Jeudi 3 mai

Le rapprochement du jeu d’échecs et de l’art remonte à loin. Deux des plus anciens traités concernant ce jeu portent d’ailleurs des titres très significatifs à cet égard. Le premier, en langue espagnole datant de 1497 et oeuvre de Luis Ramirez de Lucena, s’intitulait  Repeticiones de Amores y Arte de Ajedrez.  Le second  Trattato dell’inventione et arte liberale del gioco di sciacci  d’Alessandro Salvio est publié à Naples en 1604.

La revue Ligeia publie en son dernier numéro un dossier thématique volumineux et fort bien documenté sur le thème: Jeu d’échecs et art, dans lequel est retracé l’histoire de ce noble jeu, vraisemblablement né en Inde, en ses croisements avec l’art, la littérature,le théâtre ou le cinéma. Ainsi ce dossier s’ouvre-t’il par un texte posthume d’Hubert Damisch, commenté par Claire Salles,  qui voit dans le dispositif de l’échiquier une pièce essentielle à la construction au Quatrocento de la forme tableau, sur laquelle viendra s’inscrire l’istoria chère à Alberti.

Si la Renaissance a tenu le jeu d’échecs particulièrement en honneur, il est considéré comme prestigieux  en Occident dès le XIème siècle. Il est régulièrement évoqué dans les chansons de geste ou dans le roman courtois;  métaphore de la guerre ou du tournoi amoureux, c’est selon. Il est certes un temps prohibé par Saint Louis mais  Rutebeuf, son contemporain, puis Charles d’Orléans ou  Rabelais ne manquent pas de l’évoquer.

On trouve dans ce dossier plusieurs études fouillées sur la place du jeu d’échecs dans la littérature: les troubadours, Rabelais mais aussi Middleton, Lewis Caroll, Edgar Poe, Cocteau, Nabokov, Gracq, Stefan Zweig. Et bien entendu une place particulière est faite à Marcel Duchamp, pour qui la pratique du jeu d’échecs était une passion. En collaboration avec Vitaly Halberstadt, Duchamp écrivit même un traité: L’opposition et les cases conjuguées sont réconciliées, examen sur 200 pages de deux variantes d’une même fin de partie ! Il y a quelques années, j’ai acquis chanceusement un exemplaire de ce livre, typographiquement conçu avec un grand soin par Duchamp.

Pour le numéro à venir de Ligeia, un dossier, dont je ne dévoilerai pas le titre, est en préparation sur l’art et la psychanalyse, auquel j’aurai le plaisir de contribuer. Si j’avais été amené à le faire pour ce dossier échiquéen, j’aurais évidemment repris ces propos de Lacan en son Séminaire Le désir et l’interprétation: On devrait comparer tout le déroulement d’une analyse au jeu d’échecs […] parce que, ce qu’il y a de plus beau et de plus saillant dans ce jeu, c’est que chacune des pièces est un élément signifiant. Le jeu se joue en une série de mouvements en réplique, fondés sur la nature de ces signifiants, chacun ayant son propre mouvement caractérisé par sa position comme signifiant, et ce qui se passe, c’est la progressive réduction du nombre de signifiants qui sont dans le coup. Il s’agit, comme dans une analyse, d’éliminer suffisamment de signifiants pour qu’il en reste un nombre assez petit pour qu’on sente bien où est, entre eux, à l’intérieur de la structure, la position du sujet .

Mardi 23 avril

 

Hier, je relisais de Blaise Cendrars « Les pâques à New-York », un poème qui m’accompagne depuis mon adolescence, quand  je l’écoutais merveilleusement dit par Marcel Lupovici sur un vieux vinyl tout rayé à présent, avec aussi « La prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France », et « La chanson du mal aimé » d’Apollinaire.

Je connais tous les Christs qui pendent dans les musées;
Mais Vous marchez, Seigneur, ce soir à mes côtés.

Je descends à grands pas vers le bas de la ville,
Le dos voûté, le cœur ridé, l’esprit fébrile.

Votre flanc grand-ouvert est comme un grand soleil
Et vos mains tout autour palpitent d’étincelles.

Faites, Seigneur, que mes deux mains appuyées sur ma bouche
N’y lèchent pas l’écume d’un désespoir farouche.

Je suis triste et malade. Peut-être à cause de Vous,
Peut-être à cause d’un autre. Peut-être à cause de Vous. (…)

Seigneur, la foule des pauvres pour qui vous fîtes le Sacrifice
Est ici, parquée, tassée, comme du bétail, dans les hospices.

D’immenses bateaux noirs viennent des horizons
Et les débarquent, pêle-mêle, sur les pontons.

Il y a des Italiens, des Grecs, des Espagnols,
Des Russes, des Bulgares, des Persans, des Mongols.

Ce sont des bêtes de cirque qui sautent les méridiens.
On leur jette un morceau de viande noire, comme à des chiens.

C’est leur bonheur à eux que cette sale pitance.
Seigneur, ayez pitié des peuples en souffrance. (…)

Seigneur, quand vous mourûtes, le rideau se fendit,
Ce que l’on vit derrière, personne ne l’a dit.

