Vendredi 13 novembre

 

TREIZE  – Eviter d’être treize à table, ça porte malheur. Les esprits forts ne devront jamais manquer de plaisanter: « Qu’est-ce que ça fait? Je mangerai pour deux. » Ou bien, s’il y a des dames, de demander si l’une d’elles n’est pas enceinte.  (Gustave Flaubert, Dictionnaire des idées reçues )

Samedi 7 novembre

De l’écrivain hollandais Cees Nooteboom, dont je n’ai, à tort me dit-on, guère lu grand chose jusqu’ici, vient de paraître en traduction française Venise, le lion, la ville et l’eau (Actes Sud éd.). Il me donne l’occasion de me projeter un an en arrière  à la même époque, où avec ma fille cadette, j’avais passé quelques jours délicieux là où des hommes ont fait une chose impossible, sur ces quelques lambeaux de terre marécageuse inventer un antidote, une formule magique contre tout ce qu’il y a de laid au monde, comme l’écrit joliment Nooteboom.

Nooteboom partage avec moi la même admiration inconditionnelle pour La tempesta de Giorgione. Dans de belles pages, il dit son désir profond et irrationnel d’être admis à pénétrer dans ce tableau énigmatique, de le traverser pour revenir ensuite, hâtif et inquiet, vers cette jeune femme pour rester avec elle , changé en matière picturale et pourtant invisible, homme peint à côté d’elle dans l’herbe et ayant part à son secret. Pour ma part, j’ai réalisé ce désir au cours d’un rêve voluptueux fait dans mon adolescence,  rêve dont j’ai parlé au premier chapitre de mon livre Un musée imaginaire lacanien, dans lequel j’ai  raconté aussi  la véritable commotion qu’avait suscitée en moi la rencontre de ce tableau conservé à l’Academia de Venise. Tout comme pour Nooteboom, La Tempesta avait une signification, une signification qui me concernait, et je ne savais pas laquelle. A plusieurs reprises, je suis revenu sur elle, dans la réédition augmentée de mon livre, ou ici même, à travers ce blog (le 25 mars 2015). En ai-je percé à présent tout le mystère? Ce serait bien présomptueux. Ainsi Nooteboom met-il le doigt sur un détail qui n’avait pas jusqu’ici retenu mon attention: les feuilles délicates d’un petit buisson se dessinent presque comme un tatouage sur la peau nue de la jeune femme.

Je lis aussi en ce moment Le bonheur, sa dent douce à la mort, l’autobiograhie philosophique de Barbara Cassin (Fayard éd.). C’est un beau livre adressé à son fils, à travers lequel Barbara Cassin s’emploie à transmettre comment sa passion conjuguée de la philosophie et de la langue se nouent au plus intime de son existence, et l’irrigue et la soutient autant qu’elle s’en nourrit en retour. On y croise René Char, Heidegger, Alquié, Michel Deguy, Jean Bollack, Badiou, Lyotard, Alain Rey, Lacan. Mais c’est surtout un hymne au bonheur de vivre,  jusque dans ses moments les plus cruels, où vient résonner le vers de Rimbaud qui donne son beau titre à l’ouvrage.

Jeudi 22 octobre

 

Halte à la sinistrose ! Au moins le temps de lire Judas côté jardin signé Juan d’Oultremont (éd. Onlit ). Un bouquin épatant, hilarant et touchant, un chef d’oeuvre d’autodérision qui tient du Bildungsroman mais qui va allégrement à rebours du torrent de littérature auto (serait-elle autofiction), égologique, plaintive, poussive, thérapeutique, qui déferle.

Ca commence comme l’histoire du monde, dans un jardin…Dans le grand jardin de la maison familiale, qui tenait bel et bien du paradis pour Judas, et où tout ce qui ressortait du monde extérieur apparaissait comme autant de menaces à ses yeux d’enfant. Sur cet Eden de 40 ares, règne avec un soin jaloux, quasi militaire, Henri, le père de Judas, alias Dieu.

C’est que, entre ses 2 et 12 ans, Judas a tout bonnement cru que son père et Dieu ne faisaient qu’un. Pas un dieu au hasard ! Non. Dieu. Le seul . L’Unique. Celui de la Chapelle Sixtine et des chansons du Golden Gate Quartet ! Certes Dieu a aussi des allures de James Bond, et quelque ressemblance avec le chanteur Camillo; il a des parents, et une femme de quelques jours plus âgée que lui, ce qui dément l’histoire sainte selon laquelle Dieu créa la femme; il est ingénieur chez IBM; il souffre des sinus;  mais qu’à cela ne tienne, il suffit du Jardin, son Grand Oeuvre, pour ne pas douter de son statut.

