Dimanche 17 septembre

Week-end de Coupe Davis. Demi-finales France-Serbie à Lille,  et Belgique-Australie à Bruxelles au Heysel. Je n’allais pas rater ça. Et ça a commencé fort  le vendredi avec le match entre Kyrgios et Darcis.  D’un côté Kyrgios, un des jeunes joueurs les plus talentueux,  explosif avec nonchalance, service dévastateur, coup droit fulgurant,  un bad boy à la  carcasse de basketteur américain, et…expert dans  l’art de se faire détester du public.  De l’autre Darcis, souvent phénoménal en Coupe Davis, 33 ans – l’âge où d’autres se sont retirés du circuit depuis longtemps, ce qu’on a craint pour Darcis, sujet à des blessures à répétition-  qui régale le public par son intelligence de jeu et la variété de ses coups, alternant dans l’échange frappes lourdes et slices, amorties et montées au filet, lobs et passing shots, amorties, bref toute la gamme des coups du tennis, excepté hélas le service, qu’une épaule meurtrie ne lui permet pas de claquer au-delà d’un seuil peu élevé.Ca a failli marcher pour Darcis, il s’en est fallu de peu . David n’a pas vaincu Goliath, mais il l’a longtemps désarçonné, et  ce fut un beau spectacle que cette opposition de styles.

Ce dimanche, Kyrigos affrontait un Goffin des grands jours. Ce David-là , qui avait peiné contre Millman vendredi, a retourné le service de plomb de Kyrgios avec une aisance stupéfiante, et gagné en 4 sets. Dans une ambiance de feu, Darcis est alors remonté sur le court, et  a qualifié son équipe pour la finale. Olé !

Je suis sorti nettement moins ravi samedi soir de la Monnaie, qui, pour sa réouverture, programme Pinocchio, le nouvel opéra de Philippe Boesmans sur un livret de Joël Pommerat. Celui-ci avait revisité naguère avec bonheur Cendrillon, mais son adaptation poussive du conte de Carlo Collodi n’est, si j’ose dire, pas faite du même bois. Sa narrativité, redoublée par la musique de Boesmans, est  linéaire et sans surprise, et une mise en scène très statique n’y arrange rien. Bref, une grande déception. Le merveilleux personnage de Pinocchio méritait mieux.

 

 

Samedi 9 septembre

 

Quelques belles expositions sont à découvrir en cette rentrée dans les galeries bruxelloises, notamment , dans un rayon de quelques  dizaines de mètres,  Anselm Reyle  chez Almime Rech, Tracey Emin chez Hufkens et  Thu Van Tran chez Meesen Declercq. Mais c’est vers Namur que, pour l’heure, se dirige surtout mon regard , où Benoit Felix et Bernard Gilbert mettent la dernière main à une exposition qui s’ouvrira le 20 septembre prochain, et pour laquelle j’ai écrit ces quelques mots de présentation:

Quatuor

+

 

Benoit Felix + Bernard Gilbert = un quatuor. One + One + s’exponentie. Et à ma grande joie, voilà donc une suite -la première d’une série- à l’expérience inaugurée en février 2017 aux Abattoirs de Bomel par Marcel Berlanger et Evariste Richer.

Intrigante rencontre. En apparence, rien de plus éloignés en effet que les perspectives de Bernard Gilbert et de Benoit Felix. Couleur et lumière sont les objets électifs du travail du premier nommé; espace et topologie ceux du second. Mais pour l’un et l’autre,  ce sont des paradoxes de la perception et  de ses effets subjectifs sur le regardeur dont il retourne.

On connait la distinction due à Leonard de Vinci entre peinture et sculpture. La peinture procède par via di porre, la sculpture par via di levare (soit par addition ou par soustraction). Nous la retrouvons à son comble ici: quand dans ses installations ou ses videos, Benoit, tel un funambule,   troue  ou évide l’espace, jusqu’à le faire s’évanouir ou se résorber dans des bords, Bernard sature au contraire ses toiles de couleurs qui se composent d’une manière que je qualifierai presque de baroque, en me souvenant de ce mot de Delacroix à propos de Rubens: une assemblée où tout le monde parle à la fois!

Qu’on m’entende bien: l’un ne fait pas surgir le silence là où l’autre opacifierait notre vision. Il y a de la sobriété dans l’oeuvre de Bernard et de l’excès dans celle de Benoit.

Leur confrontation est un choc, dont cependant surgit une harmonie inattendue, sensible dès la découverte de l’affiche de l’exposition, et idoine au signifiant musical sous lequel ils ont placé leur rencontre. Vivace, lento, vivace, scherzo. Elle culmine, cette harmonie, dans la pièce d’eau recouverte de vagues délicates  par Felix et les sublimes  halos des néons peints par Bernard à fresque dans l’escalier.

Ils ont conçu cette exposition comme un grand jeu. Avec des mots d’abord, qu’ils se sont renvoyés comme des avions de papiers, des balles d’un  ping pong  dont les règles étaient à inventer. Un mixte de judo, de course relais et de sauts, où le vertige se mêle à la jubilation.