Jeudi 24 septembre

 

Libres contours, aspects du territoire ouvre aux Abattoirs de Bomel la nouvelle saison d’expositions du Centre Culturel de Namur. Je suis très attaché à celui-ci, pas seulement parce que j’ai eu le bonheur d’y monter moi-même des expositions, et que Marylène Toussaint, sa directrice, est une amie, mais parce que c’est un lieu où règne une atmosphère  trop rare dans les lieux « institutionnels », vivante, accueillante, joyeuse, une ruche où dans une fertile agitation se croisent visiteurs, artistes en résidence, enfants du voisinage, participants à des ateliers variés.

Cette nouvelle exposition, très intelligemment conçue par Emmanuel d’Autreppe, réunit des photographes confirmés ( Xavier Istasse, Nicolas Bomal) et de jeunes talents remarquables, parmi lesquels j’ai épinglé surtout les noms de Melanie Patris, Clyde Lepage, Florian Tourneux. Plus le Collectif Aspeëkt, dont la cheville ouvrière, Jean-François Flamey, est en outre un des piliers des Abattoirs, et un passager clandestin en la personne de François de Coninck, invité de dernière minute par Emmanuel d’Autreppe.

Les territoires explorés par chacun de ces artistes conjuguent le plus intime et le plus lointain, le familier et l’étrangeté, le local et le nomade. En dépit du trajet imposé au visiteur -covid oblige- pour les parcourir, c’est une surprenante promenade que cette exposition, mi narrative mi allusive, à travers laquelle dans la Wallonie s’en vient  bruisser le « murmure du monde » , comme le dit joliment Mélanie Patris.

J’aurais du en parler plus tôt, car elle se termine bientôt; il est donc urgent d’aller voir à la MAAC (Maison d’art actuel des Chartreux, rue des Chartreux à Bruxelles) l’expo de Florian Kiniques. Elle constitue le second acte d’une recherche scénographiée autour d’une sculpture absente, oeuvre de Jacques de Brakeleer, sculpteur anversois mort en 1909. Cette sculpture est la propriété du Musée d’Art Ancien de Bruxelles, et s’appelle L’Attente.

Un jour, dans une brocante, Florian Kiniques découvre une vieille reproduction de cette sculpture, qui l’intrigue, et il se rend au Musée. Problème: elle n’y est pas visible. Il semble bien qu’on ignore même où elle est entreposée dans les réserves. A sa demande réitiérée d’y accèder, Florian n’obtient qu’une fin de non recevoir.  L’Attente n’en devient progressivement pour lui qu’un objet plus précieux. Il en traque et en interroge les traces. La sculpture de De Brakeleer devient l’objet de sa propre attente, dont il archive les étapes et dessine les entours. Une première exposition il y a deux ans à la galerie Eté 80 n’était que le point de départ d’une enquête qui prend à présent l’allure d’un jeu de pistes très savoureux, qu’on ne peut que rapprocher de la fiction du Musée d’Art Moderne de Marcel Broodthaers, fait au départ de cartes postales de peintures du XIXème siècle et de caisses vides. Pour être profondément ironique, cette seconde exposition n’en est pas moins  toute en délicatesse, comme on s’en émerveillera dans la dernière salle où Florian Kiniques surprend par une installation d’une lumineuse beauté, qui donne à la sculpture de de Brakeleer une inattendue descendance.

 

 

 

 

Dimanche 13 septembre

 

En préparation des prochaines Journées de l’Ecole de la Cause Freudienne, des textes sont publiés  sur le site www.attentatsexuel.com,  réunis au titre de « boussoles cliniques ». Voici ma contribution à cette série

Artemisia


Dans le programme iconologique qui se déploie après le Concile de Trente, une image deutérotestamentaire est particulièrement privilégiée: celle de Judith et Holopherne. Certains peintres saisissent les instants qui précèdent le crime; d’autres ceux qui le suivent:  Judith tenant dans les mains la tête tranchée d’Holopherne, ou sa servante la glissant dans un sac; quelques-uns  représentent l’acte même de la décapitation.

Parmi ces derniers, le tableau le plus célèbre, daté de 1598 et conservé à Rome au Palazzo Barberini, est l’oeuvre de Caravage. Très vraisemblablement de sa main, une autre version, datée de 1607 en  fut découverte récemment à Toulouse, qui saisissait aussi le moment  où Judith tranche la tête d’Holopherne.
En 1613, trois ans après la mort de Caravage, Artemisia Gentileschi s’attaque au même sujet. A son tour elle en produira deux versions. La première est conservée à Naples au Musée Capodimonte, la seconde au Musée des Offices à Florence. Toutes deux sont dignes de son illustre prédécesseur, dont elle s’inspire certes, mais que, loin de copier, elle parvient à rejoindre dans le génie.

Si l’image de Judith décapitant Holopherne était ainsi prisée, c’est qu’elle symbolisait le triomphe de la Contre-Réforme sur le luthéranisme. Mais pour Artemisia, la scène faisait vibrer d’autres résonances, directement liées à son drame personnel. Fille du peintre Orazio Gentileschi, elle avait en effet été violée par un des confrères de celui-ci, Agostino Tassi, qui partageait son atelier. Dans chacun de ses tableaux, elle représente le général assyrien sous les traits de celui-ci, et elle-même se met en scène à la fois sous les traits de Judith et ceux de sa suivante.

Artemisia prend ainsi une certaine distance avec le récit biblique, de même qu’avec Caravage, son modèle, où la suivante  apparait comme une femme plus âgée. Là où celle-ci était représentée par Caravage assistant à la scène, elle est dans les deux tableaux  d’Artemisia tout-à-fait partie prenante, aidant Judith à maintenir sur sa couche Holopherne, qui lui-même tente de la saisir à hauteur de la gorge. En se dédoublant ainsi à travers les deux personnages féminins,  Artemisia peint donc une scène de lutte intense, violente, dans laquelle se donne à voir tout à la fois le viol et  la vengeance.

De la scène du viol lui-même, nous avons par ailleurs la description précise. En effet, le père d’Artemisia déposa plainte devant le tribunal papal contre Agostino Tassi, et les minutes des dépositions d’Artemisia nous sont parvenues: « Il ferma la chambre à clef et après l’avoir fermée il me jeta sur le bord du lit en me frappant sur la poitrine avec une main, me mit un genou entre les cuisses pour que je ne puisse pas les serrer et me releva les vêtements, qu’il eut beaucoup de mal à m’enlever, me mit une main à la gorge et un mouchoir dans la bouche pour que je ne crie pas et il me lâcha les mains qu’il me tenait avant avec l’autre main, ayant d’abord mis les deux genoux entre mes jambes et appuyant son membre sur mon sexe il commença à pousser et le mit dedans, je lui griffai le visage et lui tirai les cheveux et avant qu’il le mette encore dedans je lui écrasai le membre en lui arrachant un morceau de chair. »
( Eva Menzio, Artemisia Gentileschi, Lettres précédées par les Actes d’un procès de viol, Milan, 2004.)