La rue est dans la nuit comme une déchirure,
Pleine d’or et de sang, de feu et d’épluchures.

Ceux que vous aviez chassés du temple avec votre fouet,
Flagellent les passants d’une poignée de méfaits.

L’Étoile qui disparut alors du tabernacle,
Brûle sur les murs dans la lumière crue des spectacles.

Seigneur, la Banque illuminée est comme un coffre-fort,
Où s’est coagulé le Sang de votre mort. (…)

Seigneur, l’aube a glissé froide comme un suaire
Et a mis tout à nu les gratte-ciel dans les airs.

Déjà un bruit immense retentit sur la ville.
Déjà les trains bondissent, grondent et défilent.

Les métropolitains roulent et tonnent sous terre.
Les ponts sont secoués par les chemins de fer.

La cité tremble. Des cris, du feu et des fumées,
Des sirènes à vapeur rauques comme des huées.

Une foule enfiévrée par les sueurs de l’or
Se bouscule et s’engouffre dans de longs corridors.

Trouble, dans le fouillis empanaché des toits,
Le soleil, c’est votre Face souillée par les crachats.

Seigneur, je rentre fatigué, seul et très morne…
Ma chambre est nue comme un tombeau…

Joan Osborne s’est-elle souvenue de ce poème quand elle composa « One of us » ?

What if God was one of us?
Just a slob like one of us
Just a stranger on the bus
Tryin’ to make his way home?

Dimanche 14 avril

Ce week-end, comme j’étais à Paris pour le cours de poétique lacanienne que j’y donne à l’Ecole de la Cause Freudienne, je suis allé faire un tour à Beaubourg, où se tient notamment une exposition consacrée à Isidore Isou.  Et je me suis dit que je ne pourrais pas terminer cette année de cours sans évoquer cet esprit fantasque, fondateur du lettrisme, non plus que cet autre roumain génial: Gherasim Luca.

Dans une salle voisine, au même étage de Beaubourg, j’ai été ému de découvrir aussi une exposition Stéphane Mandelbaum.  C’est que j’ai bien connu Stéphane avant qu’il n’aille au devant de son destin tragique. Il séjourna en effet plusieurs années à La Louvière dans un centre d’accueil pour des adolescents où je travaillais alors. Et je ne me pardonne pas de n’avoir pas sauvé de la destruction de splendides dessins qu’il y avait punaisés aux murs. Les circonstances de son sordide assassinat  à 25 ans n’ont jamais été complétement élucidées. Mais on sait qu’il avait trempé peu de temps auparavant dans le vol d’un Modigliani !  Un peintre dont je me souviens qu’ il m’avait dit l’adorer…                De temps à autre, je croise le père de Stéphane, Ariè Mandelbaum, excellent peintre lui aussi. Je suis très heureux pour lui de la réalisation de cette exposition.

Jeudi 21 mars

A trop réfléchir sur le sens et l’utilité de  ce blog, je m’en éloigne. C’est ce que j’en viens à me dire dans la suite de la sympathique  soirée de vendredi dernier à l’ACF-Belgique, où il en fut question. Sans doute est-ce aussi un effet de la conversion en livre de ses six premières années. Elle en a fait inévitablement à mes propres yeux une sorte d’objet étranger, menacé d’immobilité. Il me faut donc, si j’entends le poursuivre, retrouver la note d’ »association libre » à laquelle Alexandre Stevens disait avoir été sensible.

Ce style d’association libre est aussi très présent dans le livre de Gérard Wajcman consacré aux séries, et au cours de cette même soirée, on put immédiatement le pointer à la surprise de Gérard devant l’énoncé de deux thèses supposées de son livre. Ce n’est pas que cette remarque fut erronée, mais à coup sûr Gérard n’avait pas entrepris l’écriture de cet opus avec pour projet préétabli une démonstration. D’où l’allure de vagabondage de celui-ci, un vagabondage à travers lequel il cerne cependant avec précision son objet,  un objet « identique à ses détours », selon une formule de Lacan que je ressers souvent. Et me revient ce mot de Mallarmé à propos de ses Divagations: celles-ci, apparentes traitent un sujet, de pensée, unique – si je les revois en étranger, comme un cloître quoique brisé, exhalerait au promeneur, sa doctrine. 

Détour, vagabondage, divagation, promenade. Je note en outre que  ce recueil  de Mallarmé (Divagations) s’ouvre sur une première partie intitulée Anecdotes ou poèmes. Il me plait naturellement beaucoup de penser que l’anecdote appartient au genre poétique (pour tant est que la poésie soit un genre).  

La thèse, elle,  appartient au vocabulaire de l’université. Gérard Wajcman fit naguère une thèse, remarquable et qui constitua d’ailleurs son premier livre: Le maître et l’hystérique. Moi j’y renonçai. Sans doute déjà le signe de mon « humeur vagabonde » – titre d’un joli roman d’Antoine Blondin.