Adulte, Judas avait tout oublié de sa méprise. Elle lui revient d’un coup, un demi siècle plus tard, à l’écoute du Journal télévisé. Il y est question des attentats à l’aéroport de Zaventem et au métro Maelbeek.  Comment Dieu a-t-il pu laisser faire une chose pareille ? se demande une petite dame à l’air égaré. Judas sort de son amnésie comme d’un coma, émergeant tel un plongeur retrouvant la surface après une trop longue apnée. Comment avait-il pu ainsi gommer ce qui avait été l’axiome fondamental de son existence dix années durant ? Et comment Diable -si je puis dire- avait-il cessé d’y croire, sans même s’en apercevoir ?

C’est à travers la cartographie minutieuse de ces 40 ares, établie en 4O séquences spatio-temporelles, drôlatiques même quand elles touchent, pudiquement, au drame,   que Judas entreprend la reconstitution de cette enfance, qu’il n’a en vérité jamais complétement quitté. D’ailleurs il est revenu vivre dans ce lieu miraculeusement préservé au coeur d’une commune en proie à une frénétique  spéculation immobiliaire, un ilôt improbable où il cohabite toujours avec un père  inoxydable et bientôt centenaire. Et Judas a beau s’en moquer tant qu’il peut, celui-ci continue de l’épater.

Quand donc Henri et Dieu ont-ils cessé de se confondre ? Judas n’en sait trop rien. Mais un événement mémorable -un véritable crash test !- a provoqué  en lui une onde de choc, qui l’a révolutionné et décidé de la suite de son existence. Autour de sa dixième année, Judas accompagne ses parents à une représentation théâtrale, celle de Cyrano de Bergerac que jouent les rhétoriciennes de l’Institut de la Vierge Fidèle, où étudie sa soeur.  Ce Cyrano, dont tous les rôles sont tenus par des adolescentes, ce n’est plus du théâtre, c’est de la nitroglycérine. Pour la première fois, je sens mon corps tout entier monter dans les tours. Mis en demeure. Sommé de répondre à un ordre étranger et impérieux. J’ai la chair de poule. Ce qui m’ébranle, ce n’est pas tant que ces filles se battent, se frôlent et se courtisent dans des costumes de galantes ou de mousquetaires, mais plutôt la conscience de voir se composer sous mes yeux un mélange aussi instable qu’explosif. L’impression malgré les murs défraîchis de la salle des fêtes qu’un souffle chaud et vivant descend de la scène et se répand comme un gaz lourd et sulfureux. Et quand vient la scène du baiser de Roxane et de Christian, mes ongles viennent se planter dans le vernis usé des accoudoirs.(…) Et à l’instant où les lèvres des deux adolescentes se frôlent, je suis soudain pris de panique. A la façon d’une bête folle, mon sexe s’est redressé dans mon pantalon, si fort que je suis obligé de rectifier ma position au fond de mon siège. (…)

Judas n’est pas le premier garçon surpris et troublé par l’animation soudaine de son organe. Mais le plus intéressant reste à venir.  Ce sont les conséquences de cette érection inattendue: Je suis à cet instant l’objet d’une illumination. La machine qui vient de s’animer sous mes yeux, et qui combine  le mensonge, le sexe, la mort, les histoires, la reconnaissance, le doute, la vraisemblance, n’a pour vocation, j’en suis certain, que de SEMER LE TROUBLE.   Un objectif qui sonne comme une tirade de théâtre et qui mêle la botanique et l’émotion. Dès cet instant, un objectif ne va plus me quitter, je suis résolu à le semer moi aussi. (…) Je viens de choisir mon camp. Je ne vais plus en changer. Je me souviens m’être tourné vers mes parents assis à ma droite, avec une forme de morgue peu en rapport avec mon âge. Mieux valait ne pas leur en parler maintenant, ils n’étaient pas en mesure de comprendre. L’idée que je devienne artiste les effrayerait. Après tout, ce n’étaient jamais que des jardiniers. Peut-être mon père considérerait-il ce projet comme une concurrence suspecte, la fameuse trahison associée à mon prénom. Peut-être même craindrait-il qu’artiste, je devienne plus célèbre que lui, plus vénéré, plus porté aux nues. 

Ainsi le trouble éprouvé dans son corps par Judas, comme sommé de répondre à un ordre étranger, se transmue-t-il en une véritable révélation: celle de sa vocation d’artiste. Avec une victime collatérale:  la figure paternelle en prend un sacré coup ! Mais quelle plus belle définition du rôle de l’artiste que celle-là: semer le trouble. Comme son double Judas, Juan d’Oultremont s’y emploie à merveille, lui dont la devise est de faire ce que personne ne lui demande de faire et d’apparaître là où on ne l’attend pas !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vendredi 16 octobre

 

J’ai été ravi de participer à un débat auquel mes collègues liègeois de lACF-Belgique m’avait convié ce mercredi au cinéma Le Parc à Droixhe, après la projection du film d’Emmanuel Mouret  Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait. D’autant plus ravi que  jusqu’au jour même, il n’était pas assuré qu’elle puisse avoir lieu. Les temps sont durs pour le cinéma, et pour tout ce qui concerne la vie artistique et intellectuelle.  La semaine prochaine, je suppose que c’était cuit !

