Mardi 29 janvier

Sur ce qu’on nomme les réseaux sociaux, on « partage ». Je partage, tu partages, nous partageons… Comme disait Monsieur Prudhomme, c’est mon opinion et je la partage!

Je partagerai donc ce que m’a inspiré la notion même de réseau à l’occasion d’une journée d’études de l’ACF-Belgique, qui s’est tenue la semaine dernière sur le thème: « Le réseau et l’exception ».

Le discours analytique et le réseau

Le réseau est certes un signifiant maître de notre temps, c’est-à-dire de l’âge de la science.
Son emploi s’est en effet imposé dès le début de l’ère industrielle, et il a été théorisé tout spécialement par Claude-Henri de Rouvroy de Saint-Simon, petit cousin éloigné du Duc de Saint-Simon, le célèbre mémorialiste du la fin du règne de Louis XIV et de la Régence. Sur les ruines de l’Ancien Régime férocement dépeint par celui-ci, Saint Simon voit poindre  un monde nouveau, le monde industriel (néologisme dû à sa plume) dont il va beaucoup contribuer à dessiner les avenues, qu’il  formule en termes de  réseaux.

L’argent, le transport, le savoir -réseaux financier (crédit) , réseaux de communication, (routes, chemins de fer, voies navigables, gaz, électricité) réseaux  d’enseignement-, tels sont les trois axes essentiels théorisés par Saint Simon,  à partir d’une même métaphore matricielle: celle de l’organisme. Les flux financiers, la circulation  des marchandises, et la diffusion des savoirs et des techniques sont pensés à l’image de la circulation sanguine qui irrigue les diverses parties de l’organisme et du système nerveux qui le parcourt et l’informe. L’usage du mot réseau s’est d’ailleurs introduit d’abord dans le domaine de la physiologie, pour désigner les  réseau sanguin ou  nerveux.
Le nouveau monde que  Saint Simon voit advenir et la société qu’il institue est  donc  pensé comme un corps, un tout organique et organisé par ce maillage réticulaire, dont la clé de voûte est la circulation. La circulation figure l’harmonie invisible du tout comme le cercle symbolise la perfection et le recommencement. Le réseau et l’infinie variété de ses connexions donne sens à cette harmonie et sa rationalité latente. Et la qualité d’une organisation sociale est proportionnelle à sa capacité à offrir des réseaux pour la circulation généralisée des flux qui la constitue et lui donne vie.

L’influence de Saint Simon et celle de ses disciples ne saurait être mésestimée. Multiforme, elle a irrigué, implicitement ou explicitement,  tous les grands courants de conception du corps social depuis 2 siècles, du socialisme de  Proudhon ou  Marx,  d’Auguste Comte (qui fut son secrétaire ) à Durkheim, fondateur de la sociologie, de l’historien Augustin Thierry (avec qui il rêve d’un Parlement européen)  jusqu’à  Isaiah Berlin, Hayek, théoricien du néolibéralisme économique contemporain ou Pierre Rosanvallon. En France, l’Ecole Polytechnique a été et est encore un temple du saint-simonisme.

Les effets de cette philosophie du réseau, pour reprendre le terme avancé par Pierre Musso, qui a consacré plusieurs ouvrages à Saint Simon et sa postérité, sont toujours vivaces. Et c’est sans doute dans le domaine de la santé qu’on peut aujourd’hui le mieux en prendre la mesure. Il y a un siècle, les politiques de santé publique visaient essentiellement à contenir les épidémies: tuberculose ou maladies vénériennes! Et pour ceux qu’on nommait les « aliénés », c’était l’asile. Aujourd’hui, en matière de santé mentale, les réformes se sont succédées qui toutes convergent vers le même idéal  d’un circuit et d’un réseau de soins à travers lequel la prévention, le traitement, ambulatoire ou résidentiel, la réhabilitation et la réinsertion socio-professionnelle assureraient la couverture efficace des situations les plus diverses. Avec quel succès? En vérité,  la question de savoir quel sont les effets sur les sujets de ces dispositifs -circuit thérapeutique, réseau de soins- est secondaire.  L’objectif d’un circuit, c’est d’abord que ça tourne, que le réseau soit opérationnel, que ça circule sans embouteillages. C’est, au plus simple,  la structure du discours du maître.

Reste que les nobles ambitions  affichées  se heurtent bien entendu à plus d’un obstacle, je ne l’apprends pas à cette assemblée. La réaction thérapeutique négative a encore de l’avenir dans un monde auquel s’adapter n’a déjà souvent que trop coûté à bien des sujets , un monde où le rêve saint-simonien de progrès, voire de salut par la science s’est surtout soldé par cette formidable galère sociale dans laquelle se lézarde l’être de l’homme « affranchi » de la société moderne, comme Lacan le formulait dès mai1948.

