Vendredi 26 juillet

Finalement je n’ai abandonné ce blog le mois dernier que pour me préoccuper d’un autre ! En vue des prochaines Journées de l’ECF consacrées au trauma, mes excellentes collègues Christiane Alberti et Marie-Hélène Brousse ont en effet lancé un blog très créatif ( www.journeesecf.org ) et m’ont demandé de préparer, en collaboration avec Juliette Lauwers-de Halleux, un numéro spécial Trauma in Belgium. Nous avons donc commencé à rassembler interviews, images et textes divers. Le dossier doit être ficelé pour fin septembre, et mis en ligne en octobre. D’ici là, toutes les suggestions sont bienvenues.

De mon point de vue, la Belgique n’est historiquement rien d’autre qu’un trauma. Tour à tour bourguignonne, espagnole, autrichienne, française, hollandaise, la Belgique indépendante est un état artificiel né des suites des guerres napoléoniennes et du Traité de Vienne, dont elle est une espèce de pièce tardive. Non sans mal, elle se choisit un roitelet en la personne d’un prince allemand, Léopold de Saxe-Coboug Gotha. Un vague sentiment national apparait sous le règne prospère de son fils, Léopold II, celui dont Mark Twain dénonce les exactions coloniales et moque les rêves de grandeur dans ses Soliloques du Roi Léopold.  Bruxelles est alors la « ville des Sépulcres » du Coeur des Ténèbres de joseph Conrad.

Au XXème siècle, les deux guerres mondiales démontrent que le Royaume de Belgique ne joue en rien le rôle d’Etat-tampon qu’il devait représenter entre la France et l’Allemagne. Le territoire redevient le champ de bataille électif qu’il fût du Moyen-Age à Waterloo. Mais si de la guerre 14-18, nait le mythe (fabriqué de toutes pièces) d’Albert Ier,  Roi-chevalier, au sortir de la guerre 40-45, la royauté vacille au contraire. Léopold III, qui choisit de collaborer avec l’occupant nazi au lieu de suivre le gouvernement en exil à Londres, est contraint d’abdiquer en faveur de Baudouin 1er, le roi triste. En 1960, l’indépendance congolaise en fait désormais le roi d’un « petit pays ». Celui-ci  devient certes le siège des institutions européennes. Mais au coeur d’une capitale très provinciale, elles seront longtemps appréhendées comme un corps étranger dans un pays de plus en plus profondément divisé par la querelle linguistique.

Le règne d’Albert II, commencé avec une réforme  fédéraliste de l’état, se termine avec un passage à un régime confédéral, compromis précaire censé endiguer les vélléités indépendantistes de la Flandre. Je ne parie pas cher sur l’avenir de cette formule. Les élections de 2014 seront une heure de vérité.  Bart De Wever considérait qu’il y avait deux conditions pour qu’il l’emporte: Di Rupo premier ministre, et Philippe sur le trône. Nous y voilà.

L’identité belge est traumatique parce qu’elle est tout à la fois le nom d’une division, d’un reste et d’un vide. Elle est nom de la division entre deux langues et deux cultures mal mariées, nom du reste du Traité de Vienne, dont elle est comme l’objet chu, nom du vide au bord duquel se retrouvent les habitants d’un pays qui s’évapore. Mais la Belgique est aussi aujourd’hui un symptôme au-delà d’elle-même: symptôme d’une Europe sans âme, à l’image de l’affligeant premier Président qu’elle s’est donnée: Herman Van Rompuy, ex-éphémère premier ministre,  citoyen de Rhode-Saint-Genèse – oh pardon ! Sint Genesis Rood. En ce dernier sens, elle a assurément de l’avenir.