Mardi 29 mai

 

And the winner is….nobody !!  Personne parmi les lecteurs de ce blog n'a découvert ce qui se cachait dans les "100 ans après J.C" d'Alain geronneZ.  Comme il a lui-même lâché le morceau en diffusant  une présentation de son exposition, je donne la réponse: il fallait comprendre 100 ans après…John Cage, dont c'est le centenaire de la naissance cette année. Mais bon dieu, c'est bien sûr, isn'it !

And the winner will be… ? La question se pose encore cependant à Roland Garros ! Cela fait quelques années que je n'y ai plus mis les pieds, préférant décidément  la grande cérémonie sur herbe de Wimbledon. J'ai vu cependant quelques beaux échanges à la télévision ce week-end.  Le temps ensoleillé et les terrains secs favorisent le beau jeu et les artistes de la volée. Le tennis passe bien à la télévision, je ne suis pas le premier à faire cette remarque, à cause des dimensions style art minimal du terrain,  qui cadrent parfaitement avec l'écran.  Mon favori: Roger Federer naturellement. 

.

 

 

 

 

Dimanche 20 mai

Un indice à propos des "Cent ans avant J.C." : il est question d'un grand apôtre du hasard…

Je rentre de Strasbourg, où mes excellents collègues de la Section Clinique m'avaient convié à une conversation avec le philosophe Jean-Luc Nancy sur le thème de la répétition. Jean-Luc Nancy avait naguère, avec son copain Lacoue-Labarthe écrit un ouvrage auquel Lacan avait rendu un hommage, certes ambigu dans son Séminaire Encore : c'est avec la plus grande satisfaction que je l'ai lu. Je désirerais soumette votre auditoire à l'épreuve de ce livre, écrit dans les plus mauvaises intentions… Je n'ai jamais été si bien lu – avec tellement d'amour ; Bien sûr, c'est un amour dont le moins que l'on puisse dire est que sa doublure habituelle dans la théorie analytique n'est pas sans pouvoir être évoquée… C'est qu'ils me dé-supposent le savoir. Et pourquoi pas? ( p. 62-64 du Sém.20)

Aujourd'hui Jean-Luc Nancy ne désuppose plus le savoir à Lacan. Il ne peut tout simplement plus le lire, dit-il. Ca lui tombe des mains. Idem pour Kierkegaard. La Répétition lui tombe des mains. Cette histoire d'amour impossible, ça ne lui parait pas très sérieux. Fichte, Hegel, Schelling, le devenir de l'esprit, la vraie philosophie quoi, c'est quand même autre chose. À l'en croire, la question de la répétition n'intéresse d'ailleurs plus guère de monde, hormis les musiciens parce que la musique  est répétitive par essence. Soit. Quant au livre que je lui avais fait parvenir, il l'a égaré avant de l'ouvrir ! Étrange dialogue donc, mais parfait pour illustrer qu'il n'y a de vérité que du malentendu. 

Hier c'était la Saint Yves, saint patron de la Bretagne, des juges, des avocats et des voleurs! Il y a deux légendes que j'aime bien à propos de Saint Yves. Selon la première, la statue de Saint Yves s'animerait une fois l'an en l'église de Tréguier à l'occasion du grand pélerinage rassemblant les fidèles. Mais cela à l'absolue condition qu'on ne la regarde pas!

La deuxième est une sorte de fable. Un pauvre hère crevant famine humait chaque soir avec délice les bonnes odeurs au seuil d'une auberge. Le tenancier, agacé de le voir camper là en permanence, sollicite l'arbitrage de Saint Yves. N'est-il pas en droit d'être payé par le bonhomme pour ces festins olfactifs? Saint Yves en convient et condamne celui-ci au payement de deux écus. Le malheureux s'exécute, tend deux écus à Saint Yves, qui les fait tinter à l'oreille de l'aubergiste et les rend promptement à l'autre !

Jeudi 17 mai

 

 

Alain GeronneZ, ci-dessus le doigt sur la gâchette, m'envoie cette photo savoureuse en écho à mes deux billets précédents. Elle a été prise la semaine dernière à l'ERG par Bernadette Kluyskens à l'occasion d'une présentation de travaux d'étudiants (ici celui de Marie Algrain).