Tassi nia bien entendu ces allégations, tantôt arguant du consentement d’Artemisia, tantôt sous entendant qu’elle s’était donnée à d’autres, tantôt prétendant s’être épris d’elle. En réalité il lui avait promis le mariage pour la faire taire. Contrainte à des examens gynécologiques très humiliants, Artemisia fut aussi mise au supplice  douloureux des « sibili » , cordelettes serrées autour des phalanges, comme il était d’usage à l’égard des plaignants comme des accusés. Difficile d’imaginer plus cruelle épreuve pour une femme peintre. Elle n’en maintint pas moins ses accusations.

Ce n’était ni le premier ni le dernier forfait de Tassi, loin de là. Arrivé à Rome quelques années plus tôt en compagnie de sa belle soeur âgée de 14 ans qu’il avait engrossée, il fuyait Livourne où il était soupçonné d’avoir voulu assassiner sa femme! Pour ces faits révélés au cours du procès, il risquait la peine de mort  ou les galères bien davantage que pour le viol d’Artemisia.  Condamné dans un premier temps, non à la mort mais à un an de prison et cinq ans d’exil, il fut  cependant gracié assez rapidement sur l’entremise du prince Scipio Borghese, son protecteur.

Pour se faire justice, Artemisia eut donc recours à la peinture. Deux tableaux ne furent pas de trop pour régler son compte à son violeur, qui y était  aisément reconnaissable.  Elle peignit en outre d’autres tableaux représentant Judith et sa servante tenant la tête tranchée d’Holopherne dans un panier. Ajoutons trois toiles représentant le suicide de Lucrèce et une quatrième son viol des oeuvres de Tarquin. Et puis surtout une oeuvre d’une puissance incroyable,  conservée au Musée des Beaux-Arts de Budapest, reprenant un autre épisode biblique, tiré du Livre des Juges:  Yael et Sisera. Comme Judith tue Holopherne, Yael tue Sisera, autre soldat ennemi d’Israel,  en lui enfonçant un clou dans la tête !

Le choix de ce dernier sujet est particulièrement intéressant. En effet, un meurtre semblable et retentissant a eu lieu à Rome en 1599: celui de Francesco Cenci, assassiné à coups de marteaux par sa seconde épouse et ses trois enfants, dont l’ainée Béatrice. Homme particulièrement violent et immoral, Francesco Cenci avait tenté de violer celle-ci. La justice papale est cependant sans pitié, et condamne tous les meurtriers à la mort, excepté le plus jeune frère. Cette exécution   révolte le peuple romain, qui fait de Béatrice le symbole de la résistance à une aristocratie décadente et cruelle. Un très beau portrait d’elle nous est parvenu, oeuvre tantôt attribuée à Guido Reni, tantôt à une autre artiste femme, bolognaise, Elisabetta Sirani. Il est peint de longues années après l’exécution, mais n’en témoigne que mieux de combien elle a marqué les esprits. Il est clair que le souvenir de Beatrice Cenci est aussi à l’horizon du Yael et Sisera peint par Artemisia en 1620.

Artemisia sut surmonter l’épreuve du déshonneur qu’elle avait encouru. Le procès terminé, elle se maria, s’émancipa de la tutelle artistique de son père, et  quitta Rome pour Florence,où elle fut la première femme admise à l’Académie del Desegno fondée par Vasari en 1563. Elle donna le jour à quatre enfants, dont  trois décédèrent très jeunes, se sépara de leur père, eut des amants, dont l’un d’eux lui donna une autre fille. De Florence, elle revint à Rome pour aller ensuite à Venise, à Gênes, à Mantoue;  rejoignit  son père en 1638 à la cour d’Angleterre, où il décéda un an plus tard; enfin en 1641, elle regagna l’Italie pour s’installer à Naples jusqu’à sa mort en 1653.

Ce fut donc une femme libre, une liberté qu’elle ne dut qu’à elle-même et à son exceptionnel talent. Non pas la première des femmes peintres de la Renaissance – il y en eut peu, mais il y en eût d’autres- mais à coup sûr la plus originale et la plus courageuse. Si elle s’est peinte en Judith, elle n’a pas hésité non plus à se prendre elle-même pour modèle et à se dénuder dans certaines  oeuvres comme Suzanne et les vieillards  (collection Schönborn ) ou dans son Allégorie de l’Inclination de la Casa Buonarroti à Florence.

A la peinture qui était sa raison de vivre, elle donna son visage: dans son magnifique Autoportrait en Allégorie de la peinture, de la Collection Windsor, d’une grande modernité, elle se représente de profil, toute entière tendue vers la réalisation d’une peinture complètement hors champ. Mais en même temps, elle se penche vers nous, l’avant bras appuyé sur une tablette , et c’est comme si elle  même allait sortir du cadre du tableau. Selon l’iconologie codifiée par Cesare Ripa, elle tient un pinceau d’une main et une palette de l’autre, ainsi qu’un petit masque en pendentif. Mais dans une autre Allégorie de la peinture, conservée au Mans au Musée Tessé, bas les masques, bas les armes ! Voici Artemisia endormie à même le sol,  très négligemment recouverte d’un drap qui ne cache guère son corps dévêtu; la palette, les pinceaux et le masque trainent à côté d’elle. Serait-ce là ce qu’elle est occupée à peindre dans le tableau de la collection Windsor ?  Le hors champ de toute peinture, le corps d’une femme qui n’est allégorie de rien d’autre que de son propre mystère, comme Giorgione sut le faire dans sa Venus endormie, ou Courbet dans L’Origine du monde.

Vendredi 11 septembre

 

Si le pape le dit, alors là !… Le plaisir sexuel est un plaisir divin : voilà ce que François 1er a répondu à Carlo Petrini, à qui il a accordé récemment plusieurs entretiens. Petrini est un gastronome, de sorte que les questions portaient d’abord  sur le plaisir de manger. Le pape dit son admiration pour Le festin de Babette, ce magnifique film danois inspiré d’une nouvelle de Karen Blixen. Un banquet qui est un hymne à l’amour, dit-il. Il se garde bien d’ajouter que c’est aussi un pied de nez au luthérianisme, mais on l’aura compris sans peine. L’austérité n’est pas pour le brave Bergoglio, qui enchaîne : « Le plaisir de manger, comme le plaisir sexuel,  arrive directement de Dieu !  Il n’est ni catholique ni chrétien, il est simplement divin. La morale bigote est une mauvaise interprétation du message chrétien, qui a fait d’énormes dommages ».  On en a excommunié pour moins que ça !

Ce message papal fait cependant moins de bruit que les dénonciations dans le style « balance ton porc », qui se multiplient sur les réseaux sociaux et sont complaisamment rapportés sur les chaînes de radio et de télévision.  « Balance ton rappeur », voilà  le nouveau cri de ralliement, devenu « balance ton frère » à l’adresse de la chanteuse Angèle à propos de son frangin. Ceci me rappelle désagréablement l’époque de l’affaire Dutroux, et l’appel à la délation généralisée des soupçons de pédophilie lancé par un juge d’instruction de Neufchateau. Au  cours d’un débat public où je m’étais inquiété de telles pratiques, je m’étais entendu rétorquer par un autre invité: « Je préfère la délation au crime » ! Peut-être est-il temps de rappeler que la diffamation est aussi un crime. Le combat féministe contre la violence sexuelle est parfaitement légitime. Pas ces pratiques vengeresses et dangereuses, le plus souvent anonymes. qui font signe d’un amour fasciné de la jouissance dénoncée.