Entre les choses qu’on dit et les choses qu’on fait, il y a les sentiments. Et toute la gamme des affects complexes, mouvants, contradictoires, violents qui traversent les hommes et les femmes, spécialement quand il s’agit d’amour et de désir.  Le senti ment, équivoquait volontiers Lacan, et cela se vérifie, ô combien, à travers le film d’Emmanuel Mouret. Il y a les choses qu’on dit, celles qu’on ne dit pas ou à moitié, celles qu’on dit mal -ce qu’on dit ment !- , il y a les choses qu’on fait, ou qu’on ne fait pas, ou de travers, celles qu’on aurait dû dire ou pas, celles qu’on aurait dû faire ou pas, etc. Bref, il s’agit d’un film sur le malentendu, d’autant plus sensible que les protagonistes se tuent à essayer de l’éclaircir,  de le contourner, de le réparer, sans jamais y parvenir sinon au prix d’un nouveau malentendu, qui le porte à une puissance seconde. Un film très röhmérien, un conte cruel et tendre à la fois, et une histoire  dont je me demandais tout de même comment l’aurait traitée Ingmar Bergman ou Cassavetes.

C’est en effet plutôt le ton de la comédie qui l’emporte ici. Pourtant, dans une scène au moins, nous sommes au bord du drame. Louise, l’épouse trompée de François, qui s’est jurée d’attendre patiemment que son mari se lasse de sa rivale, et multiplie toutes les marques d’attention à son égard, se trouve soudain au bord du passage à l’acte meurtrier ou suicidaire. François, endormi, ne s’est aperçu de rien, ce qui est chez lui comme une vocation.

Louise et François ne sont pas les personnages centraux. Ceux-ci, Daphné et Maxime, se racontent leurs histoires d’amour respectives. Ce faisant, elles s’enchâssent subtilement,  dessinant une trame qui se referme sur eux, et  dans laquelle chacun de leurs partenaires vient prendre place, jusqu’à ce qu’ils apparaissent peu ou prou comme ficelés, sans le savoir,dans  les mailles de la même nasse. Pour Daphné, qui est enceinte de François, et qui n’aime rien tant que les histoires d’amour des autres, Maxime devient irrésistiblement celui à travers lequel elle ne peut plus se cacher qu’elle n’aime François que par défaut. Et  Maxime, obsessionnel embarrassé toujours en retard d’une guerre,  retrouve en Daphné la figure récurrente de celle qu’il va laisser lui échapper, comme il a laissé s’échapper Victoire, comme il a laissé s’échapper Sandra, pour un autre à chaque fois.

Tombons-nous amoureux par le jeu du pur hasard ? Par affinités électives ? Par intérêt ? Par convention ? Quels sont donc les ressorts de la rencontre amoureuse? Vieille question, qu’agite volontiers Sandra, par qui les défenses de Maxime  ont été durement ébranlées. De tous les protagonistes, Sandra est sans doute celle qui s’en tire le mieux, à toujours rappeler les droits du désir.  C’est sa cause, et rien ne l’en détourne. Noblesse de l’hystérie.

La fin du film, d’une ironie parfaite, montre bien qu’il n’est jamais de rencontre que manquée, et que le sort commun est le malentendu. Daphné y aperçoit en effet Maxime sur un marché de Noël.  Va t’il l’apercevoir lui aussi ? Mais non, le voici rejoint par Victoire…enceinte jusqu’aux dents, comme Daphné, mais des oeuvres d’un autre ! Le sort de  chacun de nous est d’être né malentendu,  disait volontiers Lacan. Ces deux grossesses ne le démentent certes pas.

 

 

 

 

 

 

Mardi 6 octobre

M’enfin ! Si je tenais encore la chronique que j’ai tenue naguère sous ce titre sur le site de Lacanquotidien, je m’en donnerais à coeur joie à propos de l’incroyable interview de Jacques Van Rillaer ce midi  à la RTBF au cours de l’émission « Un jour dans l’histoire » sur les ondes de la Première. J’écoute de temps à autre cette émission, souvent fort intéressante et documentée, de sorte que j’étais stupéfait d’y entendre aujourd’hui s’y déverser ce flot ininterrompu de vitupérations à l’endroit de Freud et de  la psychanalyse, cette invention -qui, bien sûr,  n’en est pas une.

A supposer que j’eusse été convié à cette émission, je me serais bien gardé de toute tentative de contredire le bonhomme, qui d’ailleurs ne m’en aurait certainement pas laissé l’espace, tant son acte d’accusation était enflammé, mais je me serais fait un plaisir de le cuisiner sur les  pratiques de conditionnement comportemental qu’il promeut, et pratique avec un succès formidable j’imagine. Mais je n’ai pas été convié à cette émission, ni aucun autre émule de ces charlatans qui ont nom Freud ou Lacan.

