Samedi 27 février

Mon grand ami Marcel Berlanger expose en ce moment à la galerie Rodolphe Janssens (rue de Livourne à Ixelles) . Juan d’Oultremont, avec le sens de la formule qu’on lui connait, résumait l’éblouissement général par un « Putain, ça a de la gueule »! Bien dit, mon petit gars.
Il n’y a pourtant pas de peinture plus sobre. Mais sa maîtrise technique est telle qu’il peut revisiter aussi bien Monet, Mondrian ou Christopher Wool. Et le miracle est que cela reste d’une cohérence parfaite.
Marcel participera aussi à une exposition qui me tient très à coeur, à la préparation de laquelle j’ai contribué, qui se tiendra à partir du 4 mars prochain au Centre Culturel de Namur dans les Anciens Abattoirs de Bomel. Il s’agit d’un hommage au cher Alain geronneZ , qui nous a hélas quitté voici quatre mois. Elle réunira les oeuvres d’une vingtaine d’artistes à propos desquels, dans son style inimitable, Alain avait écrit dans le magazine FluxNews. L’intitulé de l’exposition, qu’il avait conçue: Entre Chambre et muse !
Comme disait Raymnd Queneau : On muse, on muse avec les lézards !
Par une étrange coîncidence, j’entendais hier une interview d’Agnes Varda, à propos de son exposition au  Musée d’Ixelles, que je ne manquerai pas d’aller voir. Coîncidence, parce que, voici 5 ou 6 ans, au sortir d’une autre exposition de Marcel, nous avions retrouvé Agnes Varda au cours d’un dîner dans un restaurant en lisière de la forêt de Soignes. Est-ce qu’Alain était des nôtres? Probable, mais je n’en suis plus sûr. Je conserve un souvenir ému de cette rencontre. Le repas terminé en effet -il devait être près de minuit- j’entame un brin de causette avec Agnes sur le parking. Et ne voilà-t’il pas qu’elle m’invite à aller faire une promenade en forêt ? J’avais bien envie d’accepter; en dépit de ses quatre vingt balais, Agnes Varda est très alerte; l’idée était délicieuse, mais tout de même, par cette nuit noire et froide,  j’éprouvais quelques scrupules. Luc Dardenne, qui l’accompagnait, m’a tiré d’affaire, en l’embarquant quasi de force !

Jeudi 25 février

Rien à ajouter. C’est l’intitulé de la chronique, toujours marrante, d’Alex Vizorek , que j’écoute de temps à autre le matin sur la première. Rien à ajouter, sauf que, ah oui… et c’est parti pour Vizorek et sa cueillette des perles de l’actualité du moment.

Sur le même mode, je pourrais dire que j’e n’ai rien à ajouter, sinon ceci que ce sera exotique, et carrément épatant quand, en bordure du Zwin, on pourra apercevoir, dans leur tenue jaune fluo et quelques chaînettes à leur pieds, les heureux  pensionnaires du Guantanomo light de Knokke-Heist, que nous promet, dans un élan humanitaire émouvant – naturellement  financé par la Fortis et avec la bénédiction de la NVA –  le bourgmestre de cette pauvre commune déjà assiégée par les oiseaux migrateurs. Un Guantanamo sans torture.  Ben voyons! Honni soit qui mal Lippens.

Je n’ai rien à ajouter sauf qu’on ne pourra que s’émerveiller du zèle de  la ministre de la Santé, la charmante Mme Maggie de Block, qui,  dans un souci  plein de sollicitude pour notre équilibre mental menacé, va sans tarder mettre bon ordre dans le champ de la psychothérapie, cette autre jungle de Calais. La chasse aux psychanalystes clandestins sera réjouissante.

Je n’ai rien à ajouter sauf que, à l’horizon des événements, celui de l’astrophysique, ça se bouscule avec la découverte des ondes gravitationnelles. Mais ce qui préoccupe Hubert Reeves, entendu ce matin sur les mêmes ondes dans l’excellente et joyeuse émission Entrez sans frapper, c’est surtout la disparition des vers de terre! C’est que ceux-ci, si je puis dire, tombent comme des mouches. Ou plutôt comme des abeilles, et pour les mêmes raisons, à savoir les pesticides. 95 °/° de la belle famille des vers de terre seraient d’ores et déjà disparus, au nez et à la barbe de toutes les sociétés protectrices des animaux.  Problème: les vers de terre sont aussi précieux que les abeilles transporteuses du pollen, car ils oxygénisent les sols, qui sans eux deviennent irréversiblement infertiles.

Je n’ai rien à ajouter sauf que, comme disait Marcel Havrenne, le principal reste donc à dire. Mais d’autres viendront, qui ne le diront pas non plus!

 

 

Lundi 15 février

On sort de ce microcosme qu’est une station de sports d’hiver dans le Valais. Une semaine sans autre souci que la météo – assez rude pour cette période, il faut en convenir- et le choix des pistes à descendre. Plus d’obligations, plus de responsabilités, plus de tracas, l’oubli pour règle de vie. Débilité béate. Ah! la vie simple du skieur ! Toute entière concentrée sur une seule chose: son corps et ses diverses prothèses, comme autant de  membra disjecta qu’il lui faut rassembler.  A savoir: ses gants, ses lunettes  ou son masque, son bonnet ou son casque -et depuis l’accident de Michaël Shumacher, la majorité des skieurs portent un casque…tout comme lui ! -, sa combinaison, ses chaussures de ski, ses bâtons  et enfin ses skis bienaimés, sans lesquels il n’est que le prisonnier de tout le reste.

J’ai goûté cette déconnexion, et cela d’autant plus aisément grâce aux caprices de la wifi. Et puis à la faveur d’une longue insomnie dans l’autocar du retour et de la lecture des journaux, j’ai le sentiment étrange d’avoir été coupé du monde bien plus longtemps. Je réalise l’accélération foudroyante de l’embrassement syrien, qui me fait mesurer combien depuis les attentats de Paris, l’attention phobique généralisée portée aux questions sécuritaires et identitaires nous masquent en fait  l’extension du domaine de la guerre. C’est à présent un monstrueux champ de bataille, et sur une aire gigantesque, qui se dessine.  Et peut-être dois-je finir par donner raison à ceux-là, de bords divers,  qui comparaient – parallélisme qui me choquait profondément- la situation en Syrie  avec celle de 1936 en Espagne.

Je présume que les seuls pour qui ça ne changera rien à rien seront les Suisses.