Quand, vingt ans plus tard, dans son Séminaire L’envers de la psychanalyse, Lacan formalise le discours analytique, il tente d’apporter sa réponse à ce malaise croisant dans la civilisation. L’envers de la psychanalyse, c’est le discours du maître, que la révolte étudiante de Mai 68 a ébranlé. Le discours psychanalytique, dit-il en s’adressant le 3 décembre 1969 aux étudiants du Centre Universitaire de Vincennes, complète le cercle qui pourrait peut-être vous permettre de situer ce contre quoi exactement vous vous révoltez. (Sém. 17, p.240).

C’est que le discours universitaire, qui est un avatar du discours du maître, met en place une nouvelle tyrannie, celle du savoir, un savoir disjoint de toute vérité, un savoir qui ne se veut en aucune façon troué, un Tout savoir que Lacan repère à l’oeuvre en particulier sous la forme de la bureaucratie aveugle en Union Soviétique. Le discours universitaire n’est pas à l’oeuvre seulement dans les établissements universitaires. Plus généralement Lacan considère comme la forme immanente  la plus générale du politique cette idée que le savoir puisse faire totalité. L’idée imaginaire du tout, telle qu’elle est donnée par le corps, comme s’appuyant sur la bonne forme de la satisfaction, sur ce qui à la limite fait sphère, a toujours été utilisée dans la politique, par le parti de la prêcherie politique. -nous retrouvons ici la métaphore saint simonienne de l’organisme. Quoi de plus beau, mais aussi de moins ouvert? Quoi qui ressemble plus à la clôture de la satisfaction? (Sém 17, p.33).
Et Lacan d’enchaîner: La collusion de cette image avec l’idée de la satisfaction, c’est ce contre quoi nous avons à lutter chaque fois que nous rencontrons quelque chose qui fait noeud dans le travail dont il s’agit, celui de la mise à jour par les voies de l’inconscient.
C’est par ces voies du travail analytique que pourrait  être éclairé cela contre quoi se soulèvent les étudiants en France et un peu partout en Europe en cette même année 68, cette nouvelle tyrannie du savoir, opacifiant ce qu’il en est de la vérité du désir. Telle est donc une des faces de la tâche politique de la psychanalyse, et du devoir qui lui revient en ce monde, selon le mot de Lacan en son Acte de fondation de l’EFP, A.E.

Les politiques bureaucratiques de santé mentale, telles qu’elles se mettent en place mondialement, s’inscrivent dans ce fantasme d’un savoir-totalité. Et à cet égard, l’usage du  signifiant réseau retient: comme le disait E.Laurent dans un texte préparatoire au Congrès Pipol 9, texte épinglé par Th. Van de Wijngaert voici quelques jours:
Le réseau est le mot magique, le schibboleth qui permet du point de vue du discours du maître d’articuler des individus, quelles que soient leurs pratiques, publiques ou privées, en groupe, en procession dans un discours commun. (…) La tâche du discours du maître est d’installer ses réseaux. La nôtre est d’apprendre que chacun s’y sente seul. ».

Que chacun s’y sente seul, autrement dit s’en excepte. L’exception s’oppose au réseau, comme à la règle, dont c’est la nature que de ne pas souffrir l’exception, comme disait joliment Jean-Luc Godard, retournant sur elle -même l’idée reçue que celle-ci confirme la règle.

Décompléter le réseau de soins dont l’offre lui est faite, , c’est  à quoi avec une ironie féroce se voue quelqu’un qui vient régulièrement me tenir au parfum de ce qu’il appelle son enquête. Pas un service de santé mentale où il n’ait sollicité un rendez-vous, pas un lieu d’accueil qu’il n’ait visité, et rares les psychiatres, psychologues ou psychothérapeutes  de tous poils qu’il n’ait rencontrés. A chaque fois pour vérifier leur inutilité, leur nullité, leur surdité, et surtout leur naïveté à lui proposer d’autres rendez-vous qu’il n’honorera pas, d’autres formes de traitement qu’il conchiera (comme il me le dit avec délectation) ou d’autres propositions d’aide sociale ou psychologique qu’il tient d’avance pour parfaitement vaines. A cette enquête plutôt ruineuse, il lui arrive de renoncer quelque temps, mais j’aurais grand tort de m’en réjouir, car il ne faut pas longtemps alors  pour que j’en prenne plein la figure : je suis le plus nul de tous, le plus con, le plus débile, et c’est à mon tour d’être conchié sans ménagement, jusqu’à ce qu’il réapparaisse… pour me tenir au courant des nouvelles avancées de son enquête. Je dois dire que celle-ci me vaut quelques portraits haut en couleur !  Il m’a beaucoup inquiété le jour où il m’a annoncé avoir entrepris une tournée analogue parmi les dentistes, à laquelle il a renoncé, trouvant décidément plus de satisfaction dans sa grinçante enquête dans le secteur de la santé mentale .