Les temps n’ont décidément pas changé: en janvier 2012, alors qu’était en dépôt sur la table du Parlement un projet de loi fort inquiétant concernant la psychothérapie, un article, paru dans le Soir à propos du rapport annuel de la Sûreté de l’Etat, apprenait  que la psychanalyse était dans le collimateur de celle-ci ! Elle avait été rangée dans ledit rapport parmi les pratiques sectaires au côté de l’Eglise de Scientologie!  L’ Avant-blog de ce site en fait foi -,  une des choses qui m’ont déterminé à tenir ce blog fût le refus du Soir de publier une réaction de ma part à cette inquiétante nouvelle. Il est vrai que, quelques années plus tôt déjà, le même journal n’avait pas daigné m’octroyer un droit de réponse à une diatribe endiablée contre la psychanalyse signée…Van Rillaer!  Je m’étais dit alors: qu’à cela ne tienne, je ne m’arrêterai pas à cette censure, un blog fera l’affaire, ce sera en somme une sorte de samizdat.

Je ne perdrai donc certainement pas mon temps à demander à la RTBF quelque mise au point. Finalement, si je tenais encore cette chronique M’enfin, j’y parlerais bien plus volontiers de Gaston. Non pas du cher Lagaffe cette fois, mais d’Hugo Gaston, ô combien sympathique révélation de Roland Garros 2020 !

 

 

Samedi 3 octobre

 

Ni révolte ni indignation. Ni même tristesse. Juste un constat: ce que nous délivre l’actualité est consternant. Constat et consternation constellent tellement qu’on s’en prend d’admiration pour les pouvoirs de la connerie. Prosternons-nous devant la connerie, élevée à l’ère de la post-vérité, au rang d’un des beaux-arts Cap au pire, jusqu’à ce qu’il fasse rire, comme disait Beckett. Car la question aujourd’hui semble bien se résumer à ce que Philippe Lançon écrivait  dans le numéro de ce  jeudi 1er octobre de Libération -qui ouvrait ses colonnes à Charlie Hebdo- : Avoir envie de rire, surtout quand ce n’est plus drôle.

Philippe Lançon, qui a survécu à la tuerie d’il y a cinq ans, retrace dans ce numéro l’histoire de sa collaboration à Charlie. Cinq ans plus tard, se tient  précisément le procès des complices présumés des tueurs. Un anniversaire fêté par un nouvel attentat visant le journal, oeuvre d’un idiot qui s’était rendu sur les lieux de son ancienne adresse. Bilan: deux personnes gravement blessées, ce dont certains n’hésitent pas à tenir Charlie pour responsable, car ils ont reproduit les caricatures de Mahomet à l’origine de la tuerie.

C’est que la liberté de la presse n’est plus le souci de grand monde. Y compris dans la presse. Libé excepté, il est affligeant de voir le peu de place accordée dans celle-ci au procès en cours. Tout comme il est affligeant de ne pas voir les journalistes se mobiliser autour d’un autre procès, particulièrement inquiétant pour leur profession, je veux parler du procès de Julien Assange à Londres.

Le procès des complices des attentats d’il y a cinq ans fait l’objet d’une chronique quotidienne de Yannick Haenel , qu’on peut suivre sur le site de Charlie. Je recommande hautement cette lecture, à travers laquelle se dessine la toile glauque des multiples ramifications qui ont conduit aux assassinats conjugués de Charlie et de l’Hyper Casher. Un monde de haine primaire, médiocre et lâche, où on ne respire que le mensonge, un monde fait aussi de connerie sans nom. Les bras en tombent quand on lit par exemple ceci, survenu au vingtième jour du procès: quelques uns des accusés rient dans leur box; ils lisent le dernier numéro de… Charlie. Et ce n’est vraiment pas drôle.

Pas drôle non plus, mais pas moins consternant de chez consternant: la nomination du nouveau secrétaire d’Etat à l’asile et la migration dans le Royaume de Belgique, un certain Sammy Mahdi. On se disait que le nouveau gouvernement ne pouvait certes pas être pire que les précédents. Parité hommes-femmes. Quelques écolos. Plus de l’épouvantable Maggie De block à la Santé. Et puis ce comble de perversité: un fils d’exilé irakien promu à l’asile et à la migration pour faire le sale boulot, et qui salue fièrement la politique « ferme mais humaine » -tu parles !-  de son prédécesseur, le cher Théo Francken.

Nous avons l’art – et rien de plus je le crains- pour ne pas mourir de la post-vérité, dirai-je en paraphrasant Nietzsche.  Charb, Wolinski, Cabu, Honoré, help !

Jeudi 24 septembre

 

Libres contours, aspects du territoire ouvre aux Abattoirs de Bomel la nouvelle saison d’expositions du Centre Culturel de Namur. Je suis très attaché à celui-ci, pas seulement parce que j’ai eu le bonheur d’y monter moi-même des expositions, et que Marylène Toussaint, sa directrice, est une amie, mais parce que c’est un lieu où règne une atmosphère  trop rare dans les lieux « institutionnels », vivante, accueillante, joyeuse, une ruche où dans une fertile agitation se croisent visiteurs, artistes en résidence, enfants du voisinage, participants à des ateliers variés.