Où m’a mené cette pente vagabonde ces temps derniers? Eh bien, d’abord, je m’en fus  -en compagnie de G.W d’ailleurs- découvrir Bernard Van Orley, qui fait -enfin!- l’objet d’un grande exposition au Palais des Beaux-Arts. Ce peintre trop méconnu de la Renaissance bruxelloise est l’égal des plus grands.

Je m’en fus aussi au charmant Théâtre de la Vie voir une formidable pièce écrite et mise en scène par Noémie Carcaud: Take care ! : Une maison de campagne vétuste, et sept protagonistes qui doivent décider de son sort. Des liens resurgissent , des souvenirs refont surface. Le passé se mêle au présent pour dévoiler les failles, les fissures, les fantômes… On dirait du Tchekhov. C’est exactement cela: du Tchekhov grunge,drôle et profond,  grinçant et émouvant.

 

 

 

 

 

 

 

Lundi 25 février

 

Il y a un an exactement, après l’avoir interrompu pendant quelques mois, et alors que j’étais occupé aux corrections de la publication en livre de ses six premières années, je reprenais ce blog. Me revoici amené à réfléchir sur le sens de cet exercice, parce que dans deux semaines, l’ACF-Belgique organise une soirée autour du livre de Gérard Wajcman: Les séries, la crise, le monde, les femmes (Verdier éd) et de ma Vie anecdotique. Ce sera le vendredi 15 mars prochain , à 21h. pour être précis.

La thèse de Gérard Wajcman est que la série est une forme nouvelle de récit, addictive et  à saisir comme symptômatique de notre monde sans limites, un monde en crise, moins globalisé que fragmenté, dont les séries sont  le miroir. Les femmes qu’elles mettent en scène, déglinguées et déglingueuses,  y sont en crise elles aussi, elles en sont l’incarnation, le symptôme absolu, elles sont  les fossoyeuses décidées du monde ancien et de ses vieilles  légendes.

Peut-on considérer le blog comme une forme nouvelle lui aussi ? Je n’en suis pas sûr. Il appartient bien au même monde cependant, chaotique et désorienté, un monde dont le récit traverse une crise permanente, au gré d’une actualité faite de fake news et de vraies catastrophes, de créations technologiques vertigineuses et de destruction en règle de la planète, de traditions en déroute et d’impératifs nouveaux de  jouissance.

Les séries nous fournissent une manière de sismographie de cette actualité du monde tel qu’il va, ou ne va pas, et un blog peut-être  pourrait avoir cette même fonction. J’avoue pourtant que ce ne fut pas là mon ambition. Je me suis lancé dans cette entreprise sans préjuger de rien, candidement.  Sans telos aucun! Coupable innocence! Puis-je encore aujourd’hui faire ainsi le naïf? Soit, j’y réfléchirai d’ici le 15 mars. Mais mon modèle reste inchangé, c’est le merveilleux vagabondage d’Apollinaire dans ses chroniques du Mercure de France. A quoi j’ajouterai cet espoir qui animait Gilles Deleuze: atteindre, disait-il, à ce point secret où la même chose est anecdote de la vie et aphorisme de la pensée.

 

 

Mardi 29 janvier

Sur ce qu’on nomme les réseaux sociaux, on « partage ». Je partage, tu partages, nous partageons… Comme disait Monsieur Prudhomme, c’est mon opinion et je la partage!

Je partagerai donc ce que m’a inspiré la notion même de réseau à l’occasion d’une journée d’études de l’ACF-Belgique, qui s’est tenue la semaine dernière sur le thème: « Le réseau et l’exception ».

Le discours analytique et le réseau

Le réseau est certes un signifiant maître de notre temps, c’est-à-dire de l’âge de la science.
Son emploi s’est en effet imposé dès le début de l’ère industrielle, et il a été théorisé tout spécialement par Claude-Henri de Rouvroy de Saint-Simon, petit cousin éloigné du Duc de Saint-Simon, le célèbre mémorialiste du la fin du règne de Louis XIV et de la Régence. Sur les ruines de l’Ancien Régime férocement dépeint par celui-ci, Saint Simon voit poindre  un monde nouveau, le monde industriel (néologisme dû à sa plume) dont il va beaucoup contribuer à dessiner les avenues, qu’il  formule en termes de  réseaux.

L’argent, le transport, le savoir -réseaux financier (crédit) , réseaux de communication, (routes, chemins de fer, voies navigables, gaz, électricité) réseaux  d’enseignement-, tels sont les trois axes essentiels théorisés par Saint Simon,  à partir d’une même métaphore matricielle: celle de l’organisme. Les flux financiers, la circulation  des marchandises, et la diffusion des savoirs et des techniques sont pensés à l’image de la circulation sanguine qui irrigue les diverses parties de l’organisme et du système nerveux qui le parcourt et l’informe. L’usage du mot réseau s’est d’ailleurs introduit d’abord dans le domaine de la physiologie, pour désigner les  réseau sanguin ou  nerveux.
Le nouveau monde que  Saint Simon voit advenir et la société qu’il institue est  donc  pensé comme un corps, un tout organique et organisé par ce maillage réticulaire, dont la clé de voûte est la circulation. La circulation figure l’harmonie invisible du tout comme le cercle symbolise la perfection et le recommencement. Le réseau et l’infinie variété de ses connexions donne sens à cette harmonie et sa rationalité latente. Et la qualité d’une organisation sociale est proportionnelle à sa capacité à offrir des réseaux pour la circulation généralisée des flux qui la constitue et lui donne vie.