La prochaine exposition personnelle d'Alain geronneZ ouvrira le 9 juin prochain à la galerie Rossi Contemporary (rue de Praetere à Uccle) avec pour titre "Cent ans après J.C."… Oui, oui, vous avez bien lu ; alors notez bien cette date mémorable. J'ouvre un concours (réservé aux lecteurs de ce blog!) au premier qui déchiffrera cette énigme. 

Grâce à l'aide de Marie Lécrivain – encore la filière ERG! –, ce blog s'ouvre donc à l'image, comme m'y avait encouragé Michel Assenmaker dans un de ses commentaires. Je vais pouvoir envoyer Jean-Claude Encalado en reportage! Qu'il s'y tienne prêt!

Samedi 12 mai

Jean-Yves Jouannais était de joyeuse humeur jeudi soir à Beaubourg. C'est qu'il en avait fini, au moins provisoirement, avec la lettre F de son Encyclopédie des guerres, par l'entrée "furie". Le voici donc arrivé à la lettre G, G comme guerre…

Première entrée : gâchette! Sachez-le : on n'appuie jamais le doigt sur la gâchette – pièce située à l'intérieur de l'arme – mais sur la détente. Selon l'avis de Jean-Yves, que je partage, gâchette est tout de même plus approprié pour ce qui est de bousiller quelqu'un!

En revenant sur l'entrée "cercle", Jean-Yves a fait une digression qui m'a beaucoup plu à propos du style conçu comme conduction. La qualité première d'un style, sa singularité tient à sa capacité de conduction, ainsi qu'on en parle s'agissant des corps conducteurs de chaleur ou d'électricité.. Dans cette entreprise un peu folle de l'Encyclopédie des guerres, style Aby Warburg avec Bouvard et Pécuchet, il n'y a pas de fil conducteur, et c'est heureux, mais bien un style conducteur. Nous en avons eu une belle illustration avec le saut métonymique  fait depuis l'entrée "cercle" à "tournant".

C'est quoi, le tournant d'une bataille, le tournant d'une guerre? Jean-Yves tourne en spirale autour de cette question. Il en fait saillir les angles graves et les angles dérisoires, en redessine les contours jusqu'à la retourner comme un gant. Prochaine entrée annoncée: "genou" !

 

 

.

 

 Ec

Dimanche 6 mai

Hollande ou Sarkozy ? Faites vos jeux,  rien ne va plus. On sera fixé dans quelques heures. 

La semaine dernière se tenait à Buenos Aires le Congrès de l'AMP (Association Mondiale de Psychanalyse). Le thème, excellent, était "L'ordre symbolique au XXIème siècle". Sous-entendu : il n'est plus ce qu'il était . Je suis un peu fatigué des congrès et autres journées d'études , mais à plusieurs reprises j'ai éprouvé le regret de ne pas avoir fait le voyage. Il faut dire que j'aime beaucoup l'Argentine, que j'ai découverte il y a 4 ans avec mon vieil ami Luis Solano. Flâner dans le vieux quartier de San Telmo m'a manqué. 

Que l'ordre symbolique n'est plus ce qu'il était, ce n'est pas le débat Hollande -Sarkozy de l'entre deux tours qui le démentira. Les vieux symboles font encore recette, mais ce ne sont guère que des contre-feux, aussi illusoires que dangereux. On a vu ainsi sur ce terreau resurgir les signifiants travail, famille, patrie, de sinistre mémoire.

Au credo de Hollande -môa président, môa président, môa président-, faisait écho le désarroi sensible de Sarkozy découvrant combien il avait perdu la main face à celui dont il ne pensait, parait-il, faire qu'une bouchée. Avait-il imaginé que l'adoubement par les soi-disant grands de ce monde suffirait à lui assurer sa réélection ? Pathétiquement il s'est soudain drapé dans les habits du candidat du peuple.

La farce est-elle finie ? Rien n'est moins sûr. Les désordres du réel (thème proposé par Jacques-Alain Miller pour le prochain congrès de l'AMP à Paris en 2014) ont de l'avenir et ne s'évanouiront pas par miracle.