Cette nouvelle exposition, très intelligemment conçue par Emmanuel d’Autreppe, réunit des photographes confirmés ( Xavier Istasse, Nicolas Bomal) et de jeunes talents remarquables, parmi lesquels j’ai épinglé surtout les noms de Melanie Patris, Clyde Lepage, Florian Tourneux. Plus le Collectif Aspeëkt, dont la cheville ouvrière, Jean-François Flamey, est en outre un des piliers des Abattoirs, et un passager clandestin en la personne de François de Coninck, invité de dernière minute par Emmanuel d’Autreppe.

Les territoires explorés par chacun de ces artistes conjuguent le plus intime et le plus lointain, le familier et l’étrangeté, le local et le nomade. En dépit du trajet imposé au visiteur -covid oblige- pour les parcourir, c’est une surprenante promenade que cette exposition, mi narrative mi allusive, à travers laquelle dans la Wallonie s’en vient  bruisser le « murmure du monde » , comme le dit joliment Mélanie Patris.

J’aurais du en parler plus tôt, car elle se termine bientôt; il est donc urgent d’aller voir à la MAAC (Maison d’art actuel des Chartreux, rue des Chartreux à Bruxelles) l’expo de Florian Kiniques. Elle constitue le second acte d’une recherche scénographiée autour d’une sculpture absente, oeuvre de Jacques de Brakeleer, sculpteur anversois mort en 1909. Cette sculpture est la propriété du Musée d’Art Ancien de Bruxelles, et s’appelle L’Attente.

Un jour, dans une brocante, Florian Kiniques découvre une vieille reproduction de cette sculpture, qui l’intrigue, et il se rend au Musée. Problème: elle n’y est pas visible. Il semble bien qu’on ignore même où elle est entreposée dans les réserves. A sa demande réitiérée d’y accèder, Florian n’obtient qu’une fin de non recevoir.  L’Attente n’en devient progressivement pour lui qu’un objet plus précieux. Il en traque et en interroge les traces. La sculpture de De Brakeleer devient l’objet de sa propre attente, dont il archive les étapes et dessine les entours. Une première exposition il y a deux ans à la galerie Eté 80 n’était que le point de départ d’une enquête qui prend à présent l’allure d’un jeu de pistes très savoureux, qu’on ne peut que rapprocher de la fiction du Musée d’Art Moderne de Marcel Broodthaers, fait au départ de cartes postales de peintures du XIXème siècle et de caisses vides. Pour être profondément ironique, cette seconde exposition n’en est pas moins  toute en délicatesse, comme on s’en émerveillera dans la dernière salle où Florian Kiniques surprend par une installation d’une lumineuse beauté, qui donne à la sculpture de de Brakeleer une inattendue descendance. On en attend la suite, l’exposition ayant pour titre trois petits points malicieux: …

 

 

 

 

Dimanche 13 septembre

 

En préparation des prochaines Journées de l’Ecole de la Cause Freudienne, des textes sont publiés  sur le site www.attentatsexuel.com,  réunis au titre de « boussoles cliniques ». Voici ma contribution à cette série

Artemisia


Dans le programme iconologique qui se déploie après le Concile de Trente, une image deutérotestamentaire est particulièrement privilégiée: celle de Judith et Holopherne. Certains peintres saisissent les instants qui précèdent le crime; d’autres ceux qui le suivent:  Judith tenant dans les mains la tête tranchée d’Holopherne, ou sa servante la glissant dans un sac; quelques-uns  représentent l’acte même de la décapitation.

Parmi ces derniers, le tableau le plus célèbre, daté de 1598 et conservé à Rome au Palazzo Barberini, est l’oeuvre de Caravage. Très vraisemblablement de sa main, une autre version, datée de 1607 en  fut découverte récemment à Toulouse, qui saisissait aussi le moment  où Judith tranche la tête d’Holopherne.
En 1613, trois ans après la mort de Caravage, Artemisia Gentileschi s’attaque au même sujet. A son tour elle en produira deux versions. La première est conservée à Naples au Musée Capodimonte, la seconde au Musée des Offices à Florence. Toutes deux sont dignes de son illustre prédécesseur, dont elle s’inspire certes, mais que, loin de copier, elle parvient à rejoindre dans le génie.

Si l’image de Judith décapitant Holopherne était ainsi prisée, c’est qu’elle symbolisait le triomphe de la Contre-Réforme sur le luthéranisme. Mais pour Artemisia, la scène faisait vibrer d’autres résonances, directement liées à son drame personnel. Fille du peintre Orazio Gentileschi, elle avait en effet été violée par un des confrères de celui-ci, Agostino Tassi, qui partageait son atelier. Dans chacun de ses tableaux, elle représente le général assyrien sous les traits de celui-ci, et elle-même se met en scène à la fois sous les traits de Judith et ceux de sa suivante.

