Mardi 30 juin

Roger Nimier définissait l’amitié ainsi : Si votre meilleur ami vous appelle au milieu de la nuit parce qu’il a tué quelqu’un et qu’il a besoin de vous, vous y allez, vous l’aidez à enterrer le corps. Et après vous posez les questions. ( interview de Blandine de Caunes dans Libération du 25 juin) . Je trouve ça assez beau.

Françoise Lauwaerts publie, aux éditions de l’Académie Royale de Belgique, Pouvoirs et puissance de l’écriture en Chine. Concis, limpide et passionnant. Où l’on voit que si les mystères des Egyptiens étaient des mystères pour les Egyptiens eux-mêmes, il n’en va pas autrement avec celui que représente l’écriture chinoise pour les Chinois eux-mêmes.

Au BAM à Mons, une belle expo consacrée à l’art brut,  sous le titre un peu stupide cependant de Monsens, où découvrir l’oeuvre jubilatoire de Marco Decorpeliada, démantelant la classification psychiatrique telle qu’elle est établie dans le  manuel du DSM4 ( Diagnostic and Statistic Manual of Mental Disorders) au travers de la correspondance désopilante entre son encodage chiffré et celui du catalogue des produits surgelés Picard ! Un chef d’oeuvre d’ironie schizophrénique.

Toujours à Mons, on peut voir Atopolis, l’exposition conçue par Dirk Snauwaert; J’y ai surtout été émerveillé par l’exposition dans l’exposition de Francis Alijs, qui à elle seule mérite le déplacement.

Et puis ce week-end , ce sera le congrès de Pipol V , pour la troisième fois consécutive à Bruxelles, avec pour thème Victime !  Tout un programme…

 

Mercredi 17 juin

Try again   Fail again Try better Fail better

Stanislas Wawrinka, le magnifique et assez inattendu vainqueur du tournoi de Roland Garros, s’est donc fait tatouer ces mots de Samuel Beckett sur l’avant bras. C’est ce que m’apprend Catherine D. dans le commentaire qu’elle m’adresse. Pour ce qui est de rater de la meilleure façon, bravo l’artiste !

Est-il plus belle devise que celle-là ? Peut-être celle-ci, qui était, parait-il, celle de Jean Van Eyck: je n’espère ni ne désespère, à laquelle je repense souvent, et que m’avait apprise un collègue qui n’en avait plus pour très longtemps et le savait. Ca m’avait beaucoup impressionné.

Plus joyeuse, j’aime aussi beaucoup celle de Groucho Marx: la discrétion est ma devise . Même sur ma carte de visite, il n’y a rien d’écrit !

Jeudi 11 juin

Ce matin sur Musique 3, le toujours malicieux Camille de Rycke recevait le violoniste Daniel Hope et lui demandait où irait sa préférence entre une conversation avec Hindemith ou une partie de tennis avec Schönberg. Sans hésitation, une partie de tennis avec Schönberg, répondit Hope, m’apprenant du même coup que Schönberg avait imaginé une forme de notation musicale des échanges tennistiques ! Il ne badinait pas avec le tennis. Après un match perdu contre le compositeur André Prévin, Schönberg ne lui adressa plus la parole.

Personnellement, j’ai souvent eu envie de faire quelques balles avec Jean-Luc Godard, ou bien une partie d’échecs avec Samuel Beckett comme Jean-Philippe Toussaint en a eu le bonheur.

J’ai reçu dernièrement  deux nouvelles qui m’ont fait plaisir. D’abord la prochaine réédition à La Lettre Volée de mon premier livre ( Une analyse avec Dieu -le rendez-vous de Lacan et de Kierkegaard ). J’ai suggéré à Daniel Van der Gucht d’y inclure en préface l’article que François Regnault avait eu la gentillesse d’y consacrer naguère dans La Cause Freudienne. Ensuite, la publication début 2016 d’une traduction espagnole de L’envers du décor dans la collection  que dirigent à l’Université San Martin à Buenos-Aires mes amis Damasia et Hugo Freda. Vu que je ne suis pas très inspiré ces temps derniers, voilà qui me fait franchement du bien.

 

Lundi 8 juin

On peut ne pas partager toutes les prises de position de Bernard-Henri Lévy. Regretter le charmant Kadhafi , louer les épatants  Vladimir Poutine et Ranzam Kadirov, et autres protecteurs du genre humain. La vindicte dont il est l’objet devrait cependant donner à réfléchir. Les batailles de tarte dans Laurel et Hardy ou autres films muets n’étaient pas l’espèce de lynchage à quoi ressemblait bien l’agression organisée la semaine dernière à Namur par Noël Godin et vingt – oui, 20 , pas moins- de ses valets, et saluée avec une jouissance débile par une cohorte d’esprits forts.

Oui, on peut ne pas souscrire à toutes les opinions de BHL. Mais honte à cette danse du scalp.  Pour l’heure, on ferait mieux de s’intéresser un instant à ce qui se passe dans un pays qui s’appelle le Burundi, et où les locaux de  La Renaissance, la seule radio-télévision qui ne soit pas à la solde du pouvoir dictatorial en passe de s’installer en réactivant les terribles conflits ethniques hérités de la période coloniale, où ces locaux donc ont été mitraillés et saccagés. Et il ne sera pas interdit de rappeler que Bernard-Henri Lévy fut à l’initiative  de la création de cette radio il y a une quinzaine d’années au lendemain des accords d’Arusha , après les n-ièmes massacres qui avaient  ensanglanté le Burundi. Mais sans doute ignorez-vous où cela se trouve, Mr Godin, le Burundi. Vous n’y seriez pas très à l’aise à mon avis. Vous vous  y feriez tout petit petit, courageux comme vous l’êtes, avec votre vingtaine de laquais.

 

 

 

Samedi 6 juin

Y a-t’il une vie après Venise -dans Bruxelles ou Calcutta désert? La question se pose, quand bien même on peut boire des spritz  même à Bruxelles ( des spritz campari de préférence), revoir Identification d’une femme , qui se termine -mal- à Venise, ou voir pour la première fois La meglio giuventu, avec la merveilleuse Maya Sansa, qui ne se passe pas à Venise, mais tout de même en Italie.

Enfin, on se consolera avec Roland Garros…On attendait Federer-Monfils ou Nadal Djokovic, mais les deux matchs ont tourné court. Vint Djokovic-Murray, grandiose tragédie en cinq actes, dont je n’ai pas vu la fin, mais peu importe, ce que j’ai pu en voir m’a surexcité! Il y a une magie du tennis quand deux joueurs de génie se mettent à jouer à la perfection dans le même temps.

Syriza, Podemos, Tout Autre chose, mobilisation anti TTiP, il y a comme un frémissement en Europe. Ce n’est pas trop tôt. Voilà du coup Jean-Claude Garrot qui renait de ses cendres, ou plutôt de celles de Pour, le journal dont les locaux furent incendiés en 1982, et relance son journal plus de trente ans plus tard, avec un premier numéro centré sur les désastres annoncés de la mise en oeuvre de ce traité transatlantique. On lira en particulier là-dessus les propos de Pierre Defraigne, qu’on ne peut pas soupçonner d’être un extrémiste (il fut haut fonctionnaire à la Commission européenne, et successivement conseiller ou chef de cabinet d’Etienne Davignon, Claude Cheyson et Pascal Lamy. )