Il est certes régulièrement indiqué, cliniquement souhaitable et socialement utile de pouvoir compter sur une forme de réseau à travers laquelle un sujet peut trouver les points d’appui qui lui sont nécessaires. Nous sommes tous partie prenante de certains réseaux, qui nous constituent. L’Autre du langage est le réseau des réseaux. Distinguons donc le réseau ready made avec son  protocole de soins formaté et  foncièrement anonyme et le  réseau tel que l’offre peut en être faite au sujet, pour qu’il s’en empare et la modèle à sa manière, se construisant  ainsi un lieu d’inscription autant qu’un lieu d’adresse. Certes il faut aussi pour cela qu’existe une offre, celle qui fait l’horizon de la « pratique à plusieurs » telle que diverses institutions du Champ freudien  s’y emploient. Ne perdons cependant pas de vue à cet égard qu’au départ, cette formule a été inspirée à Jacques-Alain Miller, comme Alfredo Zenoni me l’a rappelé récemment, à partir de l’invention d’un dispositif qui n’était pas du tout institutionnel, mais le fait d’une patiente que recevaient trois analystes à qui  elle avait assigné des rôles respectifs bien précis qu’ils se sont employés à tenir !

Il est une autre forme historique de réseau faite pour retenir notre attention: la Résistance. Et  je m’en voudrais de ne pas rappeler à cet égard un fait très significatif. Pendant la seconde guerre mondiale, les hôpitaux psychiatriques ont été abandonnés à leur sort. Les malades y mouraient de faim. Dans un de ces hôpitaux, à Saint-Alban dans le département de la Lozère, travaillait un médecin catalan, François Tosquelles. Cet hôpital,où en 1943 se réfugia notamment le poète Paul Eluard ,devint un important foyer de résistance clandestine, et plus d’un malade prit une part active à celle-ci. C’est sur la base de cette expérience où Tosquelles avait pu réaliser la métamorphose de certains de ces patients dans ce contexte de la guerre , que naquit le mouvement de psychothérapie institutionnelle, qui allait ensuite se développer à  partir de la clinique de La Borde avec Jean Oury, qui était un analysant de Lacan.

Pendant des années, La Borde fut comme le nom propre de la résistance à la psychiatrie traditionnelle; c’était le lieu où la rencontre avec le fou n’était pas un vain mot, et l’ancêtre de la pratique à plusieurs. L’idée novatrice de Jean Oury était bien de faire en quelque sorte de l’institution un sujet. Il rêvait d’une institution qui serait par elle-même thérapeutique, dans la mesure où ceux qui y travaillent ne s’identifieraient pas moiïquement  à leur fonction. C’était un terrain fertile pour une formation clinique orientée par la psychanalyse. Oury cependant n’entendit rien à la Proposition d’Octobre 67 sur la passe. Le mot résistance s’entend de plus d’une manière. Dans son sens psychanalytique, Lacan situait celle-ci chez le psychanalyste plutôt que chez l’analysant.

C’est à cette date que certains se détournent plus ou moins résolument de lui, tels Piera Aulagnier et François Perrier,, et que s’agitent les didacticiens indécrottables inquiets de la considération de Lacan pour la nouvelle audience que  lui vaut son accueil à l’Ecole Normale à l’invitation d’Althusser. Lacan persifle allègrement les réseaux et contr’réseaux  qui se constituent autour de cette question de la passe : Le réseau dont il s’agit est pour moi d’ autre trame, de représenter l’expansion de l’acte analytique, lance-t-il dans son Discours à l’EFP du 9 octobre 67. Mon discours, d’avoir retenu des sujets que n’y prépare pas l’expérience dont il s’autorise, prouve qu’il tient le coup d’induire ces sujets à se constituer de ses exigences logiques.
Allusion à l’intérêt éveillé par son enseignement à l’Ecole Normale dans le cercle des Cahiers pour l’analyse, auquel il adresse son texte La science et la vérité.

Dans celui-ci, Lacan distingue quatre modalités de discours  -magie, religion, science et psychanalyse- en regard des quatre causalités aristotéliciennes: cause efficiente, cause finale, cause formelle, cause matérielle. Dans le discours analytique, la cause est matérielle: c’est le signifiant, et le savoir est en position de vérité.  De  ce qui se trouve rejeté de la concaténation signifiante, l’objet a, l’analyste occupe la place.
Deux ans plus tard, Lacan remanie cette répartition, et la formalise en vertu des mêmes exigences logiques qui le rendent odieux à certains. Le logicien est odieux au monde: Lacan rappelle volontiers ce dit d’Abélard. Ces exigences logiques se croisent à présent avec la référence appuyée à Marx. L’objet a est objet plus de jouir, formule décalquée sur le terme marxiste de plus-value. L’exigence logique se conjugue à une exigence politique, sollicitée par  la sympathie de Lacan pour la révolte étudiante.

