Mardi 4 août

Dans cet espèce de flottement, mi-plaisant mi désagréable, mélange de farniente et de désoeuvrement, où l’on plonge dans ce qui se nomme à juste titre vacance, flottement redoublé quand on se retrouve chez soi (horreur) entre deux destinations, me voici revenant un peu trop machinalement à ce blog dont des amis me parlaient hier soir, certes avec bienveillance, mais serait-ce  désormais  considéré comme mon activité essentielle ? L’idée me fait un peu froid dans le dos, car à dire vrai,  le blogueur professionnel m’apparait l’image achevée du parfait radoteur en roue libre.

Etant entendu qu’il n’existe que de mauvaises habitudes, le choix est donc le suivant: ou en finir avec ce blog qui n’a que trop vécu, ou en renouveler la forme, mais de quelle manière ? je n’y vois pas très clair. Les suggestions sont les bienvenues. Help !

En attendant, une recommandation:  destination le centre Pompidou Metz ! Deux expositions captivantes: Warhol underground et Michel Leiris § Co. Pour moi , deux plongées dans deux strates essentielles de ce qui a fait la  sensibilité de ma génération.

Quand j’avais une vingtaine d’années, la lecture de L’âge d’homme m’avait secoué. Je viens de le relire et j’en suis à peine moins sidéré. C’est que j’avais oublié, et d’ailleurs peut-être ne l’avais-je même pas relevé naguère, que cette grande confession  s’inscrit dans la suite la plus directe d’une cure psychanalytique, qui n’est qu’évoquée ( p.197 à 201 de l’éd.Folio) mais dont l’impact fût assurément décisif. C’est en effet sur le conseil d’Adrien Borel, excentrique personnage qui fût aussi l’analyste de Georges Bataille, que Leiris, pensant lui-même qu’il lui manquait d’avoir vécu un peu à la dure, partit pour deux ans comme membre de l’expédition ethnographique célèbre de Marcel Griaule en Ethyopie, au sortir de laquelle il écrivit L’Afrique fantôme, et se sentit enfin assuré de sa vocation littéraire. Et je me demande bien quel témoignage de passe – soit celui dont Lacan attendait la production de la part des analystes de son école- arrive à la cheville de L’âge d’homme ? 

Ma stupeur à sa relecture tient par ailleurs à m’apercevoir que le parallèle que j’avais esquissé cet hiver, après la visite de l’exposition Rembrandt à Londres,  entre les figures de Lucrèce et Judith constitue un axe majeur du livre de Leiris. Comment cela ne m’était-il pas revenu à l’esprit? Ne voulais-je donc pas admettre ce que Leiris met en lumière, à savoir combien ces deux figures ne sont peut-être que l’envers et l’avers de la même monnaie ?