L’influence de Saint Simon et celle de ses disciples ne saurait être mésestimée. Multiforme, elle a irrigué, implicitement ou explicitement,  tous les grands courants de conception du corps social depuis 2 siècles, du socialisme de  Proudhon ou  Marx,  d’Auguste Comte (qui fut son secrétaire ) à Durkheim, fondateur de la sociologie, de l’historien Augustin Thierry (avec qui il rêve d’un Parlement européen)  jusqu’à  Isaiah Berlin, Hayek, théoricien du néolibéralisme économique contemporain ou Pierre Rosanvallon. En France, l’Ecole Polytechnique a été et est encore un temple du saint-simonisme.

Les effets de cette philosophie du réseau, pour reprendre le terme avancé par Pierre Musso, qui a consacré plusieurs ouvrages à Saint Simon et sa postérité, sont toujours vivaces. Et c’est sans doute dans le domaine de la santé qu’on peut aujourd’hui le mieux en prendre la mesure. Il y a un siècle, les politiques de santé publique visaient essentiellement à contenir les épidémies: tuberculose ou maladies vénériennes! Et pour ceux qu’on nommait les « aliénés », c’était l’asile. Aujourd’hui, en matière de santé mentale, les réformes se sont succédées qui toutes convergent vers le même idéal  d’un circuit et d’un réseau de soins à travers lequel la prévention, le traitement, ambulatoire ou résidentiel, la réhabilitation et la réinsertion socio-professionnelle assureraient la couverture efficace des situations les plus diverses. Avec quel succès? En vérité,  la question de savoir quel sont les effets sur les sujets de ces dispositifs -circuit thérapeutique, réseau de soins- est secondaire.  L’objectif d’un circuit, c’est d’abord que ça tourne, que le réseau soit opérationnel, que ça circule sans embouteillages. C’est, au plus simple,  la structure du discours du maître.

Reste que les nobles ambitions  affichées  se heurtent bien entendu à plus d’un obstacle, je ne l’apprends pas à cette assemblée. La réaction thérapeutique négative a encore de l’avenir dans un monde auquel s’adapter n’a déjà souvent que trop coûté à bien des sujets , un monde où le rêve saint-simonien de progrès, voire de salut par la science s’est surtout soldé par cette formidable galère sociale dans laquelle se lézarde l’être de l’homme « affranchi » de la société moderne, comme Lacan le formulait dès mai1948.

Quand, vingt ans plus tard, dans son Séminaire L’envers de la psychanalyse, Lacan formalise le discours analytique, il tente d’apporter sa réponse à ce malaise croisant dans la civilisation. L’envers de la psychanalyse, c’est le discours du maître, que la révolte étudiante de Mai 68 a ébranlé. Le discours psychanalytique, dit-il en s’adressant le 3 décembre 1969 aux étudiants du Centre Universitaire de Vincennes, complète le cercle qui pourrait peut-être vous permettre de situer ce contre quoi exactement vous vous révoltez. (Sém. 17, p.240).

C’est que le discours universitaire, qui est un avatar du discours du maître, met en place une nouvelle tyrannie, celle du savoir, un savoir disjoint de toute vérité, un savoir qui ne se veut en aucune façon troué, un Tout savoir que Lacan repère à l’oeuvre en particulier sous la forme de la bureaucratie aveugle en Union Soviétique. Le discours universitaire n’est pas à l’oeuvre seulement dans les établissements universitaires. Plus généralement Lacan considère comme la forme immanente  la plus générale du politique cette idée que le savoir puisse faire totalité. L’idée imaginaire du tout, telle qu’elle est donnée par le corps, comme s’appuyant sur la bonne forme de la satisfaction, sur ce qui à la limite fait sphère, a toujours été utilisée dans la politique, par le parti de la prêcherie politique. -nous retrouvons ici la métaphore saint simonienne de l’organisme. Quoi de plus beau, mais aussi de moins ouvert? Quoi qui ressemble plus à la clôture de la satisfaction? (Sém 17, p.33).
Et Lacan d’enchaîner: La collusion de cette image avec l’idée de la satisfaction, c’est ce contre quoi nous avons à lutter chaque fois que nous rencontrons quelque chose qui fait noeud dans le travail dont il s’agit, celui de la mise à jour par les voies de l’inconscient.
C’est par ces voies du travail analytique que pourrait  être éclairé cela contre quoi se soulèvent les étudiants en France et un peu partout en Europe en cette même année 68, cette nouvelle tyrannie du savoir, opacifiant ce qu’il en est de la vérité du désir. Telle est donc une des faces de la tâche politique de la psychanalyse, et du devoir qui lui revient en ce monde, selon le mot de Lacan en son Acte de fondation de l’EFP, A.E.