A l’heure où sur la scène du monde, la post-vérité se pavane avec obscénité, le discours analytique tient du puits où la vérité se réfugiait  selon Démocrite. Mais tous ces repères sont d’une formidable actualité.

Samedi 12 janvier

Bernard Debacker, que j’apprécie humainement et intellectuellement, m’adresse en guise de commentaire de mon dernier billet, un texte acerbe qu’il a publié sur son propre blog à propos du récent forum « Des discours qui tuent » à l’Université Saint-Louis. Je ne vais pas en discuter toute l’argumentation, mais le point que son auteur lui-même dit le point majeur.

Si en effet à suivre Jacques Lacan, qui dès 1975 prophétisait la montée du racisme et une extension sans précédent des procès de ségrégation suivant comme son ombre la mondialisation en marche et l’expansion du discours universalisant de la science, n’est-il pas naïf, voire absurde, de s’indigner à présent des contrôles rigoureux des frontières dont l’effacement est considéré comme une cause majeure du malaise dans la civilisation? Comment peut-on tenir, toujours à la suite de Jacques Lacan, les nazis pour des précurseurs en matière d’une  barbarie  que le camp de concentration  symbolise, et ne pas en distinguer les régimes démocratiques qui veillent à une immigration « régulée »?

Donc, si je comprends bien, cher Bernard, les réels  ennemis du genre humain ne seraient pas ceux que l’on pense et ceux qui crient à  la banalisation des discours qui tuent les véritables pousse-au crime ? Voilà ce qui se déduit en tous cas logiquement de votre raisonnement sophistique. Une  conséquence qui ne vous est sans doute pas apparue, parce que vous étiez trop content de faire la leçon aux psychanalystes !

 

Lundi 24 décembre

La Libre Belgique avait publié le 4 décembre dernier un texte de mon collègue et ami Gil Caroz à propos du Forum Européen  « Des discours qui tuent », qui s’est tenu à l’initiative de la Movida Zadig aux Facultés Saint-Louis à Bruxelles le 1er de ce mois. Ce forum, qui réunit plus de 600 personnes ne fut  sans doute pas du goût de tous. Comment ne pas le présumer aujourd’hui, où le même journal refuse la publication du texte de l’intervention que j’y avais faite?

J’avais commencé ce blog voici près de huit ans au lendemain d’une censure analogue, venue du Soir. (cf.l’avant blog), qui avait affermi ma résolution de m’engager dans cet exercice. Les temps n’ont décidément pas changé. S’agissant de ce qui est en question, c’est particulièrement inquiétant .

Voici donc le texte en question.

Des discours qui tuent

Le maître de demain, c’est dès aujourd’hui qu’il commande. A la lumière de cet adage de Jacques Lacan, tâchons de regarder en face ce qui se dessine, c’est-à-dire ce qui est à l’oeuvre aujourd’hui .A quel maître aurons-nous  affaire demain? Sommes-nous disposés à nous en accommoder?

Notre siècle , écrivait récemment Marc Weizmann, est la décharge à ciel ouvert de celui qui précède. Le fascisme, le stalinisme, le colonialisme, le capitalisme, la mondialisation nous ont précipité dans un chaudron, où le sommeil de la raison engendre des monstres: réveil des nationalismes, islamisme radical, illibéralisme, empire de la post-vérité.

Là encore, Jacques Lacan nous éclaire en nous invitant à lire en termes d’épidémie ces faits historiques. Les déceptions diverses engendrées par les promesses de la démocratie  ont ouvert la porte à des discours qu’il ne suffit pas de qualifier de populistes pour en être quitte. Il ne s’agit plus d’en voir les signes, mais les effets, qui se répandent comme une traînée de poudre, à la faveur d’un discrédit généralisé de la politique.
En l’espace de 10 ans, selon une étude de la revue Politis, la poussée de l’électorat d’extrême droite en Europe est de 36 °/°. Cette épidémie n’a pourtant rien d’un phénomène naturel spontané tels les raz de marées, les ouragans ou les éruptions volcaniques. Des incendiaires parfaitement identifiables l’attisent, sans même plus s’en cacher, enivrés par une jouissance mauvaise.
Car plus s’instaure le chaos, plus pressant est l’appel au maître.

Better to reign in hell than serve in heaven : j’ai cité là un vers du Paradise lost du poète anglais John Milton. Mieux vaut régner en enfer que servir au paradis. C’est la devise du nommé Steve Bannon. Ce dangereux personnage, auprès de qui  Donald Trump aux Etats-Unis, Dutertre aux Philippines, Bolsonaro au Brésil ont pris des leçons,  mais aussi Farage au Royaume-Uni,  Salvini en Italie ou Wilders aux Pays-Bas, s’est récemment pavané au Parlement Flamand en compagnie de Marine Le Pen. C’est qu’il   entend à présent mener en Europe sa croisade en vue de l’Apocalypse.

