Mardi 27 décembre

Aie aie aie. Pour avoir imprudemment relevé quatre mots dans le discours de candidature de Manuel Valls -Rien n’est écrit-, me voilà soupçonné par quelques-uns, et pas toujours très aimablement de faire campagne pour celui-là.

Moi, j’observe une chose claire:  ça craque de partout sur la planète bleue, et le fond de l’air n’est pas rouge mais brun. Et je dis ça d’un pays aux frontières de la France, où, sans qu’on ne semble trop s’en aviser chez nos voisins, le pouvoir est aux mains d’une formation politique flamande idéologiquement identique au Front National, menée par un stratège très habile qui a réussi une OPA magistrale sur un pays qu’il déteste. Il lui a suffi pour cela de l’aide d’un seul parti francophone de droite, auquel est revenu le  poste de premier ministre, occupé depuis deux ans et demi par un fantoche qui ne cesse de se coucher devant son marionnettiste.

Donc, au regard de cette situation lamentable, que rien ne soit écrit quant à ce qui arrivera à l’occasion des élections françaises, j’aimerais le croire. C’est la période des voeux, isn’it.

Mais élargissons un peu l’horizon. Que se passera-t’il avec Trump à la Maison blanche? Que veut-il ? Reynders , notre ministre des Affaires étrangères, ne s’inquiète pas. Selon lui, Trump veut la même chose que nous. C’est-à-dire ? Faire du commerce évidemment. Du commerce, du commerce, encore du commerce, à tout prix avec n’importe qui. Bref, il veut faire  la même chose que ce que font déjà les Chinois, et laisser Poutine jouer à la guerre.

Celui-ci risque bien de ne pas se le faire dire deux fois. L’occasion serait belle de poursuivre la reconquête de l’Ukraine, et pourquoi pas des pays baltes. Comment l’Europe, si mal en point, réagirait-elle? On peut parier qu’elle  se diviserait plus que jamais. Est-il pensable que l’Otan laisse faire ? Trump y a-t’il pensé ? Et Fillon ?

On a beaucoup reproché à Obama sa non intervention en Syrie. Tout de même étrange, ces plaintes de ne plus voir les Etats-Unis en gendarmes du monde, comme on  leur en a tant de fois fait le procès. Obama, à peine un pied hors d’Afghanistan et d’Irak, et à qui n’avait pas échappé non plus le chaos lybien, ne se refusait pas à intervenir, mais avec un mandat de l’ONU. C’est fort beau de dire qu’il ne fallait pas s’embarrasser pour si peu.

Une seule chose est sûre, et à propos de l’ONU précisément:  le Portugais Gutteres, son nouveau Secrétaire général, qui semble avoir fait  du bon travail au Haut Commissariat aux réfugiés, enfin le mieux qu’il put, aura encore bien des soucis à se faire à  propos de ces derniers. Car qui sait comment endiguer l’embrassement entre Sunnites et Chiites ? Il ne faut pas oublier que c’est aussi ça le sens de la bataille d’Alep.

Au début du XXème siècle, cette ville -Alep- fut un lieu d’asile pour d’autres réfugiés: les Arméniens fuyant le génocide dans la Turquie voisine. Heureux leurs descendants qui en repartirent vers d’autres cieux.

 

 

 

 

 

 

Dimanche 18 décembre

Regarder des séries me fait-il oublier qu’il existe encore un art qui s’appelle le cinéma, avec des salles conçues pour lui ? Je dois bien convenir que ce n’est pas faux, et je me désapprouve, au sortir de Paterson, le délicieux dernier film de Jim Jarmush.

C’est moins palpitant qu’ Under the dome sans doute, ou que The bridge (vu dans sa version originale suédoise). Il ne se passe rien dans Paterson, enfin ni crime, ni viol, ni adultère, ni grande catastrophe, ni scandale politico-financier. c’est le récit d’une semaine de la  vie bien réglée d’un chauffeur de bus dans une petite ville  proprette du New Jersey et de sa compagne, qui repeint tout en noir et blanc et cuisine des cookies. Ils s’adorent, ils roucoulent tendrement. Ils ont un chien, un affreux bouledogue anglais  qui s’en prend bêtement à la boite aux lettres dès qu’il le peut.