Les politiques bureaucratiques de santé mentale, telles qu’elles se mettent en place mondialement, s’inscrivent dans ce fantasme d’un savoir-totalité. Et à cet égard, l’usage du  signifiant réseau retient: comme le disait E.Laurent dans un texte préparatoire au Congrès Pipol 9, texte épinglé par Th. Van de Wijngaert voici quelques jours:
Le réseau est le mot magique, le schibboleth qui permet du point de vue du discours du maître d’articuler des individus, quelles que soient leurs pratiques, publiques ou privées, en groupe, en procession dans un discours commun. (…) La tâche du discours du maître est d’installer ses réseaux. La nôtre est d’apprendre que chacun s’y sente seul. ».

Que chacun s’y sente seul, autrement dit s’en excepte. L’exception s’oppose au réseau, comme à la règle, dont c’est la nature que de ne pas souffrir l’exception, comme disait joliment Jean-Luc Godard, retournant sur elle -même l’idée reçue que celle-ci confirme la règle.

Décompléter le réseau de soins dont l’offre lui est faite, , c’est  à quoi avec une ironie féroce se voue quelqu’un qui vient régulièrement me tenir au parfum de ce qu’il appelle son enquête. Pas un service de santé mentale où il n’ait sollicité un rendez-vous, pas un lieu d’accueil qu’il n’ait visité, et rares les psychiatres, psychologues ou psychothérapeutes  de tous poils qu’il n’ait rencontrés. A chaque fois pour vérifier leur inutilité, leur nullité, leur surdité, et surtout leur naïveté à lui proposer d’autres rendez-vous qu’il n’honorera pas, d’autres formes de traitement qu’il conchiera (comme il me le dit avec délectation) ou d’autres propositions d’aide sociale ou psychologique qu’il tient d’avance pour parfaitement vaines. A cette enquête plutôt ruineuse, il lui arrive de renoncer quelque temps, mais j’aurais grand tort de m’en réjouir, car il ne faut pas longtemps alors  pour que j’en prenne plein la figure : je suis le plus nul de tous, le plus con, le plus débile, et c’est à mon tour d’être conchié sans ménagement, jusqu’à ce qu’il réapparaisse… pour me tenir au courant des nouvelles avancées de son enquête. Je dois dire que celle-ci me vaut quelques portraits haut en couleur !  Il m’a beaucoup inquiété le jour où il m’a annoncé avoir entrepris une tournée analogue parmi les dentistes, à laquelle il a renoncé, trouvant décidément plus de satisfaction dans sa grinçante enquête dans le secteur de la santé mentale .

Il est certes régulièrement indiqué, cliniquement souhaitable et socialement utile de pouvoir compter sur une forme de réseau à travers laquelle un sujet peut trouver les points d’appui qui lui sont nécessaires. Nous sommes tous partie prenante de certains réseaux, qui nous constituent. L’Autre du langage est le réseau des réseaux. Distinguons donc le réseau ready made avec son  protocole de soins formaté et  foncièrement anonyme et le  réseau tel que l’offre peut en être faite au sujet, pour qu’il s’en empare et la modèle à sa manière, se construisant  ainsi un lieu d’inscription autant qu’un lieu d’adresse. Certes il faut aussi pour cela qu’existe une offre, celle qui fait l’horizon de la « pratique à plusieurs » telle que diverses institutions du Champ freudien  s’y emploient. Ne perdons cependant pas de vue à cet égard qu’au départ, cette formule a été inspirée à Jacques-Alain Miller, comme Alfredo Zenoni me l’a rappelé récemment, à partir de l’invention d’un dispositif qui n’était pas du tout institutionnel, mais le fait d’une patiente que recevaient trois analystes à qui  elle avait assigné des rôles respectifs bien précis qu’ils se sont employés à tenir !

Il est une autre forme historique de réseau faite pour retenir notre attention: la Résistance. Et  je m’en voudrais de ne pas rappeler à cet égard un fait très significatif. Pendant la seconde guerre mondiale, les hôpitaux psychiatriques ont été abandonnés à leur sort. Les malades y mouraient de faim. Dans un de ces hôpitaux, à Saint-Alban dans le département de la Lozère, travaillait un médecin catalan, François Tosquelles. Cet hôpital,où en 1943 se réfugia notamment le poète Paul Eluard ,devint un important foyer de résistance clandestine, et plus d’un malade prit une part active à celle-ci. C’est sur la base de cette expérience où Tosquelles avait pu réaliser la métamorphose de certains de ces patients dans ce contexte de la guerre , que naquit le mouvement de psychothérapie institutionnelle, qui allait ensuite se développer à  partir de la clinique de La Borde avec Jean Oury, qui était un analysant de Lacan.