Après avoir activement oeuvré au Brexit  à travers le site de données manipulées de Cambridge Analytica, Bannon s’est beaucoup promené à travers le continent. Et il n’est pas indifférent, dans la perspective des élections européennes de mai 2019, qu’il ait choisi d’installer à Bruxelles le siège de son mouvement, qui s’appelle The Movement précisément. Il en a confié les clés à quelqu’un qu’on n’a guère pris au sérieux jusqu’ici, qui s’appelle Michael Modrikamen. Le grand quotidien anglais The Guardian ne s’y est pas trompé. Prêtons-lui  désormais plus d’attention. Trump, Dutertre, Bolsonaro, aussi on les a longtemps considérés comme des clowns.

Le projet de Steve Bannon est clair: soutenir partout en Europe la droite radicale, l’organiser logistiquement et financièrement, en conseiller  les meneurs, leur donner accès aux data utiles, les assister  dans le choix des candidats et la conduite de leur campagne. Si un certain nombre de dispositions législatives veillent dans la plupart des pays européens à interdire de tels soutiens étrangers, il n’aura cependant aucun mal à contourner ces obstacles via des fondations ou des prête-noms, et cela avec un art consommé de la manipulation des réseaux sociaux sur la toile.

Son projet de déstabilisation des démocraties européennes converge naturellement avec celui tout aussi médité de Vladimir Poutine . Il est vraisemblable que dès à présent, ils oeuvrent, sinon directement en commun à la réalisation de cet objectif, du moins indirectement, par des intermédiaires en coulisse. Chacun convaincu de se servir de l’autre sans doute. Rien d’étonnant à voir un des géopolitologues belges au petit pied qui servent la soupe à Modrikamen, intervenir plus souvent qu’à son tour  sur la chaîne de télévision Russia Today.

N’imaginons pas que je ne sais quel cordon sanitaire nous protège encore sérieusement de l’épidémie. Elle peut aussi prendre des masques.  Les dérives  de plus en plus nombreuses des partis de droite traditionnelle sont régulièrement le résultat d’un entrisme digne de la tradition trotskiste. Il y a plus d’une raison de penser que tel est le cas avec le Mouvement (tiens, le mouvement…) Réformateur en Belgique. A l’insu ou non de certains de ses dirigeants, on a de plus en plus de peine à le croire. Vincent Engel ne me contredira pas.

Michel Foucault avait une thèse précieuse: il n’y a pas d’idéologie cachée, tout est toujours dit par les acteurs eux-mêmes. Il y a eu voici quelques semaines un moment de vérité étonnant qui vérifie ce point de vue essentiel. En tournée dans plusieurs pays d’Europe de l’Est, estomaqué sans doute par ce qu’il avait pu y entendre de leurs dirigeants, Emmanuel Macron, comme un journaliste l’interrogeait sur la montée de l’extrême droite, lâcha ces mots : Mais ils ont déjà gagné !
Non, il n’y a pas d’idéologie cachée. Seulement des discours dont on peut ne rien vouloir savoir. Mais n’oublions pas ce mot de Mussolini, que citait Madeleine Albright dans une interview récente: pour plumer une poule, enlevez-lui les plumes une par une, ni elle ni  personne ne le remarquera.

Lundi 26 novembre

Ah le beau lapsus !  Myriam Séduis, ai-je écrit dans mon billet du vendredi 23, en évoquant Final cut, la pièce de Myriam Saduis, pour quelques jours encore à l’affiche du théâtre Océan Nord.  Myriam Saduis m’a séduit, oui, et je ne suis pas le seul, à en juger par toutes les critiques élogieuses qui fleurissent à son propos.

Séduit par Mitra, le film de Jorge Leon, présenté ce samedi au  cinéma Palace, le public semble bien l’avoir été tout autant. Dans le débat  qui a suivi, que  nous avons eu le plaisir d’animer,  Katty Langelez-Stevens et moi-même, Jorge Leon a souligné ce qui l’avait poussé à cette double entreprise d’une pièce de théâtre et d’un film autour de l’histoire de Mitra Kadivar, psychanalyste iranienne abusivement  internée en psychiatrie voici quelques années à Téhéran: un acte de solidarité. Solidarité de Jacques-Alain Miller, en réponse à l’appel à l’aide de Mitra, relayée par la communauté analytique rassemblée dans l’AMP, dont les efforts aboutirent à la levée de cet internement. A cet acte de solidarité, il s’est à son tour associé à travers ces deux créations, où l’histoire singulière de Mitra se croise  avec celles de patients en psychiatrie hospitalisés dans le Sud de la France. Le résultat filmique  en est un oratorio d’une puissante  beauté, où les images de ces derniers s’enchâssent avec le récit de l’enfermement de Mitra, sur fond d’une musique sublime dûe à la compositrice autrichienne Eva Reiter.

