Dimanche 13 septembre

Je n’ai pas fini d’hésiter à poursuivre ce blog, comme m’y encouragent amicalement certains. Cependant, l’opinion sévère de Zoe Raphael (cf. le commentaire du mardi 30 juin) à son sujet n’est pas loin d’être la mienne: trop futile.

La question est donc moins celle de la forme de l’exercice que celle de son contenu. Pour ce qui est de sa forme, il me suffirait de prendre conseil de Jonathan Leroy, dont le site est autrement bien ficelé que celui-ci. J’y penserai.

Il y a aussi quelque chose qui me freine: je suis effaré par l’espèce de frénésie communicationnelle qui s’est emparée de mes collègues du Champ Freudien. Ce bombardement m’irrite au point que je ne lis quasiment plus rien de ce qui quotidiennement vient remplir ma boîte mail. Je fais la grève!

Peut-être devrais-je redéfinir l’objet de ce blog ? Ce à  quoi j’aimerais qu’il ressemble ? Là-dessus, j’ai quand même une idée. De 1911 à 1918, Guillaume Apollinaire tint une chronique dans la revue du Mercure de France, qui s’appelait La vie anecdotique. Quel beau titre,  n’est-ce pas ?  Comme j’aimerais arriver à quelque chose comme ça !

Le mot anecdotique est régulièrement employé dans un sens péjoratif. Zoe Raphael est en bonne compagnie: Jean-Claude Milner m’a un jour fait le reproche d’aimer trop les anecdotes! Je ne voudrais pas aggraver mon cas, mais bon, je le reconnais, je suis sensible à ce qu’on pourrait nommer le  genre anecdotique, qui a quand même ses lettres de noblesse. J’y mets bien des choses, des Histoires d’Hérodote au Grand Incendie de Londres de Jacques Roubaud, en passant par Procope et Fontenelle , auteurs l’un et l’autre d’une Histoire anecdotique.
L’étymologie du mot mérite l’attention: du grec A né kdota , littéralement les choses inédites.

Une rapide recherche sur Internet m’apprend par ailleurs qu’il existât entre 1855 et 1862 une Revue anecdotiques des arts et des lettres, ainsi qu’à la même époque une Revue anecdotique des excentricités contemporaines. 

De quoi parlait Apollinaire dans sa Vie anecdotique ? De tout et de rien. C’est un joyeux pêle-mêle.  La langue, la  peinture, le théâtre, ses voyages, ses rencontres, la mode, la cuisine, la guerre et la vie au front, tout est prétexte à la verve merveilleuse d’Apollinaire. Allez c’est décidé, je rebaptise ainsi ce blog : La vie anecdotique.

Dans mon esprit, cela veut dire aussi bien: le parti du monde. Celui que nous invite à soutenir Kafka: Dans le combat entre toi et le monde, soutiens le monde. Cet adage a inspiré mon ami François Dekonninck, pour une exposition qui se tiendra à partir du 24 septembre aux anciens Abattoirs de Namur, réunissant des artistes autour du magnifique travail photographique d’Alexandre Christiaens.

Ce parti du monde fait écho aussi au très beau titre qu’a imaginé Myriam Saduis pour la pièce qu’elle a construite autour de la figure d’Hanna Arendt, spectacle  dont j’ai déjà dit tout le bien que je pensais sur ce blog lors de sa création au Théâtre de Cergy-Pontoise en mai dernier.

Amor Mundi est à présent à l’affiche du Théâtre-Océan Nord à Bruxelles. Dans l’actualité de la crise des réfugiés, l’acuité politique des propos d’Harendt est salvatrice.