 

 

 

Mardi 25 août

 

Voici six mois que cette épidémie a débarqué en Europe, à propos de laquelle on a entendu tout et le contraire de tout. Et c’est loin d’être terminé. Cependant le fameux « monde d’après » se dessine. En vérité, les plans en sont dressés depuis pas mal de temps, ce sont ceux de la quatrième révolution industrielle, stade suprême du capitalisme, et le Covid 19 représente une opportunité presqu’inespérée pour l’accélération de sa mise en oeuvre. Telle est la conviction résolue de l’économiste allemand Klaus Schwab, le fondateur  et président exécutif de la grand messe du forum de Davos, là où se retrouvent les décideurs les plus influents. Le thème du prochain forum, convoqué pour janvier 2021 sera Covid 19: the great reset . Traduction : la réinitialisation ou mieux: la remise à zéro.     Automatisation, informatisation et robotisation générales: voilà la recette du reset. Rien d’autre que ce que Michel Houellebecq pointait comme l’obsolescence des rapports humains.


Nous y sommes déjà. Gestes barrière, distanciation sociale: ces affreuses expressions disent fort bien ce qu’elle disent : barrière aux gestes, adieu à la socialité, ce sont les corps qu’il s’agit de mettre au pas. Place aux muselières. Un curieux néologisme est né – présentiel- tel un nouveau concept prenant le pas sur le phénomène désormais suspect de la présence réelle. Pourquoi cette surenchère dans les mesures de protection, sinon pour faire oublier l’incurie générale des autorités sanitaires au début de l’épidémie et l’incohérence des mesures prises successivement à la levée du confinement ?

Oh! ne désespérons pas: on nous promet le salut par le vaccin. Rien n’est moins sûr cependant, même à supposer qu’il soit disponible dans un délai rapide. Evidemment, une course effrénée est lancée, bien moins  à la protection des populations qu’au jackpot que représenterait sa production pour les laboratoires. Il est tout de même permis de se demander si les sommes colossales investies dans sa recherche  ne seraient pas plus judicieusement employées au refinancement des hôpitaux publics et leur rééquipement en personnel et en matériel, ainsi qu’à la mise au point de traitements efficaces. On sait que pour le Sida, les milliards de dollars engloutis  dans sa recherche n’ont jamais débouché sur un vaccin, mais que finalement un traitement efficace a fini par voir le jour. Si la priorité avait été  la mise au point de celui-ci, combien de vies n’auraient-elles pas été sauvées ? Reste que le vaccin représenterait un fameux salut pour Donald Trump en vue de la présidentielle de novembre. Poutine aussi y compte pour doper sa popularité en baisse. Il aurait même dès à présent fait vacciner ses enfants. On leur souhaite un sort meilleur qu’à Alexei Navalny.

S’agissant du traitement du Covid 19, la polémique virulente autour de l’hydroxychloroquine est très révélatrice. D’un côté, un médecin marseillais, Didier Raoult,  jusqu’ici fort respecté,  fait fi des injonctions d’essais randomisés, et recommande l’usage d’un médicament bien connu pour son efficacité contre la malaria.  De l’autre, une cohorte d’experts, presque tous liés à l’industrie pharmaceutique. Ce médicament, peu coûteux, qui existe depuis très longtemps, et prescrit à des millions de personnes dans le monde, est soudain considéré par ces derniers comme dangereusement toxique, et son usage interdit en France.  Pourtant les résultats obtenus avec l’hydrochloroquine pour le Covid sont très favorables, à condition que le traitement soit appliqué dès le début de la maladie. Mais rien n’y fait, l’obsession des méthodologies évaluatives ne saurait être remise en cause.  Point d’orgue d’une campagne de désinformation impressionnante : la prestigieuse revue Lancet publie un article dézinguant Raoult sur la base de données complétement manipulées. Aucun profit à tirer pour les grandes firmes pharmaceutiques naturellement, à  l’usage d’un médicament ancien, passé dans le domaine public.

Comme on sait, toute cette période a commencé en Chine. L’alerte y avait été lancée par un jeune médecin chinois, qu’on tenta vainement de faire taire, emporté lui-même par la maladie ensuite. Wuhan, ville de plus de dix millions d’habitants, fut aussitôt confinée, et donc interdite d’accès à tout curieux.  Un marché fut rapidement repéré comme le lieu d’origine de la contamination à partir du pangolin. Le coupable était identifié. Le laboratoire militaire de recherches bactériologiques de Wuhan était donc hors de cause. Selon la généticienne Alexandra Henrion Caude, le séquençage du génome du Covid 19 fait cependant hautement douter de son origine naturelle. Enfin, le pangolin, qui risquait l’extinction, a été interdit de consommation. Heureuse nouvelle! Finalement, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, comme dirait le Candide de Voltaire. Il oubliait  simplement un mot important dans cette formule dûe à Leibniz, que Voltaire voulait moquer: le meilleur des mondes…possibles.

Dans ce meilleur des mondes possibles, le pangolin, dont raffolent tant les Chinois, était surtout traqué -illégalement-  en Côte d’Ivoire ou au Cameroun, d’où il était importé en Chine. Par quel chemin douteux ce sympathique animal finissait-il par se retrouver sur les marchés chinois? Peut-être transitait-il par Anvers, ou par un des ports « franchisés » dans le tiers monde que le port d’Anvers a rachetés, au Brésil notamment, comme une enquête édifiante de la revue Medor nous l’apprend, à partir de laquelle on comprend mieux comment Anvers est devenu la porte d’entrée numéro un de la cocaïne en Europe. Là-dessus, voyez aussi Over water, formidable série flamande disponible sur Netflix.

 

 

 

 

 

 

 

 

Mardi 11 août

J’aurais dû préciser dans mon dernier billet que mon commentaire du Conte d’été d’Eric Rohmer était la réécriture d’une présentation faite il y a quelques années dans le cadre du Séminaire Psychanalyse et Cinéma qu’animent de jeunes collègues de l’ACF-Belgique ( Claire Piette, Maud Ferauge, Isabelle Finkel, Phenicia Leroy, Nicolas Moyson), séminaire auquel j’ai eu le plaisir de participer  plusieurs fois activement , et dont je souhaite ardemment qu’il se poursuive dès que les conditions sanitaires le permettront de nouveau.

Il y a en effet une affinité particulière du cinéma et de la psychanalyse, nés tous deux  à la même époque. L’inconscient porte la marque des formes artistiques contemporaines, et au premier rang de celles-ci, il y a le cinéma. Combien de fois n’ai-je entendu ce lapsus, où surgissait le mot film  s’agissant d’un rêve ? La mythologie de notre temps est cinématographique. Crash de David Cronenberg en est un très bel exemple. C’est la fable d’un monde devenu celui de la science, où les technologies sont devenues nos mythologies quotidiennes, et les machines des condensateurs de libido. Il est question d’une projection de ce film à la rentrée à Liège, dans le cadre de la préparation des prochaines Journées de l’ECF, dont l’intitulé choc est  :Attentat sexuel.