Vendredi 23 novembre

Au cours des Journées de l’ECF à Paris  le week-end dernier,  j’ai entendu d’excellentes choses, tant au niveau des  exposés cliniques  qu’à l’occasion des interventions de quelques invités très érudits,  tels  l’historien de la Grèce antique Bernard Sergent ou Pascal Torres, conservateur au Musée du Louvre.
C’est la grande vertu des ces Journées, ouvertes au grand public, que de conjuguer les témoignages de la pratique analytique et les connexions de la psychanalyse avec d’autres  champs. C’est ainsi que cette année, on put même y entendre Jean-Paul Gautier nous faire le récit de comment naquit sa vocation pour la couture, à 9 ans au cinéma où se projetait Falbalas, le film de Jacques Becker!
Deux exposés cliniques m’ont beaucoup impressionné: ceux de Martine Revel et  de Nouria Grundler, qui seront, je l’espère, publiés sans tarder. J’ai eu pour ma part le plaisir d’animer une séquence qui réunissait mes jeunes collègues Alice Ha Pham et Florent Martel. A travers leur présentation de deux cas de névrose obsessionnelle, se dessinait le drame au coeur de la  problématique de ces sujets, toujours peu ou prou mariés avec la mort.

On entendit aussi, comme c’est désormais une tradition dans ces Journées, deux nouveaux  témoignages de passe, soit les récits de fin d’analyse des analystes de  l’école, qui se sont risqués à la procédure imaginée par Lacan pour mieux cerner cette question complexe. Et les entendant, je songeais à cette autre sorte de passe à laquelle se livre en ce moment sur scène à Bruxelles, mon amie Myriam Séduis avec Final cut, son nouveau spectacle,  téméraire,  émouvant, drôle, dans lequel son expérience de la psychanalyse est évoquée de façon aussi percutante que subtile.

Devant le Palais des Congrès où se déroulait cette rencontre, nous eûmes par ailleurs droit, non pas à un défilé signé Jean-Paul  Gautier , mais à celui, moins glamour, de gilets jaunes, parmi lesquels on pouvait reconnaître le sinistre Florian Fillipot.  Le prix de l’essence grimpe en vérité moins vite que  les  « discours qui tuent », et il ne suffira pas d’un allégement des taxes pour  venir à bout de ceux-ci. Ni de discours moraux.

Je ne pouvais quitter Paris sans aller  voir à Beaubourg  la rétrospective Franz West. L’exposition la plus jubilatoire qu’il m’ait été donné de visiter ces dernières années. Au fait, il y a quelques mois,  je n’avais pas résisté à m’offrir une sérigraphie de Franz West. Je vous présente donc   Lily of the West !

Dimanche 11 novembre

Aux « temps arides du scientisme », Lacan recommandait au psychanalyste l’étude de la poétique, qu’il tenait pour la pointe suprême de l’esthétique du langage, en ce qu’elle inclût, précisait-il, « la technique, laissée dans l’ombre, du mot d’esprit ».  Je prendrai appui sur cette indication pour mon premier cours de « poétique lacanienne » le 23 novembre prochain à l’Ecole de la Cause Freudienne (1, rue Huysmans) à Paris, parallèlement à celui que j’ai le bonheur d’assurer à Bruxelles en collaboration avec mon amie Ginette Michaux.

Aux temps arides du fascisme ascendant, la poésie se trouve mise à la sauce amère de l’humour noir. On ne peut ainsi prêter assez attention à la devise qu’a empruntée Steve Bannon à Satan : Better to reign in hell than serve in heaven, -Plutôt régner en enfer que servir au paradis. Le vers est extrait du  Paradise  lost de John Milton. L’enfer sur lequel rêve de régner ce dangereux personnage est hélas à nos portes. Trump aux USA, mais aussi Dutertre aux Philippines et Bolsanaro au Brésil ont pris leurs leçons chez lui.

Bannon fait de l’Europe la prochaine étape de sa croisade pour l’apocalypse. En vue des prochaines  élections européennes, il est présentement occupé à poser à Bruxelles la base de son mouvement: The mouvement précisément. Il en a confié les clés au nommé Modrikammen, quelqu’un que nul n’a pris très au sérieux jusqu’ici, à tort à mon avis. Je le recommande à l’attention de ceux que préoccupent les « discours qui tuent » -thème de la journée organisée à Bruxelles à l’Université Saint Louis le 1er décembre prochain par la Movida Zadig. Toutes les infos à ce propos sur les sites du Champ Freudien et de  l’ACF-Belgique .

Aux temps arides des vents mauvais du scientisme, du fascisme ascendant et du triomphe de la marchandise, par quel chemin retrouver « l’autre côté du vent »?  De The other side of the wind, le film que le grand Orson Wells ne réussit jamais à terminer, existent plus de cent heures de rushes, à partir duquel a été reconstitué pieusement ce qui en constitue donc une version, parmi les mille et une avec lesquelles se débattait Wells, au milieu d’insolubles problèmes d’argent.  Sur Netflix, qui a financé le beau projet, on peut depuis quelques jours  découvrir ce chef d’oeuvre inachevé. On appréciera ce miracle avec plus de saveur encore à voir dans la foulée, ou mieux peut-être avant de découvrir le film lui-même, le formidable documentaire réalisé à son propos par Morgan Neville: They ‘ll love me when I am dead. Ils m’aimeront quand je serai mort, comme le disait Wells en riant aux éclats.  

