Lundi 16 juin

Commémoration de 14/18 et marketing obligent, un déluge d’ouvrages sur la guerre s’abat depuis quelques temps sur les rayons des librairies, si bien que j’en arrive à éprouver une sorte de honte à avoir, certes modestement, contribué à ce battage. Grand fut mon plaisir ce week-end cependant à présenter mon Envers du décor dans les beaux salons de la librairie Mollat à Bordeaux à l’invitation de mes collègues de l’ACF-Aquitania. Grand surtout mon plaisir à débattre avec eux, tant il est vrai, comme dirait Godard, qu’il est trop rare qu’on me renvoye la balle – raison majeure d’apprécier le tennis.

Je n’avais jamais prémédité de consacrer un livre à la guerre. Au départ , je comptais écrire une suite à Un musée imaginaire lacanien, publié voici 5 ans à la Lettre Volée. Il y avait une phrase de Lacan que je n’y avais pas commentée, et qui m’intriguait : Toute action représentée dans un tableau nous y apparaitra comme une scène de bataille. Chemin faisant, la question de la représentation de la guerre, mais aussi celle de ce que représente la guerre dans l’histoire humaine, s’est, insidieusement d’abord, avec insistance ensuite, imposée à moi. Aujourd’hui, si je devais réécrire ce livre, je prendrais peut-être pour entrée une autre phrase : Un, c’est la solitude; deux, c’est le couple; à partir de trois, c’est la guerre mondiale . J’ai cité Serge Daney.

A Bordeaux, histoire de me mettre dans l’ambiance sans doute, mes collègues m’ont logé à l’Hôtel Normandie, où, m’expliqua mon ami Rodolphe Adam, de Gaulle passa sa  dernière nuit en France le 17 juin 40, avant de partir pour Londres. Est-ce là qu’il rédigea son célèbre Appel à la résistance ?

Il y a une affinité profonde, que Gilles Deleuze a admirablement relevée, entre l’oeuvre d’art et l’acte de résistance. C’est le trait commun de toutes celles que j’ai choisi de commenter dans mon livre. Je n’ai naturellement pas été exhaustif, loin s’en faut. Tous les jours, je me repens de n’y avoir pas évoqué tel tableau ou tel livre. Comment par exemple, ai-je pu ne pas parler d’Antonin Artaud, Mr Mutilé, Mr tronçonné, Mr amputé, Mr décapité dans les barbelés et les guillotines du pouvoir discrétionnaire de la guerre, auquel Florence de Méredieu vient de consacrer un remarquable  Antonin Artaud dans la guerre (éd. Blusson ) ?

Artaud, ce n’est pas du pipeau. Savez-vous d’où vient cette expression? Le pipeau est un petit instrument à bec, couramment utilisé comme appeau par les chasseurs pour leurrer les oiseaux. Une tromperie sur la marchandise donc, un truc pas sérieux. Mes malicieux collègues bordelais, nourris au lait de la vigne, m’ont fait découvrir un fameux breuvage qui n’est pas du pipeau, en dépit de son nom : Pipeau. Essayez, vous m’en direz des nouvelles !

 

 

Dimanche 8 juin

Depuis 48 heures, je découvre Facebook, et c’est assez différent de ce que j’avais imaginé. Il faut dire que j’avais l’an dernier ouvert un compte sur un autre réseau social (Linkedin) , complètement sans intérêt et passablement intrusif. J’avais en outre eu les plus grandes peines à m’en désinscrire.

Facebook m’apparait tout autrement. Je m’y suis connecté avec une trentaine de personnes au départ, pas plus. Mais aussitôt, j’ai eu le sentiment d’être pris dans un mouvement fertile et vivace, recevant en 2 jours toute une série d’informations imprévues, originales, intéressantes.

Je découvre des addicted: Tania -attention aux effets secondaires , elle savait de quoi elle parlait! – , Myriam Saduis, Daniel Van der Gucht, Lacadée ( vive Lou Reed ! ), Encalado, Laurent de Sutter (putain de métaphysicien! ). Je vois bien que se pose la  question de la perméabilité entre vie publique et vie privée, mais sans rien qui me choque jusqu’ici.

Effet immédiat de cet intérêt : je ne sais plus très bien ce que je dois réserver à ce blog ou aux messages sur  Facebook.  J’y verrai sans doute plus clair dans quelques temps  à l’usage. Il n’est peut-être pas forcé que je distingue les deux. Mais si en plus je songe à  M’enfin !, ma chronique dans  Lacan Quotidien, le journal électronique du Champ  Freudien,  me voici tout de même un peu  embarrassé.

 

Jeudi 5 juin

Un charmant garçon que Philippe Hellebois! C’est d’ailleurs la conclusion en toutes lettres de ses Histoires salées en psychanalyse (Navarin éd.) auxquelles une soirée est consacrée ce soir au local de l’ACF-Belgique.

Cet espèce de traité de psychopathologie de la vie amoureuse conte une vingtaine d’histoires contées à la manière d’un Maupassant qui aurait lu Freud et Lacan. La dernière d’entre elles n’est pas la moins savoureuse et nous dresse le portrait drolatique de l’auteur en adorateur d’une Eve future avec qui il regagnerait le paradis. Les déboires répétés où ce fantasme l’a entraîné, ainsi que ses partenaires, tantôt l’enragent, tantôt le désolent, mais finalement lui servent surtout à nous charmer.

C’est donc comme analysant autant que comme analyste que Philippe Hellebois a pris la plume. Une plume alerte, spirituelle, joyeuse, qui, sans jamais reculer à appeler un chat un chat,  excelle dans le bien- dire.  Je m’en vais de ce pas goûter de ce sel rare.