Vendredi 24 novembre

Epatante soirée hier soir à la Balsamine: Iwona, opérette électronique conçue par Françoise Berlanger au départ de la pièce géniale de Witold Gombrowicz : Yvonne princesse de Bourgogne.

Complètement  casse-gueule, cette adaptation. La sauce met un peu de temps à prendre d’ailleurs. Il y a des éclairs, et puis des moments où , pour ma part, j’ai décroché un peu, un rien saoûlé par la musique.  Celle-ci, très convaincante par la suite, prenait, dans la première partie, le pas sur le jeu des acteurs,  exception faite avec  l’entrée en scène magistrale d’Ywona -Chloé De Grom, formidable dans sa présence mutique. Et puis ça décolle, dans un mélange improbable d’émotion et de grand guignol, où Iwona fait songer au personnage de Grâce interprété par Nicole Kidman dans le seul film que j’aime de Lars Von Trier: Dogville. 

Je serai samedi à Rome pour un colloque à l’Institut Français de Rome sur le thème Letteratura et letterarieta in Jacques Lacan. J’y parlerai de Raymond Queneau sous l’intitulé « Raymond Queneau et la chanson du néant ». Un titre dont je suis spécialement content, car, quelques temps après avoir donné ce titre sans autre idée précise de mon exposé, j’ai découvert un poème de Queneau que je ne connaissais pas, intitulé Je crains pas ça tellment. En voici les derniers vers:

Un jour je chanterai Ulysse ou bien Achille /Enée ou bien Didon Quichotte ou Pansa / Un jour je chanterai le bonheur des tranquilles/ les plaisirs de la pêche ou la paix des villas/ Aujourd’hui bien lassé par l’heure qui s’enroule/ / tournant comme un bourin tout autour du cadran / permettez mille excuz à ce crâne -une boule- /de susurrer plaintif la chanson du néant

 

 

 

Lundi 7 novembre

Retour de Paris, et des Journées de l’ECF sur le thème de « L’objet regard ». Beaucoup d’excellents travaux. Pour ma part, j’y ai planché sur le « donner à voir », beaucoup thématisé par Lacan dans son Séminaire 11, et dont j’ai eu la surprise de découvrir que l’expression n’était attestée dans aucun dictionnaire. Ni Littré, ni Robert, ni Larousse, ni Quillet ne la mentionnent, au contraire de donner à entendre, à rire, à penser. Lacan l’emprunte à Paul Eluard, qui a ainsi titré en 1939 un de ses recueils.

Le moment le plus excitant de ces journées: l’entretien de Serge Toubiana avec Gérard Wajcman. Comment la passion du cinéma nait-elle chez Toubiana? Avec Pierrot le fou de Jean-Luc Godard, qu’il découvre à 15 ans. Ca me parle beaucoup. Moi aussi j’ai eu le sentiment que le monde m’était donné à voir autrement avec Godard.

Mais Toubiana origine aussi cette passion d’un moment plus trouble: celui, datant de ses 11 ans, où ses parents l’emmènent voir La Strada de Federico Fellini, et où le spectacle de la misère humaine lui est insupportable. Il ne pourra se faire à l’idée de revoir ce film que 50 ans plus tard.

Le premier film que j’ai souvenir d’avoir vu: Spartacus de Kubrick !  J’avais une dizaine d’années. Je ne l’ai jamais revu depuis. Ce n’est pas nécessaire. Il est resté gravé de façon indélébile au fond de ma rétine.

J’ai par ailleurs été visiter au Jeu de paumes l’exposition conçue par Didi-Huberman intitulée Soulèvements. Je n’y ai pas traîné, tant je l’ai trouvée déprimante, comme un livre d’histoire jauni, ne soulevant aucune émotion, et certainement pas celle de se soulever!