J’avais évidemment ce thème à l’esprit en lisant ces jours derniers l’autobiographie de Woody Allen: A propos of nothing, parue en français chez Stock sous le titre Soit dit en passant. Ce livre, que je tiens pour ma part pour un livre courageux, n’élude pas les accusations que l’on sait. Mais il est à souhaiter qu’il ne soit pas lu seulement dans cette perspective. Voeu pieux sans doute. On y trouve par exemple cette anecdote savoureuse à propos d’Antonionni. Celui-ci soumet à la lecture de Jack Nicholson le synopsis d’un projet de film -une comédie- , pour lequel il a songé à l’acteur. Curieux, Nicholson le lit sur le champ, et est peu à peu pris d’un fou rire. Antonionni est heureux: Tu trouves cela drôle donc ? Mais non, répond Nicholson, ce qui me fait rire, c’est que tu trouves qu’il s’agit d’une comédie ! Antonionni rêvait de réaliser une comédie, quand Woody Allen n’avait qu’une seule ambition, c’était de réaliser une tragédie ! La vie s’en est chargée à sa manière.

 

 

Jeudi 6 août

Tant qu’à faire, puisque j’évoquais hier le dossier Eric Rohmer des Cahiers du Cinéma,  voici un texte que je n’ai jamais publié à propos de celui de ses Contes des Quatre saisons que je préfère: le Conte d’été.
J’avais aussi commis en son temps un texte à propos de  Crash de Cronenberg, qui fut publié dans un numéro de Quarto; donc je ne reprends pas celui-là.

Conte d’été

Quand Eric Röhmer tourne Conte d’été en 1996, il a 75 ans. Francois Truffaut est mort 12 ans plus tôt. Godard est immergé dans ses Histoire(s) du cinéma. En 1992, il a réalisé Nouvelle vague -comme le constat d’une page qui se tourne. Et puis voilà que Röhmer, le plus ancien de la bande des Cahiers du cinéma arrive avec son Conte d’été.

Plus nouvelle vague que ça, tu meurs! : des décors naturels, rien en studio, des acteurs respirant la liberté, qui interprètent des personnages  de leur âge, avec les embarras et les inquiétudes de leur âge, une narration sans emphase et qui coule comme une eau pure, et puis cette grâce, un peu distancée, qui, du premier au dernier plan, conjugue la légèreté et la gravité, au fil de dialogues qui s’enchâssent à la manière d’une fugue.

C’est une espèce de roman-photo avec des dialogues de Musset, qui, à le revoir, m’enchante chaque fois plus, un merveilleux et subtil aperçu de l’adolescence, de l’adolescence en ses derniers feux tout juste avant l’âge adulte, et c’est aussi par lui-même une véritable oeuvre adolescente, comme l’était profondément tout le cinéma de la nouvelle vague.
Oeuvre d’un adolescent de 75 ans, Conte d’été, écrivait très joliment Didier Péron à la sortie du film, est comme une carte du tendre moderne, un savoir ancien d’ascendance courtoise, fait de la complexité de l’équation à plusieurs inconnues, sur l’irrationnel des vies jusqu’à toucher le vide. C’est qu’en effet  l’oeuvre est plus complexe qu’il n’y parait.

Truffaut, avec le personnage d’Antoine Doisnel interprété par Jean-Pierre Léaud,  avait donné de l’adolescence  une figure délicieuse indélébile. Antoine Doisnel, enfant jeté dans le monde cruel des 400 coups, ne rejoindrait jamais vraiment le monde des supposées grandes personnes, mais demeurerait pour toujours l’adolescent décalé, touchant, rêveur et un peu perdu de Baisers volés.

Conte d’été ne nous présente pas la même version de l’adolescent éternel. A beaucoup d’égards, sa plus grande vérité psychologique tient à nous faire découvrir l’adulte déjà à l’oeuvre dans l’adolescent, pour ne pas dire le vieux qui s’est déjà emparé du jeune homme. C’est là un des ressorts de l’effet de comique qui se dégage de façon répétée à travers le manège que nous voyons  Gaspard, le héros de l’histoire, tenter d’organiser et dans lequel il se prend les pieds irréversiblement.

Antoine Doisnel donnait en effet le sentiment d’un être inachevé, et par là même ouvert à toutes les surprises, à l’abri des vanités de l’âge adulte et de la prétendue maturité. Gaspard, lui se révèle au fil de l’histoire le prisonnier d’une névrose déjà parfaitement constituée, pour ne pas dire cadenassée.

Mais ne dirigeons pas trop vite le projecteur sur la dimension simplement psychologique du film. Certes il s’agit aussi d’un film psychologique, dont chaque personnage, comme dans un film de Bergman, a sa consistance. Par sa structure narrative elle-même, il échappe cependant à la réduction à cet angle trop étroit.

Puisqu’il s’agit d’un conte, pourquoi ne pas le prendre d’abord comme tel ? C’est-à-dire comme un récit avec la morphologie particulière dégagée pour ce genre littéraire par Vladimir Propp. Röhmer, qui se rêva longtemps écrivain, et qui, avant de réaliser des films, publia d’ailleurs un roman, n’a naturellement pas intitulé conte par hasard  six de ses films Contes moraux et quatre autres Contes des 4 Saisons, cycle auquel appartient Conte d’été.

De même le cycle des Comédies et proverbes constitue un ensemble de contes, parmi lesquels on épinglera Pauline à la plage, film dont Conte d’été peut apparaître à beaucoup d’égards comme un prolongement, et où le rôle de Pauline est interprété par Amanda Lenglet -Margot dans Conte d’été. La moralité de Pauline à la plage pourrait en tous cas parfaitement s’appliquer au Conte d’été. Un conte, même si elle n’est pas exprimée explicitement, débouche en effet sur une moralité. On se posera donc la question de savoir quelle est la moralité de Conte d’été.

Celle de Pauline à la plage est empruntée à Chrétien de Troyes : Qui trop parole se mesfait.
On sait que Röhmer s’est beaucoup intéressé au monde de la chevalerie et à l’amour courtois. Il adapta même à l’écran l’histoire de Perceval le Gallois. Conte d’été s’inscrit directement dans cette filiation littéraire. Un indice ne trompe pas: l’air de la chanson de marin composée par Gaspard dans Conte d’été est inspiré d’un ballade du moyen-âge chantée dans Perceval le Gallois.

Pour un psychanalyste, Conte d’été résonne aussi avec un autre ensemble de récits. Comment en effet ne pas reconnaître dans le choix qui s’offre à Gaspard entre trois jeunes filles celui du thème des trois coffrets du Marchand de Venise, sur lequel Freud écrivit un texte célèbre?
Cette trame du choix entre trois femmes, symbolisées par trois coffrets d’or, d’argent et de plomb dans le Marchand de Venise, se retrouve dans nombre d’autres récits, à commencer chez Shakespeare encore sous une forme diffractée dans Le Roi Lear. Freud la repère dans les histoires du Jugement de Pâris, dans Cendrillon, dans la Psyché d’Apulée. Il en voit la figure matricielle dans les Moires, le trio de fileuses de la mythologie antique, Clotho, Lachesis, Atropos, personnifiant la destinée humaine.