Pendant des années, La Borde fut comme le nom propre de la résistance à la psychiatrie traditionnelle; c’était le lieu où la rencontre avec le fou n’était pas un vain mot, et l’ancêtre de la pratique à plusieurs. L’idée novatrice de Jean Oury était bien de faire en quelque sorte de l’institution un sujet. Il rêvait d’une institution qui serait par elle-même thérapeutique, dans la mesure où ceux qui y travaillent ne s’identifieraient pas moiïquement  à leur fonction. C’était un terrain fertile pour une formation clinique orientée par la psychanalyse. Oury cependant n’entendit rien à la Proposition d’Octobre 67 sur la passe. Le mot résistance s’entend de plus d’une manière. Dans son sens psychanalytique, Lacan situait celle-ci chez le psychanalyste plutôt que chez l’analysant.

C’est à cette date que certains se détournent plus ou moins résolument de lui, tels Piera Aulagnier et François Perrier,, et que s’agitent les didacticiens indécrottables inquiets de la considération de Lacan pour la nouvelle audience que  lui vaut son accueil à l’Ecole Normale à l’invitation d’Althusser. Lacan persifle allègrement les réseaux et contr’réseaux  qui se constituent autour de cette question de la passe : Le réseau dont il s’agit est pour moi d’ autre trame, de représenter l’expansion de l’acte analytique, lance-t-il dans son Discours à l’EFP du 9 octobre 67. Mon discours, d’avoir retenu des sujets que n’y prépare pas l’expérience dont il s’autorise, prouve qu’il tient le coup d’induire ces sujets à se constituer de ses exigences logiques.
Allusion à l’intérêt éveillé par son enseignement à l’Ecole Normale dans le cercle des Cahiers pour l’analyse, auquel il adresse son texte La science et la vérité.

Dans celui-ci, Lacan distingue quatre modalités de discours  -magie, religion, science et psychanalyse- en regard des quatre causalités aristotéliciennes: cause efficiente, cause finale, cause formelle, cause matérielle. Dans le discours analytique, la cause est matérielle: c’est le signifiant, et le savoir est en position de vérité.  De  ce qui se trouve rejeté de la concaténation signifiante, l’objet a, l’analyste occupe la place.
Deux ans plus tard, Lacan remanie cette répartition, et la formalise en vertu des mêmes exigences logiques qui le rendent odieux à certains. Le logicien est odieux au monde: Lacan rappelle volontiers ce dit d’Abélard. Ces exigences logiques se croisent à présent avec la référence appuyée à Marx. L’objet a est objet plus de jouir, formule décalquée sur le terme marxiste de plus-value. L’exigence logique se conjugue à une exigence politique, sollicitée par  la sympathie de Lacan pour la révolte étudiante.

A l’heure où sur la scène du monde, la post-vérité se pavane avec obscénité, le discours analytique tient du puits où la vérité se réfugiait  selon Démocrite. Mais tous ces repères sont d’une formidable actualité.

Samedi 12 janvier

Bernard Debacker, que j’apprécie humainement et intellectuellement, m’adresse en guise de commentaire de mon dernier billet, un texte acerbe qu’il a publié sur son propre blog à propos du récent forum « Des discours qui tuent » à l’Université Saint-Louis. Je ne vais pas en discuter toute l’argumentation, mais le point que son auteur lui-même dit le point majeur.

Si en effet à suivre Jacques Lacan, qui dès 1975 prophétisait la montée du racisme et une extension sans précédent des procès de ségrégation suivant comme son ombre la mondialisation en marche et l’expansion du discours universalisant de la science, n’est-il pas naïf, voire absurde, de s’indigner à présent des contrôles rigoureux des frontières dont l’effacement est considéré comme une cause majeure du malaise dans la civilisation? Comment peut-on tenir, toujours à la suite de Jacques Lacan, les nazis pour des précurseurs en matière d’une  barbarie  que le camp de concentration  symbolise, et ne pas en distinguer les régimes démocratiques qui veillent à une immigration « régulée »?

Donc, si je comprends bien, cher Bernard, les réels  ennemis du genre humain ne seraient pas ceux que l’on pense et ceux qui crient à  la banalisation des discours qui tuent les véritables pousse-au crime ? Voilà ce qui se déduit en tous cas logiquement de votre raisonnement sophistique. Une  conséquence qui ne vous est sans doute pas apparue, parce que vous étiez trop content de faire la leçon aux psychanalystes !

 

Lundi 24 décembre

La Libre Belgique avait publié le 4 décembre dernier un texte de mon collègue et ami Gil Caroz à propos du Forum Européen  « Des discours qui tuent », qui s’est tenu à l’initiative de la Movida Zadig aux Facultés Saint-Louis à Bruxelles le 1er de ce mois. Ce forum, qui réunit plus de 600 personnes ne fut  sans doute pas du goût de tous. Comment ne pas le présumer aujourd’hui, où le même journal refuse la publication du texte de l’intervention que j’y avais faite?

