Jeudi 30 juin

Aujourd’hui a donc lieu au Parlement le vote de la loi sur l’exercice de la psychothérapie. La ministre de la Santé ne fait pas dans la dentelle. Outre les psychothérapeutes, les ostéopathes et les psychomotriciens sont dans son collimateur. Mais aussi les malades de longue durée.  Cela est parfaitement cohérent : il faut des thérapies efficaces et promptes à remettre les gens au boulot.

Rayer d’un trait de plume la reconnaissance de certaines professions, voilà bien un geste fort, conformément au lexique de ce qu’il convient de nommer le libéralisme autoritaire. Etrange alliage que celui-ci, qui prend volontiers prétexte de la référence aux Evidence based Practices, dont l’ Evidence based medecine n’ est qu’un exemple.  Toutes les sphères de la décision publique sont touchées par cette standardisation des pratiques. De l’éducation et la justice aux politiques de santé, de l’environnement ou de la coopération au développement, c’est le grand règne de l’Evidence based policy.

Mais avec la loi sur les psychothérapies de Mme De Block, un pas est franchi. Car nous voici d’un coup revenus au beau temps où sous Staline, le camarade Jdanov, non content de soumettre  les arts et les lettres au diktat du réalisme socialiste, décidait de ce qui était scientifique et de ce qui ne l’était pas. Au beau temps où les découvertes de Weisman, Mendel et Morgan, inaugurales de la génétique, étaient décrétées nulles et non avenues parce que contraire aux principes du marxisme-léninisme. Au beau temps où on célébrait le génie de Lyssenko.

Madame De Block prétend mettre au pas les charlatans psychothérapeutes. La belle affaire! Sa loi représente  en réalité une atteinte grave à la liberté de pensée, à laquelle on imaginait les libéraux autrement attachés que le camarade Jdanov. Sous couvert de rigueur scientifique  et de sérieux médical, elle est toute entière orientée par le cognitivo-comportementalisme, et d’ailleurs ne s’en cache pas. Qu’on se le dise: c’est aujourd’hui dans le royaume de Belgique le grand jour de l’avènement d’une Science Officielle !

Mercredi 15 juin

Quelques réflexions à propos de la nouvelle législation sur les psychothérapies:

1: Votée il y a 2 ans, la loi Onckelinx avait mis un terme à un débat interminable à propos des conditions d’exercice de la psychothérapie, de la reconnaissance de ses praticiens et de la liberté de leur orientation clinique. La loi De Bock défait d’un seul coup l’ensemble de ces points. On reconnait là le style délibéré de passage en force de ce gouvernement, dans toutes les matières: services publics, salaires, pensions, chômage, droit d’asile, prisons, justice, culture, et maintenant santé publique. A chaque fois, est recherché le KO debout. C’est la politique du geste fort, selon le syntagme affectionné par ses exécutants, qui emporte l’adhésion d’une part importante de l’opinion publique, en Flandre tout particulièrement , mais aussi dans le Sud du pays où Mme De Block est la personnalité la plus populaire selon de nombreux sondages. Cette politique continuera de plus belle, aussi longtemps que tiendra la coalition dite suédoise.

2. Il n’y a donc rien à espérer d’une quelconque concertation avec le ministère de la santé. Mme De Block ne modifiera pas son texte d’un iota. La seule réponse est donc d’appeler les psychothérapeutes qui ne s’y reconnaissent pas à  la contre-offensive, c’est-à-dire ne pas s’y soumettre.

3. Ils ont pour cela des raisons de fond. Mais aussi des raisons que leur donne dans sa formulation la loi elle-même. Comme l’a relevé judicieusement la pétition mise en ligne depuis 2 jours sur le Forum des psychanalystes, il y est explicitement question, non de psychothérapie , mais de thérapie -entendez orthopédie- du comportement. Il n’y a donc aucune raison que les praticiens de l’écoute se reconnaissent dans cette catégorie.

4. Cette loi ne concerne pas directement les psychanalystes. Mais elle les regarde. Ils sont impliqués et solidaires des psychothérapeutes nombreux orientés par la psychanalyse, qui se sont formés dans les instituts mis en place par les associations psychanalytiques. A travers cette loi, c’est aussi le combat pour la psychanalyse  laïque qui resurgit avec force. Soit le combat pour une pratique psychothérapeutique, qui ne soit pas la chasse gardée des médecins et des psychologues, c’est-à-dire de l’Université.

5. Il s’agira donc de rendre cette loi inapplicable: d’y désobéir et de le faire savoir. Cela entraînera des risques, sans doute. Ce sera l’occasion de se compter. Il faudra organiser la solidarité avec ceux dont la liberté de pratiquer sera inquiétée, informer l’opinion de notre cause, solliciter tous les appuis possibles dès aujourd’hui.

6. J’invite tous les lecteurs de ce blog à prendre connaissance de la pétition mise en ligne sur le site www.forumpsy.be, et à la signer.