Dimanche 20 juillet

Ah! il n’est pas nécessaire ces temps-ci d’aller au Louvre-Lens visiter l’exposition Les désastres de la guerre pour se faire une idée de ceux-ci. L’ envers du décor se dévoile.

Deux autres expositions sont à découvrir cet été à Paris. On ne s’étonnera pas que je recommande  All that falls au Palais de Tokyo, dont le commissaire est mon vieux complice Gérard Wajcman. Et au Musée des Arts Décoratifs, celle consacrée au styliste Dries Van Noten (Influences). Deux expos mallarméennes en somme : de la dernière mode au désastre obscur, et retour. A Bruxelles, le Wiels présente les travaux des artistes accueillis cette années en résidence. J’ai été ébloui par ceux d’Emmanuelle Quertain, dont mon ami GeronneZ m’avait dit le plus grand bien, à raison.

Quelques belles lectures  de vacances m’attendent: le Baudelaire de Walter Benjamin, le premier tome de la Correspondance de Samuel Beckett. J’en parlerai sans doute à la rentrée.  C’est fou, tout ce qu’on peut reporter à la rentrée.

 

Mardi 8 juillet

 

Certains crient au génie à propos de Roméo Castellucci. Ce n’est pas mon cas.  Il ne suffit pas d’avoir une idée originale pour faire une mise en scène qui tienne la route. Démonstration avec Orphée et Eurydice, vu à la Monnaie la semaine dernière.

L’enfer où descend Orphée est ici un service de neurologie où Els (Eurydice) est hospitalisée depuis un an, victime d’un locked in syndrome. Complétement  paralysée , elle ne peut communiquer avec autrui que par des battements de paupière.  Sans doute ne pouvait-on mieux figurer l’enfer, l’enfer de ne pas mourir, dont Daniel, le mari d’Els qui lui rend des visites quotidiennes, ne la délivrera pas davantage qu’Orphée ne ramènera Eurydice à la vie.

Daniel et Els ne sont pas des personnages de fiction.   Un texte projeté pendant plus de la moitié de la représentation nous narre par le menu l’histoire d’Els , de sa petite enfance jusqu’à sa rencontre avec Daniel, avec qui elle fonde une famille. Ce conte de la vie ordinaire prend le pas sur le mythe. Certes le tragique n’est pas absent des vies ordinaires, et quand la mort s’en mêle, elles sortent toujours de l’ordinaire.  On peut douter cependant de la nécessité d’autant de détails biographiques, débouchant sur un laborieux  faux  suspens à travers la  projection video de médiocres images floutées du trajet en voiture jusqu’au centre hospitalier et du parcours de ses couloirs jusquà la chambre d’Els immobile dans son lit, des écouteurs sur la tête.

Car là est la pointe du dispositif imaginé par Castellucci : Els entend chaque soir en direct la représentation à laquelle assistent les spectateurs de la Monnaie, menés ainsi à son chevet et invités à l’applaudir à la fin.

Cet agencement voyeuriste et à mes yeux de fort mauvais goût a-t-il d’autre fonction que celle de masquer l’indigence absolue d’une mise en scène réduite à cette seule projection, laquelle versera dans le kitch grotesque  avec la résurrection d’une Eurydice nue dans un décor champêtre ?  Et finalement on se dit qu’Els décidément est fort à plaindre : entendre du Berlioz chaque soir, pitié ! Si j’ai perdu mon Euridyce, fasse le ciel que ce soit au festival de Werchter ou aux Eurockéennes de Belfort.