Artemisia prend ainsi une certaine distance avec le récit biblique, de même qu’avec Caravage, son modèle, où la suivante  apparait comme une femme plus âgée. Là où celle-ci était représentée par Caravage assistant à la scène, elle est dans les deux tableaux  d’Artemisia tout-à-fait partie prenante, aidant Judith à maintenir sur sa couche Holopherne, qui lui-même tente de la saisir à hauteur de la gorge. En se dédoublant ainsi à travers les deux personnages féminins,  Artemisia peint donc une scène de lutte intense, violente, dans laquelle se donne à voir tout à la fois le viol et  la vengeance.

De la scène du viol lui-même, nous avons par ailleurs la description précise. En effet, le père d’Artemisia déposa plainte devant le tribunal papal contre Agostino Tassi, et les minutes des dépositions d’Artemisia nous sont parvenues: « Il ferma la chambre à clef et après l’avoir fermée il me jeta sur le bord du lit en me frappant sur la poitrine avec une main, me mit un genou entre les cuisses pour que je ne puisse pas les serrer et me releva les vêtements, qu’il eut beaucoup de mal à m’enlever, me mit une main à la gorge et un mouchoir dans la bouche pour que je ne crie pas et il me lâcha les mains qu’il me tenait avant avec l’autre main, ayant d’abord mis les deux genoux entre mes jambes et appuyant son membre sur mon sexe il commença à pousser et le mit dedans, je lui griffai le visage et lui tirai les cheveux et avant qu’il le mette encore dedans je lui écrasai le membre en lui arrachant un morceau de chair. »
( Eva Menzio, Artemisia Gentileschi, Lettres précédées par les Actes d’un procès de viol, Milan, 2004.)

Tassi nia bien entendu ces allégations, tantôt arguant du consentement d’Artemisia, tantôt sous entendant qu’elle s’était donnée à d’autres, tantôt prétendant s’être épris d’elle. En réalité il lui avait promis le mariage pour la faire taire. Contrainte à des examens gynécologiques très humiliants, Artemisia fut aussi mise au supplice  douloureux des « sibili » , cordelettes serrées autour des phalanges, comme il était d’usage à l’égard des plaignants comme des accusés. Difficile d’imaginer plus cruelle épreuve pour une femme peintre. Elle n’en maintint pas moins ses accusations.

Ce n’était ni le premier ni le dernier forfait de Tassi, loin de là. Arrivé à Rome quelques années plus tôt en compagnie de sa belle soeur âgée de 14 ans qu’il avait engrossée, il fuyait Livourne où il était soupçonné d’avoir voulu assassiner sa femme! Pour ces faits révélés au cours du procès, il risquait la peine de mort  ou les galères bien davantage que pour le viol d’Artemisia.  Condamné dans un premier temps, non à la mort mais à un an de prison et cinq ans d’exil, il fut  cependant gracié assez rapidement sur l’entremise du prince Scipio Borghese, son protecteur.

Pour se faire justice, Artemisia eut donc recours à la peinture. Deux tableaux ne furent pas de trop pour régler son compte à son violeur, qui y était  aisément reconnaissable.  Elle peignit en outre d’autres tableaux représentant Judith et sa servante tenant la tête tranchée d’Holopherne dans un panier. Ajoutons trois toiles représentant le suicide de Lucrèce et une quatrième son viol des oeuvres de Tarquin. Et puis surtout une oeuvre d’une puissance incroyable,  conservée au Musée des Beaux-Arts de Budapest, reprenant un autre épisode biblique, tiré du Livre des Juges:  Yael et Sisera. Comme Judith tue Holopherne, Yael tue Sisera, autre soldat ennemi d’Israel,  en lui enfonçant un clou dans la tête !

Le choix de ce dernier sujet est particulièrement intéressant. En effet, un meurtre semblable et retentissant a eu lieu à Rome en 1599: celui de Francesco Cenci, assassiné à coups de marteaux par sa seconde épouse et ses trois enfants, dont l’ainée Béatrice. Homme particulièrement violent et immoral, Francesco Cenci avait tenté de violer celle-ci. La justice papale est cependant sans pitié, et condamne tous les meurtriers à la mort, excepté le plus jeune frère. Cette exécution   révolte le peuple romain, qui fait de Béatrice le symbole de la résistance à une aristocratie décadente et cruelle. Un très beau portrait d’elle nous est parvenu, oeuvre tantôt attribuée à Guido Reni, tantôt à une autre artiste femme, bolognaise, Elisabetta Sirani. Il est peint de longues années après l’exécution, mais n’en témoigne que mieux de combien elle a marqué les esprits. Il est clair que le souvenir de Beatrice Cenci est aussi à l’horizon du Yael et Sisera peint par Artemisia en 1620.