Dans le choix entre trois femmes et dans les diverses variantes que la mythologie et la création littéraire déclinent, Freud reconnait les trois relations majeures de l’homme à la femme, génitrice, compagne ou destructrice. Soit les trois formes par lesquelles passe l’image de la femme au cours de sa vie: la mère, l’amante choisie plus ou moins à son image, et enfin la mort, la terre mère qui l’accueille de nouveau en son sein.

Interrogé sur les trois jeunes filles qui , le temps d’un été en Bretagne du côté de Saint Brieuc, apparaissent à Gaspard,  Röhmer les situait pour sa part de la manière suivante: la sympathique (Margot), la belle (Léa), la sensuelle (Solenne). A quoi on objectera assez facilement bien sûr qu’elles sont belles toutes les trois, mais assurément pas de la même manière.

A un premier niveau, on pourrait dire de Margot, qui materne pas mal Gaspard, qu’elle incarne la mère, et de Solennel qu’elle est choisie métonymiquement par rapport à Margot, qui d’ailleurs la pousse dans ses bras. Quant à Léa, sans être pour autant un ange exterminateur, elle a sur Gaspard des effets destructeurs dont il se défend mal. Mais ces analogies nous masquent en vérité ce qui est en jeu dans le chassé croisé entre Gaspard et ces trois jeunes femmes, au-delà du choix qu’il répugne à effectuer et de son empêtrement dans ses contradictions.

Léa, celle qu’il a cru aimer, le fuit. Il en souffre. Mais cet amour malheureux lui sert aussi à se mettre à l’abri de celui de Margot. Se sent-il tenté de répondre aux invitations de plus en plus claires de celle-ci, alors la figure de Margot se dédouble, et il se dirige vers Solenne. Mais quand Solenne se fait trop pressante, alors ce sera de nouveau Léa ou Margot. C’est que pour Gaspard, le choix véritable, c’est-à-die le choix forcé inconscient, est déjà fait, et c’est celui de la mort, ou plutôt de la mortification pour se préserver du désir de l’Autre, et il paie ce calcul du sentiment récurrent de sa propre inexistence.

Au dernier terme, en effet  ce n’est ni Margot ni Solenne ni Léa qui l’emporte, mais un objet.  A chacune, il a inconsidérément  proposé la même escapade jusqu’à l’île d’Ouessant. Quand, avec deux d’entre elles,  s’avère simultanément possible ce qui avait semblé jusque là de l’ordre du voeu irréalisable, Gaspard ne sait comment s’en sortir, jusqu’au coup de téléphone d’un ami rennais, qui l’avise d’une affaire à ne pas manquer sous les espèces d’un  magnétophone . Il décide alors de planter tout le monde sur le champ, pour les beaux yeux, si je puis dire, de cet objet sûr, docile, inerte, qui a tous les traits de cette petite boite que réclame tyranniquement un futur obsessionnel de 4 ans évoqué par Lacan dans je ne sais plus lequel de ses séminaires. C’est cet objet inanimé qui finalement a la préférence de Gaspard.

Il s’agit donc d’un conte plutôt cruel. Il n’est  pas moins cruel pour Gaspard lui-même que pour ses  partenaires, comme c’est toute la finesse de Röhmer que de le faire sentir dans les derniers instants du film.

Fondamentalement, Gaspard s’avance masqué. A la façon dont Goethe s’avance masqué pour séduire, et puis abandonner  Frédérique Brion, sans y rien comprendre lui-même. L’épisode est raconté dans Poésie et Vérité, et commenté par Lacan dans son texte Le mythe individuel du névrosé. Goethe, pour séduire Frédérique, se dédouble, il se travestit, prend un accoutrement bizarre. A quoi rime cette mascarade ? Elle tient de la parade, dans les deux sens du terme: Goethe fait le coq, il se donne à voir, et dans le même temps il se cache, il se remparde. Et pour finir il s’enfuit.  Mais le souvenir de cette lâcheté ne cessera pas de poursuivre Goethe .

Quels sont donc les masques empruntés par Gaspard? Il y a d’abord  au contraire de Goethe, celui du garçon réservé, pas à l’aise dans les groupes, bref de celui à qui on ne s’intéressera pas. Mais c’est aussi, à plus d’une occasion, sa guitare. C’est pourquoi il peut indifféremment dédier la même chanson aux trois jeunes filles. Non pas qu’elles lui soient indifférentes, mais il ne peut aller vers aucune d’elles sans emprunter ce biais.

Certes avec Margot, il a le sentiment qu’il peut enfin être lui-même plus authentiquement, et lui parler en ôtant ce masque. Elle n’en devient pas pour autant moins redoutable à ses yeux. S’il pourrait se rendre à Ouessant en sa compagnie, il ne peut l’envisager que plus tard, quand il reviendra. Mais, comment ne le sait-il pas?, cela veut dire trop tard, quand l’autre ami de Margot sera revenu des antipodes. Et quand, au moment de quitter Margot, il réalise qu’il a manqué cette rencontre, il a le coeur gros en passant au large de Saint Malo, comme le dit la chanson qu’on entend quand son bateau lève l’ancre.

Margot est un personnage plus complexe qu’il n’y parait. Elle a une grande aisance de parole, et aime faire parler les autres, auxquels elle a une attention particulière. Car si elle travaille l’été dans une crêperie, elle n’en est pas moins étudiante en anthropologie! En outre, il est probable qu’elle a un peu plus d’expérience amoureuse que les deux autres filles, si bien qu’on pourrait penser qu’elle a comme un tour d’avance sur celles-ci, mais quand ses propres sentiments sont en cause, elle n’est pas la moins embrouillée.

Entre les quatre protagonistes, il y a un point commun: de près ou de loin, chacun a un autre fer au chaud. Sollène, qui affecte une liberté sans trop de freins, dicte volontiers des conditions à l’autre, au principe qu’elle a des principes! Mais elle a trois soupirants. Léa, déjà emprisonnée comme Gaspard dans une position névrotique très décidée, versant hystérie, ne consent pas à être l’objet du désir qu’elle soulève chez les hommes. Du coup, ses cousins lui tiennent lieu de partenaires privilégiés très pratiques. Quant à Margot, elle a donc un amoureux parti aux antipodes. Elle note l’ironie de la situation au début du film: elle, qui est anthropologue, attend son retour en France.

A l’endroit de Gaspard, Margot se plaint d’être considérée comme une remplaçante, mais c’est à ce titre qu’elle se propose à lui d’abord. Elle ne lui demande rien, soit, mais en espère beaucoup. En en espérant moins, peut-être pourrait-elle lui demander quelque chose avec une chance de l’obtenir. Car l’objet du désir de Gaspard, en bon obsessionnel, c’est tout de même la demande!

Mais au-delà des embarras de Gaspard, des ultimatums de Sollène, des dérobades de Léa et de la déception de Margot, il y a autre chose: l’île d’Ouessant ! Pour chacun, Ouessant est le nom qui condense le lieu de l’impossible. Car enfin, que se passerait-il à Ouessant, sinon la rencontre des corps, auquel finalement chacun se refuse prudemment?Tous les quatre le savent: à Ouessant, ce serait l’heure de vérité de l’exercice de la sexualité. Ils y aspirent, et en même temps se tiennent encore sur l’autre rive, celle de l’adolescence qui ne peut plus durer, mais qui dure encore.

