves cet été, je me suis dit qu’il contenait quand même quelques passages amusants.

Quel désir m’a poussé à entreprendre ce blog? Sans doute le même qui est à l’oeuvre dans beaucoup de mes choix. V.S Naipaul disait: « Je suis né à Trinidad, et c’était une erreur ». Je dirais volontiers: « Je suis né en Belgique et c’était une erreur ».  Je ne m’en suis pas évadé géographiquement, mais n’ai cessé de vouloir de bien des façons m’en échapper. C’est ce que je retrouve à la racine de ma soif de voyages bien sûr, mais aussi de mon goût précoce pour la lecture ou pour les musées et le cinéma, comme au ressort de plus d’un choix amoureux, ou dans ma détestation de l’habitude. Sans doute n’est-ce pas complétement le hasard qui a voulu que je me décide à tenir ce blog un vendredi 13, considéré comme un jour de chance ou de malchance, c’est selon, mais un jour où de l’inattendu, de la surprise se produit.

En définitive, c’est à travers la psychanalyse, comme analysant ou comme analyste,  que ce désir d’inédit et  d’évasion a trouvé sa voie la plus sûre. Mais cela à la  condition de ne pas faire de la psychanalyse elle-même un lieu clos, à la condition de s’employer toujours à  » connaître la spire où notre époque nous entraîne dans l’oeuvre continuée de Babel » comme disait Lacan (Ecrits, p.321), et donc de rester curieux de ce qui se joue, se dit, se crée, se passe (ou ne se passe pas! ) – en Belgique comme ailleurs.

Mardi 4 septembre

Le 13 septembre prochain – qui n’est pas un vendredi mais un jeudi, j’en suis navré-, sortiront  à La Lettre Volée ces « Carnets d’un blogueur épisodique », qui reprennent l’essentiel des six premières années de ce blog.

J’ai commencé ce blog vraiment sans grande réflexion préalable. Je n’étais pas du tout  familier des « réseaux sociaux » qui apparaissaient sur le net. Je ne me suis inscrit sur Facebook par exemple que 2 ou 3 ans plus tard.
Qu’est-ce qui qui m’a poussé à ouvrir ce blog?  Sans doute un faisceau de facteurs sont-ils intervenus: j’avais quitté les comités de rédaction de 2 revues de psychanalyse (Quarto et La Cause Freudienne) auxquelles j’avais collaboré activement pendant de longues années et suspendu le cours que je donnais régulièrement à la Section clinique de Bruxelles. J’étais donc libre de consacrer ce temps disponible à d’autres activités qui me tenaient à coeur,  dans le champ artistique plus particulièrement, et ainsi sortir du cercle à mon goût trop fermé sur lui-même de l’institution psychanalytique. Pourquoi pas un blog, adressé au tout venant, où je parlerais de mes intérêts divers, du point de vue d’ un psychanalyste mais pas seulement , aussi d’un passionné d’art et de littérature – ou de tennis!-  et d’un citoyen ayant quelques convictions ? Le hasard d’une conversation  avec ma fille cadette ,en voiture sur le chemin de l’école, précipita cette décision . Nous étions le vendredi 13 janvier 2012 !
Ce désir fut rapidement  renforcé par un événement grotesque (mais alarmant): la communication par la Sûreté de l’Etât d’un rapport  qui rangeait la psychanalyse parmi les pratiques sectaires. Le Soir qui avait donné une certain écho à cette connerie me refusa la publication d’une carte blanche qui la brocardait. Soit. Le blog me servirait de samizdat.
A l’époque, dans le champ freudien, il n’existait guère qu’un blog , auquel je collaborais d’ailleurs occasionnellement (LacanQuotidien). Quelques années plus tard, les blogs se sont multipliés, dans le champ freudien comme dans tous les autres. Du coup, c’est devenu un peu Hyde Park sur la toile, où  tout se volatilise à la vitesse de l’éclair.
L’idée de publier ce blog sous la forme d’un livre est venue peu à peu de ce constat. Rien de ce qui se lit sur le net ne s’inscrit; c’est le règne de l’éphémère, de la réactivité immédiate et le plus souvent sans lendemain. C’est  d’ailleurs pourquoi je n’ai jamais rien mis moi-même en ligne de  mon blog sur Facebook; quand quelqu’un y partageait  une page de mon blog, là oui, je la relayais, mais par moi-même je m’y refusais, mon souhait n’étant en outre  pas de m’adresser à des « amis » présélectionnés.
Alors c’est quoi ce blog? Certes il est écrit à la première personne, mais il ne s’agit  pas pour autant d’ un journal intime -à supposer que cela existe, dès lors qu’il est publié- et que de plus il s’ouvre à des retours en temps réel- ,  ce n’est évidemment pas un journal clinique  – je n’y ai fait aucune allusion directe à ma pratique-,  pas davantage un recueil de chroniques à la thématique bien définie – j’y parle de ce que bon me chante (enfin à peu près) et quand il m’en prend la fantaisie. Bref, il  a représenté pour moi un espace de liberté bienvenu, où je n’obéissais qu’à une seule contrainte : celle de la forme courte. Ne rien y écrire qui exige plus de 24 heures.

J’y ai pris du plaisir. C’est pourquoi, alors que j’en étais un peu lassé, et que j’avais laissé fermer le site qui l’hébergeait fin 2017, je l’ai finalement rouvert en mars 2018!