Artemisia sut surmonter l’épreuve du déshonneur qu’elle avait encouru. Le procès terminé, elle se maria, s’émancipa de la tutelle artistique de son père, et  quitta Rome pour Florence,où elle fut la première femme admise à l’Académie del Desegno fondée par Vasari en 1563. Elle donna le jour à quatre enfants, dont  trois décédèrent très jeunes, se sépara de leur père, eut des amants, dont l’un d’eux lui donna une autre fille. De Florence, elle revint à Rome pour aller ensuite à Venise, à Gênes, à Mantoue;  rejoignit  son père en 1638 à la cour d’Angleterre, où il décéda un an plus tard; enfin en 1641, elle regagna l’Italie pour s’installer à Naples jusqu’à sa mort en 1653.

Ce fut donc une femme libre, une liberté qu’elle ne dut qu’à elle-même et à son exceptionnel talent. Non pas la première des femmes peintres de la Renaissance – il y en eut peu, mais il y en eût d’autres- mais à coup sûr la plus originale et la plus courageuse. Si elle s’est peinte en Judith, elle n’a pas hésité non plus à se prendre elle-même pour modèle et à se dénuder dans certaines  oeuvres comme Suzanne et les vieillards  (collection Schönborn ) ou dans son Allégorie de l’Inclination de la Casa Buonarroti à Florence.

A la peinture qui était sa raison de vivre, elle donna son visage: dans son magnifique Autoportrait en Allégorie de la peinture, de la Collection Windsor, d’une grande modernité, elle se représente de profil, toute entière tendue vers la réalisation d’une peinture complètement hors champ. Mais en même temps, elle se penche vers nous, l’avant bras appuyé sur une tablette , et c’est comme si elle  même allait sortir du cadre du tableau. Selon l’iconologie codifiée par Cesare Ripa, elle tient un pinceau d’une main et une palette de l’autre, ainsi qu’un petit masque en pendentif. Mais dans une autre Allégorie de la peinture, conservée au Mans au Musée Tessé, bas les masques, bas les armes ! Voici Artemisia endormie à même le sol,  très négligemment recouverte d’un drap qui ne cache guère son corps dévêtu; la palette, les pinceaux et le masque trainent à côté d’elle. Serait-ce là ce qu’elle est occupée à peindre dans le tableau de la collection Windsor ?  Le hors champ de toute peinture, le corps d’une femme qui n’est allégorie de rien d’autre que de son propre mystère, comme Giorgione sut le faire dans sa Venus endormie, ou Courbet dans L’Origine du monde.

Vendredi 11 septembre

 

Si le pape le dit, alors là !… Le plaisir sexuel est un plaisir divin : voilà ce que François 1er a répondu à Carlo Petrini, à qui il a accordé récemment plusieurs entretiens. Petrini est un gastronome, de sorte que les questions portaient d’abord  sur le plaisir de manger. Le pape dit son admiration pour Le festin de Babette, ce magnifique film danois inspiré d’une nouvelle de Karen Blixen. Un banquet qui est un hymne à l’amour, dit-il. Il se garde bien d’ajouter que c’est aussi un pied de nez au luthérianisme, mais on l’aura compris sans peine. L’austérité n’est pas pour le brave Bergoglio, qui enchaîne : « Le plaisir de manger, comme le plaisir sexuel,  arrive directement de Dieu !  Il n’est ni catholique ni chrétien, il est simplement divin. La morale bigote est une mauvaise interprétation du message chrétien, qui a fait d’énormes dommages ».  On en a excommunié pour moins que ça !

Ce message papal fait cependant moins de bruit que les dénonciations dans le style « balance ton porc », qui se multiplient sur les réseaux sociaux et sont complaisamment rapportés sur les chaînes de radio et de télévision.  « Balance ton rappeur », voilà  le nouveau cri de ralliement, devenu « balance ton frère » à l’adresse de la chanteuse Angèle à propos de son frangin. Ceci me rappelle désagréablement l’époque de l’affaire Dutroux, et l’appel à la délation généralisée des soupçons de pédophilie lancé par un juge d’instruction de Neufchateau. Au  cours d’un débat public où je m’étais inquiété de telles pratiques, je m’étais entendu rétorquer par un autre invité: « Je préfère la délation au crime » ! Peut-être est-il temps de rappeler que la diffamation est aussi un crime. Le combat féministe contre la violence sexuelle est parfaitement légitime. Pas ces pratiques vengeresses et dangereuses, le plus souvent anonymes. qui font signe d’un amour fasciné de la jouissance dénoncée.

 

 

 

Mardi 25 août

 

Voici six mois que cette épidémie a débarqué en Europe, à propos de laquelle on a entendu tout et le contraire de tout. Et c’est loin d’être terminé. Cependant le fameux « monde d’après » se dessine. En vérité, les plans en sont dressés depuis pas mal de temps, ce sont ceux de la quatrième révolution industrielle, stade suprême du capitalisme, et le Covid 19 représente une opportunité presqu’inespérée pour l’accélération de sa mise en oeuvre. Telle est la conviction résolue de l’économiste allemand Klaus Schwab, le fondateur  et président exécutif de la grand messe du forum de Davos, là où se retrouvent les décideurs les plus influents. Le thème du prochain forum, convoqué pour janvier 2021 sera Covid 19: the great reset . Traduction : la réinitialisation ou mieux: la remise à zéro.     Automatisation, informatisation et robotisation générales: voilà la recette du reset. Rien d’autre que ce que Michel Houellebecq pointait comme l’obsolescence des rapports humains.