Il se trouve que Paterson est la ville d’où est originaire le poète William Carlos Williams. Et c’est le titre qu’il donna à son recueil le plus célèbre.  Paterson est aussi le nom propre de notre chauffeur de bus; lui aussi écrit des poèmes, dédiés à son aimée et consigné dans un carnet, qui est leur trésor commun, leur livre secret, aussi précieux que celui destiné à Laura par Pétrarque. Ils sont très beaux, au fait , ces poèmes, empruntés à un certain Ron Padgett, et qui prennent pour objet les plus banales observations de la vie quotidienne. D’autres vocations poétiques éclosent par ailleurs à Paterson !

Tout de même il va y avoir un drame. A la fin d’une semaine pas complétement tranquille – une panne du bus le jeudi ! – , les toutereaux vont au cinéma, voir , en noir et blanc bien sûr, L’île du Docteur Moreau de Charles Laughton.  Mais au retour, aie aie aie,que trouvent-ils ?  Le cher carnet de poèmes, déchiqueté en mille morceaux par le cabot. Le choc est rude, mais l’amour est bien au-delà de ça, et renait dès le lundi matin  le doux et simple bonheur des réveils à deux.

Jarmush signe là une de ces fables dont il a le secret, avec ces personnages lunaires, décalés, qui ne semblent rien connaître des passions tristes, grands enfants candides qui traversent le monde comme un sortilège qui se défait sous leurs pas. Et qu’est-ce qui opère là, sinon la singulière magie du cinéma ?

 

 

 

Samedi 10 décembre

Une phrase m’a plu dans le  discours de candidature à la présidence de la République. de Manuel Valls: Rien n’est écrit. Est-il pour autant l’homme qui empêchera la fille Le Pen de se hisser au second tour, c’est à voir. Il parait que Benoit Hamon n’était pas mal jeudi soir pendant deux heures sur la 2. Mais Valls a un avantage certain, celui d’incarner naturellement de l’autorité, et c’est ce que les Français -et pas seulement les Français- demandent aujourd’hui. Taubira inspire la sympathie certes, mais c’est l’adversaire rêvée des chantres de l’identité rance. Macron sonne creux. Et Melanchon ?  Grande gueule, il fera un tabac dans les débats, comme Marchais naguère, mais les résultats suivront-ils?, pas sûr du tout. On parle aussi d’une possible candidature de Vincent Peillon, que j’ai croisé il y a une dizaine d’années. Il ne m’avait pas fait forte impression.

Malgré ses reniements, je ne me fais pas à l’idée de voir la gauche française balayée.  Je n’applaudis pas à la politique du pire, celle qui fait Zizeck se délecter de la victoire de Trump, comme naguère Sloterdijk de celle de Bush Jr.

En Belgique, l’écoeurante campagne de la NVA contre les demandeurs d’asile soulève, Dieu merci, des protestations jusque dans les rangs libéraux. Et Manuela Caselli, présidente de l’Association syndicale  de la magistrature, a dénoncé les mesures du Secrétaire d’Etat à la migration comme des atteintes caractérisées à l’état de droit. Ce ne seront pas les dernières. Son acolyte Jambon, ministre de l’Intérieur, atteint des sommets dans les sondages de popularité. Pensez donc: il déboulonne même la merveilleuse Maggy De Block!

 

 

 

Vendredi 2 décembre

Donc, ce soir à la Lettre Volée (146, avenue Coghen à Uccle), c’est le vernissage d’ « Après coup », l’exposition des oeuvres de neuf artistes de mes amis, que j’ai le bonheur de réunir pour l’espace d’un week-end, à l’occasion de la nouvelle édition de mon Musée imaginaire lacanien. Leurs noms: Marcel Berlanger, Pierre Buisseret, Benoit Felix, Alain geronneZ, Cécile Massart, Claude Panier, Milena Pels, Evariste Richer et Walter Swennen.

Ce dernier, qui expose aussi en ce moment à la galerie Hufkens, m’a dit il y a quelques jours qu’il voulait débattre avec moi, parce qu’il considérait le concept de musée imaginaire comme une aberration ! Voilà qui promet pour ce soir !