Telle Cythère, l’île où naquit Aphrodite, celle qui l’emporte dans le Jugement de Pâris, Ouessant est le lieu fantasmé de la jouissance, vers laquelle s’embarquent les couples dans le tableau célèbre de Watteau. Bien des légendes entourent aussi l’île d’Ouessant. Gaspard y fait d’ailleurs une allusion fort précise en évoquant La fille de la pluie, un livre d’André Savigneau. Là encore, on voit que Röhmer  ne néglige aucune référence littéraire.

Ouessant est une île vers laquelle la traversée est  dangereuse, à cause de courants violents qui entraînèrent bien des naufrages, mais on dit  aussi que certains furent causés par les habitants de l’île pour détrousser les navires . La vie y est dure.  Longtemps restée hors la loi, Ouessant était quand même surtout  peuplée de veuves de marins. Une île bien inquiétante en définitive, qui signifie  la zone de la fin du blablabla, blablabla dont on se régale tant dans cet aimable  conte, même s’il embrouille, mais sans doute aussi parce qu’il embrouille à plaisir. Qui trop parole se mesfait, soit, mais quoi de mieux pour suppléer au non -rapport sexuel ?

Alors, que pourrait donc être la moralité de ce Conte d’été ?  On ne badine pas avec l’amour ? ; Qui trop embrasse mal étreint ? ;  Les filles sont chiantes, mais qu’est-ce que les mecs sont cons ? (dixit Margot) ; Une c’est trop, deux ce n’est pas assez ? Un peu tout cela sans doute. Reste le charme du conte lui-même, qui dit bien davantage. Car que filme Eric Röhmer,, de son propre aveu, sinon cette chose insaisissable, qui ne relie personne à personne peut-être, mais n’en traverse pas moins chacun, cette chose incorporelle qui pourtant agite les corps, les ravit et les tourmente ? La parole, en un mot.

Mercredi 5 août

L’inconscient, c’est la politique. Pour saisir ce dit de Jacques Lacan, quoi de mieux que la derniére livraison de La Cause du désir, que j’attendais avec beaucoup de curiosité, et dont le thème est rien moins que Sortir du discours capitaliste ? C’est en effet essentiellement  à partir de lexpérience clinique de la psychanalyse  que la question est traitée.

Défaire le business inconscient ! : voilà ce dont il retourne, pour reprendre le titre du texte d’ Aurélie Pfauwadel. Quelqu’un que j’ai eu l’avantage d’entendre fort longtemps  me parlait invariablement des années qui lui restaient à vivre en termes de capital temps; son corps était le dépositaire de son capital santé; son capital confiance était régulièrement ébranlé:  toute atteinte à ses économies  était une pure folie, hormis  celle concernant le billet de lotto acheté chaque semaine, investissement certes risqué mais dont on ne pouvait tout de même pas exclure qu’il débouche sur le jackpot. Son rapport à l’Autre était tout entier régi par les lois du marché. Qu’allons-nous faire de nos dettes?, telle fut la seule question qui le traversa au moment de son divorce.

Lacan a situé le capitalisme dans le fil de sa théorie des discours. Il en distinguait quatre, comme autant de modalités de traitement de la jouissance pour l’être parlant. Il en proposa une formalisation à travers l’articulation de quatre termes:  S1, S2, S (barré) , a. Soit le Signifiant maître, le Savoir, le sujet, et l’objet « plus de jouir », expression, forgée à partir du concept marxiste de la plus-value. Plusieurs textes de ce numéro reprennent ces développements et permettent de saisir leur utilité pour s’orienter dans ce que Lacan appelait « les impasses croissantes de notre civilisation ». Au premier rang de celles-ci, Lacan pointe la forclusion de l’amour opérée par le capitalisme. Love in the bin, Banksy dixit. Ou, en couverture du numéro, Capitalism kills love, oeuvre du collectif Claire Fontaine.

Une autre revue a retenu mon attention cet été. Il s’agit du numéro 767 des Cahiers du Cinéma, qui rassurent quant à la nouvelle équipe éditoriale. On y trouve en particulier un dossier très fouillé à propos d’Eric Rohmer et une interview passionnante de David Cronenberg, pas rangé des voitures, à l’occasion de la sortie en version remasterisée de Crash. Il y évoque la place fondatrice pour lui de la psychanalyse. En vérité, Cronenberg, lui aussi, ne traite de rien d’autre que des impasses croissantes de notre civilisation.

 

 

 

 

 

Mardi 21 juillet

 

Covid oblige, pas de voyage hors de Belgique cet été, mais quelques jours d’exil intérieur en somme, au bord des lacs de l’Eau d’heure. Pour être les plus grands du pays, ceux-ci  n’ont certes pas la majesté des Ozarks dans le Missouri, où se passe la série du même nom, mais pour un peu je m’y serais cru hier en découvrant le site quasi à l’abandon du restaurant  d’une « base de loisirs nautiques ». Le genre de lieu un peu glauque, parfait pour servir au blanchiment d’argent dans Ozark, série assez gratinée.

Les lacs de l’Eau d’Heure sont très proches de Chimay et de son château, où, dans mon enfance, j’ai accompagné plusieurs fois ma grand’maman, pour assister à de très beaux concerts de musique de chambre. J’en garde un souvenir ému, ainsi que des promenades au lac de Virelles où nous dégustions de délicieuse escavèches, la spécialité régionale.  Récemment, j’ai lu une biographie de la plus célèbre figure des Caraman Chimay, la princesse  Greffuhle, qui servit de modèle à Marcel Proust pour le personnage de Madame de Guermantes. En vérité celle-ci ne séjourna guère à Chimay, mais le château n’en a pas moins une atmosphère très proustienne, avec en particulier ce merveilleux petit théâtre à l’italienne, qui vient d’être heureusement restauré et où se donnent encore des concerts.

Outre Ozark, je viens de terminer aussi  Borgen (une femme au pouvoir). A plus d’un égard, cette série danoise fort bien ficelée a plus d’un écho avec la vie politique belge. Dans cette autre monarchie parlementaire, le pouvoir est sans cesse l’objet de complexes alliances et retournements d’alliances entre une dizaine de partis différents. Au moins parlent-ils la même langue ! La série suit la carrière d’une femme politique, qui parvient, non sans sacrifices, à faire montre d’intégrité dans un formidable panier de crabes ! Son personnage a-t-elle inspiré Sainte Sophie Wilmès ? Qu’on en soit à se réjouir de l’émergence d’une figure un peu plus sympathique dans le sérail d’un parti qui ne cesse de glisser dangereusement vers la droite « décomplexée » comme on dit aujourd’hui, dit bien où nous en sommes.