Vendredi 9 novembre

 

Voici ma petite contribution au blog préparatoire aux prochaines Journées de l’Ecole de la Cause Freudienne, dont le thème est « Le mariage et la sexualité dans l’expérience analytique ».

D’hommestication

Les méfaits du tabac est une pièce en un acte d’Anton Tchekhov. Il s’agit d’un monologue tragi-comique, datant de 1902.
Niouchkine est préposé à l’économat  au sein d’un pensionnat de jeunes filles dirigé par son épouse. il remplit bien des tâches: il fait les provisions, surveille le personnel, inscrit les dépenses, coud les cahiers, écarte les punaises, promène le petit chien de Madame. Et puis, outre ces travaux domestiques, il enseigne: les mathématiques, la physique, la chimie, la géographie, l’histoire, le solfège, la littérature, la danse, le chant, le dessin. De plus, à la demande de sa femme, il donne des conférences sur des sujets strictement scientifiques dans un but philanthropique -entendez au bénéfice de l’institution dirigée par Madame.
Les méfaits du tabac: tel est son propos du jour. Il importe de savoir que: le tabac est une plante…Nous n’en saurons guère plus, hormis que: Si on enferme une mouche dans une tabatière, celle-ci expire.
Le conférencier ne cesse en effet d’être comme compulsivement amené à  entretenir son auditoire de celle dont il est le factotum. Celle-ci le martyrise impitoyablement. Elle l’insulte, le traite d’épouvantail, le prive de nourriture, se remplit les poches alors qu’il ne gagne pas un kopeck. La mouche dans la tabatière, c’est lui, ce pauvre idiot rêvant de tout planter là, et de s’enfuir au bout du monde, ou alors juste dans un champ où s’arrêter et rester immobile comme… un épouvantail à moineaux. Identifié à la croix qu’il porte depuis 33 ans.

Il prend l’auditoire à témoin de son injuste sort. Ah! les méfaits du mariage ! L’envie de hurler le prend. Il s’insurge, piétine rageusement la veste de son habit de conférencier, celle-là même qu’il portait le jour de son mariage. Mais voilà que, dans les coulisses, il devine l’arrivée de sa femme. Il ramasse promptement la veste honnie, prie l’auditoire d’assurer à sa femme de l’intérêt de cette  conférence sur les méfaits du tabac, et conclut: Dixi et anime levavi.
Son âme est soulagée sans aucun doute, mais de quoi ?- sinon  d’avoir pu confesser cette solide addiction à cette femme infernale. Socrate avec Xanthippe était moins plaintif certes, mais n’en tenait pas moins à celle que Xénophon dépeint comme « la plus acariâtre de toutes les femmes » !

Mardi 23 octobre

Le spleen du mâle: tel est le titre du supplément Idées du Monde du week-end dernier, qui vient comme en écho du numéro d’octobre de la New York Review of books intitulé The fall of men.
C’est qu’il y a aux Etats-Unis, une boy crisis. Aujourd’hui, la virilité n’est plus un fait, c’est un problème, écrivait dès les années 60 le sociologue Arthur Schlesinger.  Selon Arlie Hochschfild, le lien de cette boy crisis, qui s’est approfondie, et le virage à droite de l’électorat américain est très sensible: Le patriotisme et la famille ont déjà été confisqués par la droite dure. Il ne faut pas que la même chose arrive au masculin, écrit-elle.

En regard de ces propos, on lit avec d’autant plus d’intérêt la publication dans le même numéro du Monde, d’extraits d’un entretien, en 1975, de Romain Gary avec Jacques Chancel. Je crois, disait-il, qu’un des grands problèmes de ce temps est l’abus de  la virilité, l’intoxication, l’infection virile. Je crois que l’Amérique en particulier est obsédée par la virilité. C’est le signe d’une dévirilisation profond, d’une angoisse qui se manifeste à l’extérieur par le machisme et par des fanfaronnades de virilité. Gary évoque ensuite avec beaucoup de pudeur, sa séparation avec Jean Seberg après neuf ans de bonheur parfait: Même au plus profond de l’amour, l’homme et la femme n’ont pas de fraternité (…) Cette absence de fraternité entre les hommes et les femmes est un des grands drames du couple. Or, ajoute Gary, la vérité des rapports de l’homme et de la femme, c’est le couple, et tout le reste c’est de la crème chantilly. Je verse ces propos au dossier de la préparation des prochaines Journées de l’Ecole de la Cause Freudienne, dont le thème sera Le mariage et la sexualité, préparation qui bat son plein.