J’avais commencé ce blog voici près de huit ans au lendemain d’une censure analogue, venue du Soir. (cf.l’avant blog), qui avait affermi ma résolution de m’engager dans cet exercice. Les temps n’ont décidément pas changé. S’agissant de ce qui est en question, c’est particulièrement inquiétant .

Voici donc le texte en question.

Des discours qui tuent

Le maître de demain, c’est dès aujourd’hui qu’il commande. A la lumière de cet adage de Jacques Lacan, tâchons de regarder en face ce qui se dessine, c’est-à-dire ce qui est à l’oeuvre aujourd’hui .A quel maître aurons-nous  affaire demain? Sommes-nous disposés à nous en accommoder?

Notre siècle , écrivait récemment Marc Weizmann, est la décharge à ciel ouvert de celui qui précède. Le fascisme, le stalinisme, le colonialisme, le capitalisme, la mondialisation nous ont précipité dans un chaudron, où le sommeil de la raison engendre des monstres: réveil des nationalismes, islamisme radical, illibéralisme, empire de la post-vérité.

Là encore, Jacques Lacan nous éclaire en nous invitant à lire en termes d’épidémie ces faits historiques. Les déceptions diverses engendrées par les promesses de la démocratie  ont ouvert la porte à des discours qu’il ne suffit pas de qualifier de populistes pour en être quitte. Il ne s’agit plus d’en voir les signes, mais les effets, qui se répandent comme une traînée de poudre, à la faveur d’un discrédit généralisé de la politique.
En l’espace de 10 ans, selon une étude de la revue Politis, la poussée de l’électorat d’extrême droite en Europe est de 36 °/°. Cette épidémie n’a pourtant rien d’un phénomène naturel spontané tels les raz de marées, les ouragans ou les éruptions volcaniques. Des incendiaires parfaitement identifiables l’attisent, sans même plus s’en cacher, enivrés par une jouissance mauvaise.
Car plus s’instaure le chaos, plus pressant est l’appel au maître.

Better to reign in hell than serve in heaven : j’ai cité là un vers du Paradise lost du poète anglais John Milton. Mieux vaut régner en enfer que servir au paradis. C’est la devise du nommé Steve Bannon. Ce dangereux personnage, auprès de qui  Donald Trump aux Etats-Unis, Dutertre aux Philippines, Bolsonaro au Brésil ont pris des leçons,  mais aussi Farage au Royaume-Uni,  Salvini en Italie ou Wilders aux Pays-Bas, s’est récemment pavané au Parlement Flamand en compagnie de Marine Le Pen. C’est qu’il   entend à présent mener en Europe sa croisade en vue de l’Apocalypse.

Après avoir activement oeuvré au Brexit  à travers le site de données manipulées de Cambridge Analytica, Bannon s’est beaucoup promené à travers le continent. Et il n’est pas indifférent, dans la perspective des élections européennes de mai 2019, qu’il ait choisi d’installer à Bruxelles le siège de son mouvement, qui s’appelle The Movement précisément. Il en a confié les clés à quelqu’un qu’on n’a guère pris au sérieux jusqu’ici, qui s’appelle Michael Modrikamen. Le grand quotidien anglais The Guardian ne s’y est pas trompé. Prêtons-lui  désormais plus d’attention. Trump, Dutertre, Bolsonaro, aussi on les a longtemps considérés comme des clowns.

Le projet de Steve Bannon est clair: soutenir partout en Europe la droite radicale, l’organiser logistiquement et financièrement, en conseiller  les meneurs, leur donner accès aux data utiles, les assister  dans le choix des candidats et la conduite de leur campagne. Si un certain nombre de dispositions législatives veillent dans la plupart des pays européens à interdire de tels soutiens étrangers, il n’aura cependant aucun mal à contourner ces obstacles via des fondations ou des prête-noms, et cela avec un art consommé de la manipulation des réseaux sociaux sur la toile.

Son projet de déstabilisation des démocraties européennes converge naturellement avec celui tout aussi médité de Vladimir Poutine . Il est vraisemblable que dès à présent, ils oeuvrent, sinon directement en commun à la réalisation de cet objectif, du moins indirectement, par des intermédiaires en coulisse. Chacun convaincu de se servir de l’autre sans doute. Rien d’étonnant à voir un des géopolitologues belges au petit pied qui servent la soupe à Modrikamen, intervenir plus souvent qu’à son tour  sur la chaîne de télévision Russia Today.

N’imaginons pas que je ne sais quel cordon sanitaire nous protège encore sérieusement de l’épidémie. Elle peut aussi prendre des masques.  Les dérives  de plus en plus nombreuses des partis de droite traditionnelle sont régulièrement le résultat d’un entrisme digne de la tradition trotskiste. Il y a plus d’une raison de penser que tel est le cas avec le Mouvement (tiens, le mouvement…) Réformateur en Belgique. A l’insu ou non de certains de ses dirigeants, on a de plus en plus de peine à le croire. Vincent Engel ne me contredira pas.