 

Mardi 7 juillet

Le numéro 105 de La Cause du désir vient de sortir. Je n’en ai pas encore pris connaissance, mais l’attends avec impatience.  Il traite en effet d’ une question majeure, si ce n’est la question majeure de notre temps: Sortir du capitalisme ? J’y ai contribué à partir d’un angle, latéral certes, mais propice, je l’espère, à faire apercevoir, ce qu’emporte de plus destructeur le mode de jouir propre au discours capitaliste. Je reproduis ici cet article, en attendant de revenir sur ce numéro dans son ensemble.

Banksy: Love in the bin

                                            Tout ordre, tout discours qui s’apparente du capitalisme laisse de côté ce que nous appelerons simplement les choses de l’amour (Jacques Lacan, Je parle aux murs)

La scène, dont les images ont fait le tour du monde, a lieu le 5 octobre 2018 à Londres. Dans la salle de vente Sotheby’s, un tableau de Banksy, mis à prix pour 200000 livres, est adjugé pour 1040000 livres. Mais  dans les secondes qui suivent cette annonce du commissaire priseur, un mécanisme, dissimulé dans le cadre, s’enclenche et l’oeuvre s’autodétruit sous les yeux incrédules de l’assistance. En lamelles parallèles,  semblables à celles des documents passés à la broyeuse dans les administrations, les chutes restent cependant accrochées au bas du tableau, dans lesquelles on reconnait sa partie inférieure.

L’oeuvre s’appelle Girl with balloon. Elle est la réplique d’un des graffitis les plus célèbres de  Banksy, réalisé au pochoir  à Londres au pied du pont de Waterloo en 2002, ainsi que sur un mur  du quartier de Shoreditch deux ans plus tard.  Exécutée au spray et à l’acrylique, le tableau est signé et daté de 2006 en son envers; il n’appartenait plus à Banksy lui-même.

 

Personne ne doute pourtant que ce  dernier soit bien l’auteur du coup. Mais avec quelle complicité ? Celle d’une personne présente dans la salle pour actionner le mécanisme sans doute. Vraisemblablement aussi celle de l’ex propriétaire du tableau, dont on ignore l’identité – on soupçonne qu’il s’agit de l’artiste Damien Hirst. Et quid de la responsabilité de Sotheby’s ? Les questions sont nombreuses autour d’un événement sans précédent, qui met en cause la plus prestigieuse salle de ventes londonienne. La destruction de l’oeuvre ayant suivi l’adjudication, quelle sera la réaction de son acquéreur, en droit de déposer plainte pour vandalisme ?

Dans les jours qui suivent, Banksy met en ligne une video, dans laquelle il dévoile le stratagème. Il a lui-même installé dans le cadre du tableau un dispositif muni d’une minuterie commandée à distance. La video montre les divers essais effectués avec l’appareil, tous réussis.
Car, problème, tout ne s’est pas passé comme prévu. Le mécanisme n’a fonctionné qu’imparfaitement le jour de la vente: il s’est interrompu, de sorte que la moitié supérieure de la peinture n’a pas été détruite. La Girl a été découpée en lamelles, mais  celles-ci ne sont pas détachées du tableau, et le Balloon est intact.

S’il s’agissait de faire un pied de nez au marché de l’art contemporain, le ratage est donc complet -sauf à imaginer calculée cette destruction à demi. Quoiqu’il en soit, la nouvelle propriétaire, qui avait encore la latitude de récuser la vente, la confirme au contraire avec enthousiasme, convaincue d’avoir finalement acquis un « morceau de l’histoire de l’art ». Acquisition non sans une belle plus-value: l’oeuvre (semi) détruite étant rapidement évaluée au double du prix de son achat. Et Sotheby’s s’en sort bien:  Banksy a créé une oeuvre nouvelle au cours de cette enchère, déclare un de ses représentants.

Sur son compte Instagram, Banksy rebaptise Love in the bin (L’amour dans la poubelle) sa Girl with balloon. Il cite aussi Picasso: The urge of destroy is also a creative urge (Le besoin de détruire est encore un besoin créatif), phrase en réalité due à Bakounine, qui parlait plus précisément du plaisir, de la passion de détruire. On devine là Banksy soucieux de justifier son geste, à travers ces lettres de noblesse artistique et politique.

Pourquoi Banksy a-t-il voulu détruire sa Girl with balloon ?  Parmi les nombreuses images qui lui sont dues, c’est à coup sûr la plus populaire. On sait que le chanteur Justin Bieber se l’est faite tatouer, ce qui n’a pas enchanté Banksy d’ailleurs. On n’en compte plus les reproductions. Ceci n’empêche pas certains tirages lithographiques signés et authentifiés de se vendre des sommes astronomiques. Quant à la toile mise en vente chez Sotheby’s, quoique de la main de Banksy, était-elle autre chose qu’une autre reproduction de cette image un peu mièvre ?

La destruction de cette image est donc fort relative. Par contre quelque chose de sa signification est, sinon détruit, gravement atteint.

Girl with balloon avait l’innocence d’un dessin d’enfant. Le graffiti initial était en outre complété d’ un message : There is always hope – il y a toujours de l’espoir. Et l’espoir s’appelait l’amour : le ballon qui s’échappe des mains de la petite fille a la forme d’un coeur. Bien davantage que l’image elle-même, c’est ce message d’espoir qui passe à la broyeuse: Love in the bin.

Il faut revenir quelques années en arrière pour saisir ce qui a abouti à cette sorte de happening. En 2005 d’abord.  Banksy se rend en Israel, et sur le mur de séparation avec la Palestine, peint au pochoir une version nouvelle de sa fille au ballon, qui s’envole à présent pour surmonter le mur, soulevée par, non plus un mais sept ballons qu’elle tient fermement en main.  En mars  2014 ensuite. La guerre civile en Syrie a débuté trois ans plus tôt.  Banksy réalise alors une video intitulée : #With Syria, destinée à une campagne de solidarité avec le peuple syrien, soutenue par Amnesty International.  La fille au ballon, qui porte à présent un foulard, survole, en compagnie d’autres enfants, chacun accrochés à un ballon, une ville dévastée par la guerre. Banksy précise son propos avec le texte suivant: « Le 6 mars 2011 dans la ville syrienne de Deraa, 15 enfants avaient été arrêtés et torturés pour avoir peint des graffitis anti-autorité. Les manifestations qui ont suivi leur détention ont entraîné une flambée de violence dans tout le pays qui allait voir une révolte interne se transformer en guerre civile qui a fait déplacer 9,3 millions de personnes. »
Que la mèche qui alluma la guerre en Syrie fût la peinture de quelques graffitis confère évidemment un relief tout spécial à cette campagne dont un autre graffiti était le point de départ.

Mais en rebaptisant Love in the bin l’image candide de la petite fille au ballon, que fait donc Banksy, sinon sonner le glas de l’espérance ?
Ne fait-on donc pas  fausse route en interprétant essentiellement la destruction de Girl with ballon chez Sotheby’s le 5 octobre 2018 comme un acte de dénonciation de la marchandisation de l’art? Ne voit-on pas qu’il s’agit d’abord du constat de l’échec tiré par Banksy de sa tentative de mettre son art au service de causes humanitaires ?  Tourner en dérision le marché de l’art contemporain, -avec un  résultat pour le moins paradoxal -, serait-ce désormais tout ce qui reste à Banksy pour dire son amertume?