Hier soir, avait lieu à  Bruxelles à la librairie Tropismes, la présentation de la biographie consacrée par Jean-Pierre Orban à Pierre Mertens, qui était présent (Pierre Mertens, le siècle pour mémoire, Les impressions nouvelles).  Formidable confrontation entre l’écrivain et son biographe, qui roula moins sur le contenu du travail colossal de celui-ci que sur les vertus, les travers, les écueils, les paradoxes de l’exercice biographique. Il faut dire que Pierre Mertens avait de longtemps anticipé cette situation dans une nouvelle flamboyante intitulée La loyauté du contrat, dialogue retors entre… un écrivain et son biographe !

 

 

Samedi 6 octobre

J’aurais mauvaise grâce à ne pas évoquer la publication du Flâneur des deux rives (éditions de l’Eclat, Paris, 2018) de Guillaume Apollinaire. Ce petit volume réunit en effet dix des chroniques (quelque peu réécrites) publiées entre 1911 et 1917 au Mercure de France, dont j’ai emprunté le titre pour ma Vie anecdotique.

Le flâneur des deux rives parut initialement aux éditions de la Sirène (fondées par Blaise Cendrars et Paul Lafitte) cinq mois après la mort du poète. Il fut vraisemblablement composé à la demande conjuguée de Cendrars et Cocteau, qui en choisirent sans doute le titre parmi ceux envisagés par Apollinaire. A travers l’évocation de lieux parisiens variés (quais, boulevards, boutiques, bibliothèques, cafés..) et des figures pittoresques qu’il y croise, se dessine le portrait de Guillaume, promeneur allègre et curieux de tout, tendre et ironique.

J’aurais mauvaise grâce aussi de ne pas évoquer la parution à la Lettre Volée, simultanément à celle de mes carnets, de Pornographie du contemporain, essai bienvenu  de mon copain Laurent de Sutter consacré à Jeff Koons, et celle de quatre -pas moins!- beaux  ouvrages d’artistes que j’apprécie, et qui constituent  en somme chacun à leur manière des formes d’arpentage.

Il y a le mode de la flânerie nostalgique  pour ce qui concerne Jean-François Pirson avec D’être en montagne. Le mode rétrospectif, avec  Voyons voir de Bernard Villers, dont en ce moment a lieu au Botanique une superbe exposition intitulée La couleur manifeste. Sous un mode ironique, voici le Classement Diagonal de Bruno Goosse, explorant le champ de bataille de Waterloo à travers les parcours de  golfs qui s’y sont multipliés !  Enfin, avec Archives du futur de Cécile Massart, qui expose elle aussi en ce moment dans le cadre de l’exposition Résistance(s) à la Centrale for contempory Art, , nous arpentons les sites inquiétants de la  production de l’énergie nucléaire et de ses déchets radioactifs. 

Samedi 15 septembre

 

 

 

 

Ce très beau portrait de Guillaume Apollinaire est l’oeuvre du peintre néerlandais  René Daniëls. On peut le découvrir en ce moment au Wiels, où Daniëls fait l’objet d’une grande rétrospective intitulée « Fragments d’un roman inachevé ».

J’ai emprunté à Guillaume Apollinaire le titre de mes « carnets d’un blogueur épisodique »: La vie anecdotique. J’espère qu’il n’en est pas trop indigne. En en corrigeant les épreuves cet été, je me suis dit qu’il contenait quand même quelques passages amusants.

Quel désir m’a poussé à entreprendre ce blog? Sans doute le même qui est à l’oeuvre dans beaucoup de mes choix. V.S Naipaul disait: « Je suis né à Trinidad, et c’était une erreur ». Je dirais volontiers: « Je suis né en Belgique et c’était une erreur ».  Je ne m’en suis pas évadé géographiquement, mais n’ai cessé de vouloir de bien des façons m’en échapper. C’est ce que je retrouve à la racine de ma soif de voyages bien sûr, mais aussi de mon goût précoce pour la lecture ou pour les musées et le cinéma, comme au ressort de plus d’un choix amoureux, ou dans ma détestation de l’habitude. Sans doute n’est-ce pas complétement le hasard qui a voulu que je me décide à tenir ce blog un vendredi 13, considéré comme un jour de chance ou de malchance, c’est selon, mais un jour où de l’inattendu, de la surprise se produit.

En définitive, c’est à travers la psychanalyse, comme analysant ou comme analyste,  que ce désir d’inédit et  d’évasion a trouvé sa voie la plus sûre. Mais cela à la  condition de ne pas faire de la psychanalyse elle-même un lieu clos, à la condition de s’employer toujours à  » connaître la spire où notre époque nous entraîne dans l’oeuvre continuée de Babel » comme disait Lacan (Ecrits, p.321), et donc de rester curieux de ce qui se joue, se dit, se crée, se passe (ou ne se passe pas! ) – en Belgique comme ailleurs.