Dimanche 3 juillet

A la Lettre Volée sort une réédition de mon Musée imaginaire lacanien, augmentée d’un chapitre intitulé « Après coup » et d’une postface reprenant un entretien réalisé pour La cause Freudienne n°71 avec Bernard Marcadé, Gérard Wajcman, Nathalie Georges-Lambrichts et Philippe Hellebois.  Je ne sais pas ce qu’il en sera, mais ça me donne tout à coup l’envie d’ écrire un autre livre dans le même fil.

La Lettre Volée publie aussi, de mon copain Juan d’Oultremont, un bouquin inclassable, à la couverture invraisemblable et au titre décalé : Rien ne va plus. Parallèlement, une exposition se tient en ce moment au Musée d’Ixelles, qui rassemble les pièces d’une de ces collections originales dont d’Oultremont a le secret et qui est l’objet de ce livre. De quoi s’agit-il donc ? Des Tableaux d’une exposition de Modest Moussorgsky. Inspirée par des oeuvres de son ami Victor Hartmann qui vient de mourir, cette oeuvre, le plus généralement jouée dans l’orchestration conçue plus tard par Ravel, a fait l’objet d’un nombre impressionnant d’enregistrements, plusieurs milliers parait-il. Du coup, Juan a rassemblé environ 300 pochettes de disques vinyl, et eu l’idée malicieuse de proposer à 36 artistes  (comme à la roulette) d’user de l’une d’entre elles – illustrée d’une palette-  comme d’une palette !

Il y a un côté potache, d’ailleurs parfaitement assumé, dans cette entreprise. Mais  j’aime beaucoup l’idée de construire une exposition autour de cette oeuvre de Moussorgsky. En effet les tableaux d’Hartmann qui l’a inspirée sont pour la plupart aujourd’hui perdus. Il s’agit donc d’une exposition autour d’un vide, non pour le combler mais pour en faire en quelque sorte le tour, ou plutôt des tours ( 33 a minima !) . Et pour ce qui est du livre, on découvre autre chose. C’est qu’à partir de cette collection aléatoire, commencée par jeu – d’où le titre Rien ne va plus-  Juan d’Oultremont finit, sans avoir l’air d’y toucher, par faire oeuvre de sémiologue, et des plus fins, en relevant et analysant dans le corpus de ces pochettes, les thématiques, les choix implicites et leurs significations variées tant esthétiques que sociologiques,  les traits récurrents, les écarts, les présupposés ou les trouvailles, les absurdités, les silences. Bref, on navigue allègrement entre Barthes et Broodthaers, et c’est épatant.