Nous y sommes déjà. Gestes barrière, distanciation sociale: ces affreuses expressions disent fort bien ce qu’elle disent : barrière aux gestes, adieu à la socialité, ce sont les corps qu’il s’agit de mettre au pas. Place aux muselières. Un curieux néologisme est né – présentiel- tel un nouveau concept prenant le pas sur le phénomène désormais suspect de la présence réelle. Pourquoi cette surenchère dans les mesures de protection, sinon pour faire oublier l’incurie générale des autorités sanitaires au début de l’épidémie et l’incohérence des mesures prises successivement à la levée du confinement ?

Oh! ne désespérons pas: on nous promet le salut par le vaccin. Rien n’est moins sûr cependant, même à supposer qu’il soit disponible dans un délai rapide. Evidemment, une course effrénée est lancée, bien moins  à la protection des populations qu’au jackpot que représenterait sa production pour les laboratoires. Il est tout de même permis de se demander si les sommes colossales investies dans sa recherche  ne seraient pas plus judicieusement employées au refinancement des hôpitaux publics et leur rééquipement en personnel et en matériel, ainsi qu’à la mise au point de traitements efficaces. On sait que pour le Sida, les milliards de dollars engloutis  dans sa recherche n’ont jamais débouché sur un vaccin, mais que finalement un traitement efficace a fini par voir le jour. Si la priorité avait été  la mise au point de celui-ci, combien de vies n’auraient-elles pas été sauvées ? Reste que le vaccin représenterait un fameux salut pour Donald Trump en vue de la présidentielle de novembre. Poutine aussi y compte pour doper sa popularité en baisse. Il aurait même dès à présent fait vacciner ses enfants. On leur souhaite un sort meilleur qu’à Alexei Navalny.

S’agissant du traitement du Covid 19, la polémique virulente autour de l’hydroxychloroquine est très révélatrice. D’un côté, un médecin marseillais, Didier Raoult,  jusqu’ici fort respecté,  fait fi des injonctions d’essais randomisés, et recommande l’usage d’un médicament bien connu pour son efficacité contre la malaria.  De l’autre, une cohorte d’experts, presque tous liés à l’industrie pharmaceutique. Ce médicament, peu coûteux, qui existe depuis très longtemps, et prescrit à des millions de personnes dans le monde, est soudain considéré par ces derniers comme dangereusement toxique, et son usage interdit en France.  Pourtant les résultats obtenus avec l’hydrochloroquine pour le Covid sont très favorables, à condition que le traitement soit appliqué dès le début de la maladie. Mais rien n’y fait, l’obsession des méthodologies évaluatives ne saurait être remise en cause.  Point d’orgue d’une campagne de désinformation impressionnante : la prestigieuse revue Lancet publie un article dézinguant Raoult sur la base de données complétement manipulées. Aucun profit à tirer pour les grandes firmes pharmaceutiques naturellement, à  l’usage d’un médicament ancien, passé dans le domaine public.

Comme on sait, toute cette période a commencé en Chine. L’alerte y avait été lancée par un jeune médecin chinois, qu’on tenta vainement de faire taire, emporté lui-même par la maladie ensuite. Wuhan, ville de plus de dix millions d’habitants, fut aussitôt confinée, et donc interdite d’accès à tout curieux.  Un marché fut rapidement repéré comme le lieu d’origine de la contamination à partir du pangolin. Le coupable était identifié. Le laboratoire militaire de recherches bactériologiques de Wuhan était donc hors de cause. Selon la généticienne Alexandra Henrion Caude, le séquençage du génome du Covid 19 fait cependant hautement douter de son origine naturelle. Enfin, le pangolin, qui risquait l’extinction, a été interdit de consommation. Heureuse nouvelle! Finalement, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, comme dirait le Candide de Voltaire. Il oubliait  simplement un mot important dans cette formule dûe à Leibniz, que Voltaire voulait moquer: le meilleur des mondes…possibles.

Dans ce meilleur des mondes possibles, le pangolin, dont raffolent tant les Chinois, était surtout traqué -illégalement-  en Côte d’Ivoire ou au Cameroun, d’où il était importé en Chine. Par quel chemin douteux ce sympathique animal finissait-il par se retrouver sur les marchés chinois? Peut-être transitait-il par Anvers, ou par un des ports « franchisés » dans le tiers monde que le port d’Anvers a rachetés, au Brésil notamment, comme une enquête édifiante de la revue Medor nous l’apprend, à partir de laquelle on comprend mieux comment Anvers est devenu la porte d’entrée numéro un de la cocaïne en Europe. Là-dessus, voyez aussi Over water, formidable série flamande disponible sur Netflix.