Michel Foucault avait une thèse précieuse: il n’y a pas d’idéologie cachée, tout est toujours dit par les acteurs eux-mêmes. Il y a eu voici quelques semaines un moment de vérité étonnant qui vérifie ce point de vue essentiel. En tournée dans plusieurs pays d’Europe de l’Est, estomaqué sans doute par ce qu’il avait pu y entendre de leurs dirigeants, Emmanuel Macron, comme un journaliste l’interrogeait sur la montée de l’extrême droite, lâcha ces mots : Mais ils ont déjà gagné !
Non, il n’y a pas d’idéologie cachée. Seulement des discours dont on peut ne rien vouloir savoir. Mais n’oublions pas ce mot de Mussolini, que citait Madeleine Albright dans une interview récente: pour plumer une poule, enlevez-lui les plumes une par une, ni elle ni  personne ne le remarquera.

Lundi 26 novembre

Ah le beau lapsus !  Myriam Séduis, ai-je écrit dans mon billet du vendredi 23, en évoquant Final cut, la pièce de Myriam Saduis, pour quelques jours encore à l’affiche du théâtre Océan Nord.  Myriam Saduis m’a séduit, oui, et je ne suis pas le seul, à en juger par toutes les critiques élogieuses qui fleurissent à son propos.

Séduit par Mitra, le film de Jorge Leon, présenté ce samedi au  cinéma Palace, le public semble bien l’avoir été tout autant. Dans le débat  qui a suivi, que  nous avons eu le plaisir d’animer,  Katty Langelez-Stevens et moi-même, Jorge Leon a souligné ce qui l’avait poussé à cette double entreprise d’une pièce de théâtre et d’un film autour de l’histoire de Mitra Kadivar, psychanalyste iranienne abusivement  internée en psychiatrie voici quelques années à Téhéran: un acte de solidarité. Solidarité de Jacques-Alain Miller, en réponse à l’appel à l’aide de Mitra, relayée par la communauté analytique rassemblée dans l’AMP, dont les efforts aboutirent à la levée de cet internement. A cet acte de solidarité, il s’est à son tour associé à travers ces deux créations, où l’histoire singulière de Mitra se croise  avec celles de patients en psychiatrie hospitalisés dans le Sud de la France. Le résultat filmique  en est un oratorio d’une puissante  beauté, où les images de ces derniers s’enchâssent avec le récit de l’enfermement de Mitra, sur fond d’une musique sublime dûe à la compositrice autrichienne Eva Reiter.

Vendredi 23 novembre

Au cours des Journées de l’ECF à Paris  le week-end dernier,  j’ai entendu d’excellentes choses, tant au niveau des  exposés cliniques  qu’à l’occasion des interventions de quelques invités très érudits,  tels  l’historien de la Grèce antique Bernard Sergent ou Pascal Torres, conservateur au Musée du Louvre.
C’est la grande vertu des ces Journées, ouvertes au grand public, que de conjuguer les témoignages de la pratique analytique et les connexions de la psychanalyse avec d’autres  champs. C’est ainsi que cette année, on put même y entendre Jean-Paul Gautier nous faire le récit de comment naquit sa vocation pour la couture, à 9 ans au cinéma où se projetait Falbalas, le film de Jacques Becker!
Deux exposés cliniques m’ont beaucoup impressionné: ceux de Martine Revel et  de Nouria Grundler, qui seront, je l’espère, publiés sans tarder. J’ai eu pour ma part le plaisir d’animer une séquence qui réunissait mes jeunes collègues Alice Ha Pham et Florent Martel. A travers leur présentation de deux cas de névrose obsessionnelle, se dessinait le drame au coeur de la  problématique de ces sujets, toujours peu ou prou mariés avec la mort.

On entendit aussi, comme c’est désormais une tradition dans ces Journées, deux nouveaux  témoignages de passe, soit les récits de fin d’analyse des analystes de  l’école, qui se sont risqués à la procédure imaginée par Lacan pour mieux cerner cette question complexe. Et les entendant, je songeais à cette autre sorte de passe à laquelle se livre en ce moment sur scène à Bruxelles, mon amie Myriam Séduis avec Final cut, son nouveau spectacle,  téméraire,  émouvant, drôle, dans lequel son expérience de la psychanalyse est évoquée de façon aussi percutante que subtile.

Devant le Palais des Congrès où se déroulait cette rencontre, nous eûmes par ailleurs droit, non pas à un défilé signé Jean-Paul  Gautier , mais à celui, moins glamour, de gilets jaunes, parmi lesquels on pouvait reconnaître le sinistre Florian Fillipot.  Le prix de l’essence grimpe en vérité moins vite que  les  « discours qui tuent », et il ne suffira pas d’un allégement des taxes pour  venir à bout de ceux-ci. Ni de discours moraux.

Je ne pouvais quitter Paris sans aller  voir à Beaubourg  la rétrospective Franz West. L’exposition la plus jubilatoire qu’il m’ait été donné de visiter ces dernières années. Au fait, il y a quelques mois,  je n’avais pas résisté à m’offrir une sérigraphie de Franz West. Je vous présente donc   Lily of the West !