Un an plus tard, une image apparait, ainsi qu’une une nouvelle video. Nous sommes à Venise, au moment de la biennale. L’image – celle d’un enfant vêtu d’un gilet de sauvetage, tenant à la main , non plus un ballon, mais une torche – se trouve dans un canal du Dosoduro. En fonction du niveau de l’eau, les jambes de l’enfant apparaitront ou pas. Venise qui s’enfonce dans la mer, les réfugiés noyés en Méditerranée, le monde qui sombre, l’image est forte. Et à bien des égards, il s’agit de l’image inversée de Girl with balloon.

Pour être plus cocasse, la video ne fait pas signe d’autre chose. Le temps de quelques heures, Banksy a, sans autorisation, installé à San Marco un stand sommaire de vente de peintures, avec l’écriteau ironique Venice in oïl. Peintes à l’huile, les toiles exposées représentent Venise disparaissant littéralement au passage d’un monstrueux navire de croisière. Venise ne s’enfonce pas dans l’eau, mais dans l’huile de moteur, dans la même indifférence générale que celle avec laquelle les touristes -venus pour la biennale ?-  considèrent le stand monté par Banksy.

Il n’y a pas toujours de l’espoir. Et l’art n’y peut décidément pas grand chose. Sa tâche la plus noble s’en trouve dès lors redéfinie comme déceptive.  N’est pas  à présent ce qui se donne à lire dans les interventions de Banksy, en dépit de leur aspect plus ou moins ludique?  Ca baigne dans l’huile, croyez-vous ? Regardez donc Venise. Nous sommes dans la merde, oui !  Comme dans cette salle de bain envahie par les rats peints au pochoir,  pendant le confinement en mars 2020.

Love in the bin ou Venice in oil, le constat est pareil. La grande faucheuse à l’oeuvre en Syrie ou la broyeuse de la salle de ventes sont de même nature. Pas de place pour l’amour dans le monde capitaliste. Seul y importe le plus de jouir. Et l’oeuvre détruite y est infiniment plus précieuse que toute autre si elle est source de profit.
Reste le jeu favori de Banksy depuis la première heure: tel le tigre à travers les traits du code barre d’un de ses plus célèbres graffitis, échapper à la mis en cage;  jouer à cache cache avec les autorités, qu’elles soient celles de la cité ou celles du marché de l’art. Sans doute est-ce là sa plus parfaite performance: être devenu un des artistes les plus célèbres de la planète, et avoir su depuis vingt ans préserver son anonymat; disposer d’un compte Instagram suivi par une foule de followers et avoir réussi à déjouer toutes les tentatives, et elles furent nombreuses, de le démasquer;  avoir fait la nique à la traçabilité généralisée, comme s’il suffisait encore d’un simple ballon pour jouer les filles de l’air.

Dimanche 7 juin

 

La réouverture des musées et des galeries fait plaisir; elle a même comme un parfum d’aventure ! Et d’abord celle que nous propose à Bozar Jacqueline Mesmaeker à travers l’exposition Ah! quelle aventure.

Jacqueline Mesmaeker est une artiste fondamentalement inclassable. Et sa longue aventure artistique ne ressemble à aucune autre. Cette rétrospective se parcourt comme un livre d’heures laïc, où  les prières sont des cascades de mots et les enluminures de subtils rais de lumière. A travers sculptures, dessins, installations, films, archives, une constellation se fait jour, poétique, malicieuse, pleine de résonances inattendues et profondes à l’histoire de l’art, une constellation où  palpite quelque chose comme la fragilité de la vie humaine. Une oeuvre m’a émue entre toutes:  une verrière détruite et reconstituée en réduction dans laquelle se réfracte un film muet en version noir et blanc de Walt Disney.

Mon obsession pour le nombre 13, très liée à la tenue de ce blog, a en outre repéré ceci au sein d’une série de feuilles d’archives:  Fax n° 5, 13 janvier 1997 Autre expo à découvrir, galerie Hufkens: les dessins de Pierre Guyotat. Ceux-ci n’ont été révélés au public que très peu de temps avant la mort de Guyotat, survenue l’an dernier. Un ensemble significatif est ici présenté,où Guyotat se révèle aussi compulsivement rivé au même objet que celui en cause dans son écriture. Lacan voyait dans Eden Eden Eden, une « tentative désespérée de langagier l’instrument phallique ». Guyotat  lui-même ne démentait pas cette lecture, qui soulignait dans un entretien explicatif de son oeuvre, s’abstenir de toute autre jouissance que celle, quasi masturbatoire, de l’écriture. Ses dessins sont autant de pièces à l’appui de ce propos, qui, non sans une touche quelque peu enfantine, représentent invariablement des scènes masturbatoires, où sont  épinglés  au travers d’un trait rouge  les sexes érigés,  douloureusement et désespérément érigés.

Lacan n’en avait pas moins de l’estime pour la tentative de Pierre Guyotat. « A sa façon, elle est comparable à celle de mes Ecrits » dit-il en son séminaire D’un discours qui ne serait pas du semblant ! (Seuil, p.71) . Deux ans plus, il dira un peu même chose à propos de Sainte Thérèse d’Avila ! Dans votre bibliothèque, les Ecrits de Jacques Lacan sont à ranger entre Sainte Thérèse et Guyotat, pas ailleurs. 

Enfin,  je ne saurais trop recommander l’exposition Quantum (in search of the invisible) , qui se tient dans un lieu trop peu connu des Bruxellois eux-mêmes, 30 quai des Marchandises à Molenbeek, je veux parler de iMAL , centre d’exposition et de recherches sur l’art et les nouvelles technologies, en particulier les technologies digitales. Dirigé par le très dynamique et compétent Yves Bernard , iMAL vient de rouvrir ses portes dans un bâtiment agrandi et rénové avec une exposition conçue en collaboration avec trois autres institutions culturelles européennes et le CERN de Genève. Dans ce haut lieu d’études de la physique quantique, des artistes ont été accueillis en résidence, dont les travaux fort originaux sont présentés à l’occasion de cette exposition . J’ai retenu plus particulièrement les oeuvres de deux de ces artistes: la Cascade du Sud Coréen Yunchul Kim, et A state of Sin de l’Anglais James Bridle. Impressionnante installation en trois parties basées sur la détection des particules dites muons, qui impulsent  dans d’élégantes  tubulures transparentes de 18 mètres un mouvement fluide de très fines bulles, traduites  à leur tour en lumière dans une manière d’énorme  lustre baroque, Cascade est une remarquable démonstration de la fécondité  artistique possible de l’invention scientifique.  A state of Sin de l’Anglais James Bridle est plus ludique, plus ironique, à témoigner des limites  logiques de la computorisation: sur la face de huit petits robots d’allure très sympathiques , s’allument autant de chiffres entre 1 et 9. Ceux-ci sont produits par des mesures diverses et variables: hydrométrie, luminosité, température, onde sonore, circulation de l’air,…, le tout composant un nombre aléatoire. C’est que, en dépit de ce qu’on pourrait imaginer, rien n’est plus difficile que de produire un nombre aléatoire . Cela est même rigoureusement impossible à programmer, sauf à se brancher sur des objets du monde sans rapport aucun les uns avec les autres.