Dimanche 13 août

De retour à Bruxelles, ce qui n’est pas jamais très facile, j’y trouve cependant une forme de consolation après la biennale de Venise ô combien décevante. C’était en effet  le finissage  ce dimanche de l’expo conçue par Dirk Snauwaert pour les dix ans du Wiels:  The absent museum – inutile de rappeler de quel musée il s’agit. Je l’avais visitée à son ouverture, et la revoir après cette biennale insipide me permet de mieux  l’apprécier.   Avec dix fois moins de moyens, si ce n’est cent, voilà un ensemble autrement cohérent et convaincant que celui réuni par Catherine Macel à Venise.

Quelle a été la plus belle de mes lectures de l’été? Un livre paru en 2014 au Seuil ( dans la collection de la Librairirie du XXIème siècle) : Une image peut-être vraie. Alix Cléo Roubaud par Hélène Giannecchini.  Il s’agit moins d’une biographie d’Alix Cléo Roubaud, épouse de Jacques Roubaud,  disparue prématurément en 1983 (à l’âge de 31 ans) que de la tentative d’approcher, à travers son histoire certes, mais aussi au-delà de celle-ci, la manière singulière  dont Alix Cléo Roubaud s’inventa un usage de la photographie qu’elle conceptualise dans des termes wittgensteiniens et qui se concrétise dans des dispositifs où son corps propre est constamment impliqué dans l’image. Ainsi cette série, admirablement commentée par Hélène Giannecchini, intitulée Quinze minutes la nuit au rythme de la respiration, photos prises  avec un temps de pose d’un quart d’heure en posant l’appareil contre sa poitrine, de telle manière qu’il subit les cahots de son souffle. Images littéralement palpitantes, imprégnées de la respiration entrecoupée d’Alix,  asthmatique depuis l’enfance.  Autoportrait par le souffle de celle qui le perdait sans cesse.

 

 

 

Lundi 7 août

 

Décevante Viva Arte Viva, la Biennale de Venise 2017. Décevante, insipide, et fondamentalement irritante. S’en dégage, du moins pour l’exposition d’ensemble -les pavillons nationaux, que je n’ai pas tous visités, sont plus disparates- s’en dégage un énervant parfum new age:  retour à la tradition et à la terre -le  textile, oui, la techno non !-anthropologie naïve-,  chamanisme, exorcisme, écologie, universalisme de pacotille, chaleur  humaine, cosmogonie, sagesse.  Au milieu de ce bazar, certes émergent des oeuvres de qualité:  ainsi Maria Lai, Leonor Antunes, Franz  Erhrard Walther, , Raymond Hains,  Julian Chamière, ou encore  un artiste chinois dont le nom m’échappe peignant des livres en trompe- l’oeil, mais en définitive  guère de chocs et de découvertes, de sorte que l’on se demande de quoi cette biennale est  bien contemporaine.

Dans les pavillons nationaux, c’est quand même une autre chanson. Dans deux d’entre eux en tous cas: ceux d’Italie  , avec Roberto Cuoghi et d’Allemagne, avec Anne Imhof.

Soit deux versions cauchemardesques d’un monde déshumanisé.  L’imitation de Jesus Christ  de Cuoghi est la prise à la lettre hyperréaliste  de ladite imitation, soit la crucifixion sans résurrection des corps, laissés  se putrifier de façon plus ou moins avancée après leur déposition dans les alvéoles d’une vaste structure translucide, à travers lesquels le visiteur pénètre sans même que lui ait été rappelé l’avertissement de Dante  de laisser là toute espérance.

Quant à Faust -littéralement coup de poing en allemand- il s’agit là encore d’une installation  spectaculaire, quoi que plus épurée dans sa scénographie : le visiteur chemine en effet sur une dalle de verre, sous laquelle  rampent des « performers », tels les ilotes d’un parc sous-humain aseptisé comme la morgue sur laquelle il débouche. Un enfer clean, gardé comme il se doit par des dobermans, Cerbères du temps de la détresse.

Je ne sais ce que j’ai fui davantage. Mais j’ai eu le plus grand besoin d’un bain réconfortant de Carpaccio, de Bellini, de Titien, Tintoret, de Véronèse, et, faut-il le dire, de Giorgione, au sortir de ces visites contradictoires.